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Sainte Administration

ray-ordner

Voici, tel que nous le copions dans un journal local, un procès-verbal de l’Administration maritime de la Xe Escadre. Nous nous en voudrions d’y changer un seul mot :

Aujourd’hui 12 janvier 1917, M. le médecin-chef du service sanitaire ayant signalé que l’inspection du matériel de son service avait fait ressortir un déficit dans le chiffre des bonnets de coton,
Le commandant nomme, pour procéder au recensement de cet article, une commission composée de MM. :  
R. Capitaine de frégate, commandant en second 
D. Médecin principal 
F. Commissaire de 1″ classe.
Cette Commission a constaté ce qui suit :
Bonnets de coton existant en écritures………………. 4
………………………………………………………réels. 3
…………………………………………………….Déficit. 1
Valeur du bonnet de coton manquant. 0.51
Le second maître T… détenteur, appelé à fournir des explications, a déclaré que ce bonnet emporté à l’hôpital de N… vers la fin mars, par un malade évacué sur cet hôpital, n’avait jamais fait retour à bord. Une correspondance échangée à ce sujet avec l’hôpital est restée sans résultat.
La commission propose en attendant la décision à prendre par le ministre au sujet de la responsabilité du détenteur, de porter en sortie, dans les écritures, l’objet trouvé en déficit. 

Les membres de la Commission
(suivent les signatures)

Maintenant que M. Leygues est ministre, espérons que ce bonnet de coton reviendra de lui-même au service sanitaire.

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1917.
Dessin : Ray Ordner.

Agents azur

police

Enfin ! L’administration (Dieu ! que ce mot est long !) se décide à faire quelque chose pour les Parisiens. M. Lépine, homme bien intentionné devant l’Eternel, a résolu de nous donner des agents de police tout neufs, où plutôt tout de neuf habillés. Il sait quelle influence le costume exerce sur ceux qui le portent aussi bien que sur ceux à qui il se montre.

Si l’on s’en fie aux descriptions qui nous viennent, le nouvel uniforme sera d’une sérénité angélique. La tunique, moins longue qu’aujourd’hui, sera en drap bleu, de nuance très claire, et fermée par des boutons en nickel, disposés sur la poitrine en forme de coeur (on ne dit pas si ce coeur sera percé d’une flèche). Le képi aussi sera bleu, et bleu le pantalon avec des bandes dites passepoil en drap garance.

Ce sera délicieux. Si les agents voués à l’azur ne parviennent pas à protéger nos poches, ils se rattraperont en charmant nos regards. Et quand les passants coudoieront dans la foule les agents d’un côté, les voleurs de l’autre, ils n’y verront que du bleu.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894. 
Illustration : Le Petit Parisien, 1900.

Les aventures d’un singe

singe

Une revue allemande raconte l’amusante histoire d’un singe rapporté du Sud-Ouest Africain par un voyageur.

Le petit animal pesait environ un kilogramme. De Gênes à la frontière suisse, une taxe d’oiseau à 1 fr. 50 lui fut imposée. L’administration de la ligne du Gothard le considéra comme un chien, et son propriétaire dut débourser 8 fr. 40 cent. Sur la ligne orientale helvétique, le singe devint un simple colis de 20 kilogrammes et paya 80 centimes. Dans le Grand-Duché de Bade et dans le Wurtemberg, l’animal passa sans difficulté. Mais de Stuttgart jusqu’au lieu de sa destination, le singe redevint chien et cela coûta 1 fr. 60 à son propriétaire, qui rit encore des avatars du quadrumane.

Simples fantaisies administratives !

« La Lanterne : journal politique quotidien. »  Paris, 1902.

Le gardien du sérail

Julius-Nisle

Il y a une station thermale en France, et non des moindres, sans aucun doute la plus importante qui, la saison venue, se peuple de visiteurs, malades ou non, venus là pour y faire une cure d’eau ou de plaisir.

De Paris, de Marseille et de Lyon, ces dames plus ou moins « enregistrées » accourent en très grand nombre, et donnent à ce séjour bienfaiteur un caractère plus attrayant encore.

Il y a donc un service de mœurs important, et à la tête de ce service, l’Administration a placé un grand blessé, mais celui-ci l’est d’une manière toute spéciale. C’est un gaillard solide et « costaud » que le guerre a porté, bien malgré lui, au-dessus des contingences humaines qu’il a pour mission de régenter.

Mais gageons que c’est par pure coïncidence, car l’Administration n’aurait jamais songé à utiliser, à dessein, pareille « inaptitude » !

« Comoedia. »  Paris, 1928.