affabilité

Affabilité

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Crafty

On n’est plus aimable de nos jours, la vieille politesse française et l’affabilité qui l’accompagnait sont en passe de devenir des souvenirs, relégables dans quelque musée des bonnes manières… si cette institution est créée un jour.

— Madame, veuillez accepter ma place…

Les cloisons des véhicules des T. C. R. P. n’entendent plus que rarement cette offre galante, et lorsqu’un des derniers usagers de cette chevalerie métropolitaine se lève, en enlevant son couvre-chef, il se fait quelquefois rabrouer.

— Non, monsieur, je suis bien debout…

Et ces paroles sont prononcées avec un ton bourru, quasi polaire, qui gèle l’imprudent « bien élevé ». Il veut se rasseoir, sa place est prise par un voyageur sans gène, qui s’est installé pendant ce temps, comme s’il devait passer la nuit sur la banquette.

— Mademoiselle, vous me marchez sur les pieds…
— Monsieur, vous n’avez qu’à les mettre ailleurs…

Dans les affaires, on prenait jadis des formes, on s’écrivait avec des périphrases polies. Finies aujourd’hui ces formules périmées. Le papier  timbré, azuré comme un ciel sans nuages, a remplacé ces poulets, où le bon ton s’alliait la délicatesse commerciale. Sommation, je vous somme, nous nous sommons, vous vous sommez, c’est assommant… La hâte, la vitesse, la vie trépidante, le tourbillon, sont cause de cette industrialisation de la politesse.

II serait tout de même bon de mettre un frein à cette fureur, et de nous souvenir qu’avant d’être des machines, nous sommes des hommes, animaux intelligents et conscients.

Guy Launay. « Le Matin. » Paris, 1923.
Desin de Crafty.

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Un vœu

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Le prince de Galles, ce jour-là, passait en revue un bataillon de sa Garde, qui devait s’embarquer pour lui servir d’escorte au cours d’un voyage au Canada. Tous, superbes garçons de six pieds six pouces, raides au port d’armer, et magnifiquement équipés. Un bataillon de réellement grande allure.

Avec son affabilité habituelle, le prince, allant d’un homme à l’autre, demandait quels désirs les grenadiers avaient à exprimer avant leur départ.

Devant un vieux soldat, sept fois chevronné, la poitrine couverte de médailles, le prince de Galles posa pour la énième fois sa question.

Je souhaite que Votre Altesse Royale ne se marie pas, fit l’homme.

Le jeune prince eut un petit sursaut de surprise :

Et pourquoi donc ?

Parce que, expliqua le vieux Guard, j’ai servi sous votre grand-père, j’ai servi sous votre père, je servirai sous Votre Altesse, mais je souhaiterais pouvoir prendre, un jour, un peu de repos.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. » Paris, 1933.
Illustration :Voyage du prince de Galles au Canada, à Vancouver le prince passe une revue des Canadian Scottish.Agence Rol. 1919.