acteur

Les bons et les mauvais vers

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arnal

Le poète-acteur Etienne Arnal, dans les rôles de Jocrisse, fit les délices des Parisiens au temps de Louis-Philippe. Il ne se payait pas d’illusions sur la gloire poétique. Mais la naïveté du public l’exaspérait.

Il paria un jour qu’il serait applaudi sur la scène en récitant les vers les plus plats et les plus ineptes. Il composa donc le quatrain le plus stupide qu’il put et, au moment fixé, s’avança vers le public, prit un temps, et de sa voix la plus chaude lança ces vers :

Jamais la peur ne fut de la vaillance,
Mille revers ne font pas un succès :
La France enfin sera toujours la France
Et les Français seront toujours Français…

Il avait à peine fini que la salle éclatait en un tonnerre d’applaudissements. L’acteur dut redire et redire encore ses vers et il pensait en lui-même :

« Donnez-vous donc du mal pour faire de bons vers : on ne les lira pas ! »

« Revue belge. »    J. Goemare, Bruxelles, 1926.

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De l’utilité de la popularité d’un acteur

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Poul-Reumert-acteur.

Un ingénieur des chemins de fer danois, M. J. Esmarck, villégiaturait cet été à Kandestederne, petit hameau au bord de la mer du Nord, non loin de Skagen. Un soir, comme il venait avec les siens d’ascensionner une haute dune, espérant, du sommet, jouir à la fois de la beauté du crépuscule sur la mer et d’un repos paisible, il vit arriver une bande d’élèves d’une école municipale de Copenhague, en excursion au Jutland.

Que faire pour éviter cette joyeuse horde, trouble paix ? M. Esmarck eut une idée.

Regardez, dit-il à un des jeunes garçons, la grande dune là-bas, elle est beaucoup plus haute que celle-ci. Elle s’appelle la colline macabre; on y enterrait autrefois les cadavres des naufragés. Vous devriez aller les visiter.
Non, dit l’enfant, c’est trop lugubre. Peut-être y a-t-il des revenants.

Et il faisait semblant de trembler.

J’eus alors une autre idée, conta M. Esmarck. La petite maison là-bas, dis-je, c’est la villa de Poul Reumert, le célèbre acteur. Vous le connaissez, n’est-ce pas ?
— Mais oui., nous l’avons entendu par radio.
Eh bien ! allez l’acclamer sous ses fenêtres.

Et toute la troupe enfantine partit en courant, laissant à M. Esmarck la paix sur la dune.

Les écoliers reçurent de Poul Reumert le meilleur accueil, agrémenté de friandises, et le grand comédien danois leur remit cinq couronnes pour en acheter d’autres. Et M. Esmarck, que les enfants remercièrent plus tard de l’indication donnée, conclut avec humour :

Vous le voyez, Poul Reumert a payé cinq couronnes et une boîte de chocolat pour que je puisse jouir en paix sur ma dune de la douceur crépusculaire.

« Comoedia. » Gaston de  Pawlowski, Paris, 1er octobre 1927.

Critique honnête

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hamlet

Un acteur anglais bien connu a conté l’histoire suivante qui donne une idée des curieuses critiques auxquelles sont sujets les artistes de théâtre.

Dans sa jeunesse, il donna à un garçon de restaurant un billet de faveur pour Hamlet, ouvrage dans lequel il jouait le rôle principal, mais sans dire qu’il était acteur. Il voulait recevoir d’un simple spectateur et d’intelligence moyenne une loyale critique sur sa façon de jouer.

Lorsqu’il remplit son rôle, le garçon de restaurant occupa sa place gratuite d’un bout de la soirée à l’autre, et le lendemain, notre acteur se présentait au restaurant.

Eh bien, dit-il au garçon, vous avez vu Hamlet hier soir ?

Le garçon répondit :

Pour sûr que je l’ai vu, mais qui va me payer mon temps perdu ?

« Le Monde artiste : théâtre, musique, beaux-arts, littérature. » Paris, 1906.