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Petites superstitions 

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théatreLes acteurs anglais sont, paraît-il, très superstitieux. Aussi, les répétitions générales n’ont-elles jamais lieu le vendredi… et encore moins les premières ! Une pièce comportant treize rôles serait infailliblement refusée, ainsi que tout drame ou comédie dans laquelle un des personnages devrait entrer en scène avec un parapluie ouvert. 

Il y a aussi le préjugé des plumes de paon, si profondément établi qu’à l’ouverture de l’établissement le Prince Of Wales, beaucoup de personnes s’évanouirent parce que l’étoffe des fauteuils rappelait, par son dessin, une queue de paon. Le directeur dut la faire changer. Enfin, on ne doit pas siffler pendant les répétitions, ni dans les loges des artistes, car siffler porte malheur à la recette. 

Surtout quand c’est le public qui siffle ! 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1906.

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Ton univers impitoyable

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Les artistes reçoivent beaucoup de lettres. On leur demande des photos, des autographes, on les interroge sur leurs rôles, on leur demande des précisions sur les films qu’ils doivent tourner. On leur pose aussi parfois des questions embarrassantes, des questions imprévues et souvent saugrenues.

A Loretta Young, une demande en mariage se terminait par ces mots : Dans le cas où ma proposition ne vous agréerait pas, veuillez être assez aimable pour en faire part à Mlle votre soeur, qui me plaît également beaucoup. A l’exquise divette Germaine Roger, un étranger demanda : Etes-vous amoureuse de vos partenaires ? Au jeune premier Joel Mac Crea : Que portez-vous quand vous prenez un bain de soleil ? La réponse fut : Un pardessus en poil de chameau. Et  cette autre que reçut Lucien Baroux : Cher monsieur, je vous ai souvent vu au cinéma. J’ai dix-sept ans et je suis blonde. Dois-je me faire faire « la permanente » ? A Ginger Rogers, âgée de vingt ans, on écrivit pour lui demander si elle était la mère de Buddy Roggers, trente-cinq ans.

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Georgius se vit poser la série de questions suivantes, dont l’ensemble constitue un bel assortiment, et cela pour la même personne : Portez-vous des caleçons courts ou longs ? Comment préférez-vous les pommes de terre ? Quelle est votre couleur favorite pour une voiture ? Jim Gerald estime, lui, que la plus saugrenue des questions que l’on puisse lui poser est celle de faciliter l’accès de la profession de comédien à un nouveau venu. Autant offrir à un agneau de partager sa couche avec le loup !

Duvallès a plutôt ri jaune quand on lui a demandé quel maquillage il se mettait sur la figure pour avoir un teint d’âne. Or, Duvallès tourne sans se maquiller ! La jolie Blanche Montel eut bien peur quand elle reçut la missive suivante :L’esprit de ma mère me commande de vous épouser. Je vous attends demain à Lyon. Le plus ennuyeux était qu’elle fut en butte aux avances de ce demi-fou pendant un mois.

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A Laurel et Hardy, l’on demanda s’ils dormaient ensemble avec leur femme au milieu ou aux extrémités du litRaimu n’a jamais pu digérer cette question que l’on posa un jour à sa femme : Est-il exact que votre mari soit interné comme fou et ne soit remis en liberté que pour tourner ?

Robert Frankel. « Ciné-miroir. » Paris, 1940. 

Les adieux du film américain

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Oui, mais, si l’Amérique ne fait plus que du film parlant, la France s’est-elle mise à en faire ? Non !

La raison même pour laquelle l’Amérique a rompu avec la France sur la question du contingentement est qu’elle n’a plus rien à tirer du marché français et que le film parlant américain n’a pas de débouchés possibles ici puisque les acteurs parlent anglais.

L’Amérique peut amortir le film parlant chez elle. Nous n’étions qu’un petit appoint pour elle, avec le film muet. Cet appoint disparaît, et il reste d’ailleurs à l’Amérique le marché de Londres. Le film parlant y affole déjà les directeurs de théâtre par sa concurrence formidable.

Le film américain nous quitte. Bon voyage !

Seulement, qu’est-ce que nos écrans vont avoir à se mettre sous la dent cet hiver ?

Nous ne faisons pas du tout de films parlants, et nous ne ferons que peu de films muets dont beaucoup témoignent de l’impécuniosité des fabricants.

N’échapperons-nous à la domination américaine que pour tomber sous la domination allemande ?

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. »  Paris, 1929.
Photo : Agence Meurisse.

La Bastille des comédiens

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Nous sommes à Paris, engageons-nous dans la petite rue des Prêtres, latérale à l’église, puis après avoir traversé la rue du Pont-Neuf, prenons la rue Saint-Germain-l’Auxerrois qui nous conduira à la place du Châtelet.

Au numéro 17 de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, nous voyons le café Momus, illustré par Murger dans sa Vie de Bohème. Au numéro 19 se trouvait la prison de For l’Evêque, dénommée la Bastille des Comédiens, parce qu’elle était surtout la prison des acteurs insoumis.

A ce propos l’on cite un mot assez plaisant. Le 7 avril 1765, la Clairon, ainsi que plusieurs acteurs de la Comédie-Française avaient refusé de jouer la tragédie de Dubelloy, le Siège de Calais. Un exempt se présente au domicile de la Clairon en la priant de le suivre. Après de nombreuses difficultés, la belle finit par se soumettre.

Mon honneur en tout cas reste intact, dit-elle. Le roi même n’y peut rien.
Vous avez raison, repartit l’exempt, où il n’y a rien, le roi perd ses droits.

D’ailleurs ces emprisonnements n’étaient pas bien sérieux, et les acteurs, tels depuis quelques-uns de nos sympathiques financiers, sortaient de la prison pour aller jouer leurs rôles, et revenaient le soir une fois le spectacle terminé.

« La ville lumière : documents historiques, ethnographiques, littéraires, artistiques. » Paris, 1909.