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Elle aimait les fleurs

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Pour rendre plus familière la personnalité de George Sand, nous avons demandé à sa petite-fille, Mme Aurore Sand, d’évoquer quelques souvenirs de sa grand-mère. Aurore Sand est elle-même un écrivain apprécié des lettrés, ayant publié « Le roman de George Sand et d’Aurélien de Sèze », « Pour remettre à Frank », « La vie commande », Le Berry de George Sand ».

Chaque nuit elle prolongeait son travail à la lumière d’une petite lampe posée sur son bureau et ce n’est que le lendemain après-midi, après avoir lu les journaux et son courrier, qu’elle descendait retrouver sa famille.

L’été on sortait au jardin, où vite elle allait regarder l’état des fleurs, sur la terrasse, où s’alignaient des « caisses » d’orangers, de grenadiers, de citronnelle et de fuchsias. Elle les admirait et se pénétrait de leur parfum, puis elle nous entraînait dans cette partie du jardin qu’elle nommait : le « rosacium ».

Des massifs de rosiers encadraient de petites plates-bandes semées de de toutes les fleurs odorantes qui attiraient les papillons dont mon père possédait un bel élevage. Il composa une collection entomologique complète de toutes les espèces du centre de la France.

George Sand et son fils aimaient la nature en véritables amants. Ils s’adonnaient ensemble à son étude constante et passionnée.

Il n’y avait pas de promenade sans que ma grand-mère ne rapportât des fleurs pour son herbier, car, à force d’aimer les fleurs vivantes, fraîches, magnifiques ou modestes, elle était devenue « un véritable botaniste ». Elle les classait, les étiquetait, les conservait et les aimait comme mortes vivantes.

Son culte naturel pour tout ce qui est végétal, mystérieux et splendide dans notre terre de France, l’avait portée à acclimater des ananas dans une serre, et dans le gazon, devant la maison, une petite plante commune dans le midi, le « muscari », dont la fleur émane une odeur de prune. Souvent aussi elle me conduisait pour regarder la « stellaire holostée » qui ouvre ses pétales en étoile lorsqu’il fait beau et les ferme lorsque le temps se couvre.

Elle m’enseignait ce qui est immuable et cependant mouvant dans cette matière qui nous enveloppe et que nous n’admirons et n’aimons jamais assez.

Cette phrase est comme un dernier vœu : « La mort n’étant pas un malheur mais une délivrance, je ne veux sur ma tombe aucun emblème de deuil. Je désire au contraire qu’il n’y ait que des fleurs, des arbres et de la verdure« .

« Almanach de la femme française. »  Union des femmes françaises.  Paris, 1946.
Illustration : montage fait maison.

Le vrai visage d’Hollywood

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Mireille-Balin

Mireille Balin s’ennuie à Hollywood et elle menace de quitter la capitale américaine du cinéma :

« Ici, déclara-t-elle, tout gravite autour du cinéma. On perd petit à petit sa personnalité et le sens des valeurs réelles. Je frémis à l’idée de la réadaptation qu’ii me faudra faire lorsque je quitterai un jour Hollywood pour me retremper dans la vie normale de Paris. Hollywood, c’est une stupide potinière qui épie les gens et bâtit des romans impossibles. Voilà ce qu’est Hollywood et on y étouffe ! Dans cette atmosphère sans gaîté et ce climat sans saison, je perds ma joie et mon enthousiasme. Je lutte pour me sauver, parce que je ne veux pas devenir une « star » comme celles d’ici qui ne sont plus que de luxueux automates. Je veux vivre, aimer, respirer et rire, malgré Hollywood et ses dollars… Je me suis trompée sur Hollywood, Ce n’est pas seulement la ville des mirages, c’est, comme le disait Maurice Chevalier, « un ring de boxe… »

Peut-être y a-t-il dans ces déclarations désenchantées un peu de rancoeur provoquée par des espoirs déçus, mais cette description d’Hollywood semble véridique. Le cinéma est le dieu de cette cité sans âme et tout doit lui être subordonné.

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. »  Paris/Clermont-Ferrand, 1938.
Illustration : Mireille Balin dans «Gueule d’amour» (1937)

Le matou dénaturé

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matou

Une Chatte avait un petit
Qu’elle allaitait avec tendresse
Dans la corbeille où sa maîtresse
Avait eu soin de préparer son lit.
Ce nourrisson avait un père,

Un Matou, qui, suivant le travers ordinaire
A ses pareils, rôdait sur les toits d’alentour
Pour croquer l’innocent qui lui devait le jour.
matou
La petite maman, pleine de défiance,
Avait su par sa surveillance
Déjouer jusqu’alors l’indélicat dessein
De l’assassin;
Mais profitant d’un cas où la nature,
Impérieuse aux chats comme aux simples mortels,
Avait contraint la douce créature
De vaquer, au dehors, à des soins personnels,
Le papa, se glissant vers sa progéniture,
En fit un horrible festin.

La Chatte, survenant, bondit sur le coquin :
« Monstre », dit-elle, « chat sans âme!
« Cartouche, scélérat infâme !
« Va-t’en, et ne reviens jamais!
« As-tu pu sans frémir, père indigne de l’être,
« Dévorer ton enfant? » — « Mais », répondit le traître,
« Je l’ai mangé parce que je l’aimais. »

Le français est, dit-on, la langue la plus claire;
C’est possible; mais je soutiens
Qu’il reste quelque chose à faire
A nos bons académiciens :
Sent-on pas la rougeur vous monter au visage
Quand on pense qu’il faut, amoureux ou gourmand,
Avec le même mot dire indifféremment :
Madame, je vous aime ! ou : J’aime le fromage !

matou

Stop. Bêtes et gens. Fables et contes humoristiques à la plume et au crayon.  Plon, Paris, 1880.