Aix-la-Chapelle

Les Anglais sur la Riviera

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rivieraEn souvenir des Anglais qui firent sa fortune, Nice a donné le nom de ceux-ci à sa plus  belle promenade. Mais un second hommage plus pittoresque et plus artistique vient de leur être rendu par la capitale de la Riviera.

Au Musée Masséna, le public peut en ce moment voir évoqués les souvenirs de la vie britannique sur la Côte d’Azur depuis un siècle et demi. Une merveilleuse suite de Lawrence, de Peter Lely, de Gainsborough, de Reynolds, de Romney, de Morland, de Thurner, des toiles anglaises contemporaines, des vues de la Promenade des Anglais aux diverses époques de son développement constituent une anthologie illustrée du paradis méditerranéen.

Sans doute, dans un excellent article, M. A. Augustin Thierry a-t-il raison de rappeler la première installation des Britanniques à Nice en 1748, au lendemain du traité d’Aix-la-Chapelle. Mais déjà un des aïeux lointains de ces nouveaux hivernants écrivait au XIVe siècle que la Provence était l’Arcadie de la France et de toute l’Europe.

La Riviera doit sa vraie vogue à ceux qui, au début du siècle dernier, venaient, par felouques ou par berlines, jouir de ce climat enchanteur. C’est en 1822 que le Révérend Lewis Way créa la célèbre promenade en traçant un chemin à travers les galets pour réunir l’embouchure du Paillon au quartier de la Croix de Marbre. Il trouva un auxiliaire précieux en la personne du roi Charles-Félix qui concéda à Nice la jouissance perpétuelle de la Colline du Château, puis les terrains sablonneux et la partie de la plage comprise entre l’embouchure du Paillon et celle du Var.raoul dufyMais l’argent manquait à la ville : le révérend utilisa (sic) les nombreux mendiants de la ville à construire la nouvelle promenade. Il mit avec son beau-frère les premiers fonds, puis fit appel au crédit public. La route s’allongea en 1852 jusqu’au pont Magnan. Après l’annexion, l’allée fut surélevée et un trottoir de trois mètres de large s’illuminait le soir, grâce à trente becs de gaz rangés tout le long de l’allée de dix-huit kilomètres.

1882 voit la promenade étendue jusqu’à Callar; en 1891, le trottoir est cimenté; en 1903 la chaussée rejoint l’hippodrome.

Les Rois adoptèrent cette Reine de la Riviera, dont le Musée Masséna présente au public les belles lettres de noblesse. Les terrasses ne furent-elles pas les lieux de prédilection des habitués du Grand Seize et de la Loge Infernale ?

La radieuse gaieté du ciel et de la mer qui étourdissait les lions et les biches, était seule capable de calmer la pauvre tête de Nietzsche luttant contre la folie dans sa maison du quai des Phocéens, dont le nom évoque les premiers hivernants de cette mare nostrum. au bord de laquelle Paul Valery a fondé son merveilleux foyer spirituel d’études méditerranéennes.

Jean Bever. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.
Peintures : Raoul Dufy.

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L’anneau de Charlemagne  

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charlemagneA propos de la Saint-Charlemagne on a rappelé la curieuse légende sur la fondation d’Aix-la-Chapelle.

Charlemagne, qui était plusculum mulierosus, s’était épris d’une princesse allemande. Il en perdait le boire et le manger. La princesse vint à mourir et, chose étrange,il parut que la passion de l’empereur ne faisait qu’augmenter. Couché sur un lit de parade, le corps de la morteavait miraculeusement conservé sa souplesse et sa fraîcheur. Son regard restait vivant, ses joues étaient, roses, et, pendant des heures entières, Charlemagne demeurait en contemplation près du lit où la belle semblait endormie.

L’archevêque Turpin, effrayé de ce prodige, s’introduisit un jour, pendant une absence de Charlemagne, dans la chambre où reposait le cadavre, voulant s’assurer s’il n’y avait pas quelque sorcellerie, dans cette étrange aventure. Il trouva un anneau d’or, gravé d’hiéroglyphes, au doigt de la princesse. Turpin l’enleva et le passa à son doigt. Quand Charlemagne. revint à la chambre mortuaire, le charme était rompu. Il ne vit plus sur le lit, qu’un cadavre hideux. Il le fit ensevelir au plus vite.

Mais voici où la légende devient amusante et fort imprévue. La passion de l’empereur, suivit l’anneau et se reporta sur l’archevêque Turpin lui-même. Il se prit d’une telle affection pour Turpin qu’il ne voulait plus le quitter, le suivant partout, se sentant pris d’un ennui mortel dès qu’il était quelques jours sans le voir.

Le bon évêque, effrayé de cette singulière vertu de l’anneau, le jeta dans un lac pour qu’il ne pût tomber en des mains qui auraient tenté d’en abuser. Mais voilà que, dès ce jour, Charlemagne se passionna pour le pays oùavait été immergé l’anneau. Il s’y plut tellement qu’il ne voulut plus le quitter. Il y bâtit un palais, puis un monastère, puis y jeta les fondements d’une ville et voulut être enterré là.

C’est ainsi que, dit la légende très ingénieuse, fut fondée Aix-la-Chapelle, ville de prédilection du grand empereur.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.