Adam

A l’exemple des patriarches

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adam-eve-paradisUn fermier américain du nom de S.-P. Duismoor conçut, nous conte Pierre Sée, l’idée, incontestablement peu banale, de construire un paradis terrestre dans le Kansas, sur le modèle de l’Eden, décrit dans les livres saints.

Il mit trente ans, un peu plus que l’Eternel nécessairement, à débrouiller son petit chaos particulier. Et quand il eut édifié son paradis, il s’en proclama l’Adam. Il ne lui manquait plus qu’une Eve. Malheureusement il avait perdu un peu de temps en jardinage et travaux d’ornementation et il s’aperçut qu’il avait alors quatre-vingt-un ans.

C’était un peu mûr pour une gentille voisine. Néanmoins, l’idée d’être maîtresse en ce paradis (peut-être aussi d’y rencontrer le serpent) fit qu’une Eve, jeune et jolie se présenta. Le mariage eut lieu. Il vient de porter ses fruits. Ce n’est pas une pomme, mais un petit homme, joufflu, fessu et rose comme les anges du Paradis d’en haut.

Le Seigneur fut reconnaissant à Duismoor et, en sa bienveillance, voulut que son âge ne trompât point sa généreuse envie.

Vous pensez si tout le monde parle de ça dans le Kansas !… Les méchantes langues vont même jusqu’à attribuer au malin (ou au tout autre tentateur) cette naissance assez exceptionnelle.

Cependant Abraham créa un précédent.

Félicitons toujours Duismoor.

« Comoedia. »  Paris, 1927.

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La tombe d’Eve

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 Médine-el-Djeddah-tombeau-eve

Les musulmans, maîtres des contrées bibliques, ont reçu des Arabes un grand nombre de traditions et légendes qu’ils conservent, et dont ils font autant d’articles de foi. A en croire le fondateur de l’Islam, Adam aurait bâti la fameuse Kaaba de la Mecque, qui partout est devenue l’objet de la vénération des croyants.

Si donc le premier homme habita le pays et même la maison qui vit naître le prophète; rien d’étonnant à ce que, non loin de là, puisse se trouver le tombeau de la mère des humains. A quelque distance et à l’occident de la ville sainte, sur le territoire qui lui constitue une sorte de fief sacré, se trouve la petite cité maritime de Djeddah (ou mieux Médine-el-Djeddah, ville de la grand’mère). Dans son port débarquent chaque année un grand nombre de pèlerins, lesquels doivent acquitter une légère taxe pour l’entretien du tombeau de la grand’mère, qui a donné son nom à la ville.

Sur un plateau désert voisin des murs de la cité se voit, en effet, une clôture mesurant environ deux cents pas de long sur six de large. Un tapis de verdure formé de plantes odoriférantes couvre le sol qui, selon la tradition musulmane, recouvre la dépouille de la compagne d’Adam. Un palmier marque la place de la tête. Au milieu s’élève un petit bâtiment surmonté d’une coupole. Dans cette coupole, comme à la Kaaba, se trouve une pierre noire portant des caractères énigmatiques.

S’il en fallait croire une des légendes ayant cours, la dimension de cet enclos donnerait la mesure du corps de la première femme. Une autre version affirmerait que, la tête d’Ève étant à Médine, ses pieds toucheraient à l’Afrique.

Quoi qu’il en soit, les pèlerins venant à la Mecque pour vénérer le berceau du prophète ne manquent pas de visiter la tombe d’Eve. Ils touchent du front la pierre noire et lisent pieusement les versets du Coran inscrits aux parois du petit sanctuaire. Il va de soi que ces actes de dévotion sont accompagnés d’offrandes, que les derviches gardiens du lieu se partagent, ou plutôt se disputent… car, dit-on, il n’est pas rare de les voir en venir aux mains pour s’attribuer les présents dus à la piété des visiteurs.

« Grands souvenirs historiques. » Eugène Muller / Joseph Bertal. Paris, 1902.