Alfred Giard

Croyez-vous au serpent de mer ?

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serpent_merDes pêcheurs de l’Afrique du Sud ont capturé dernièrement un étrange animal dont le corps, très long, est celui d’un reptile…

Si pareil fait s’était produit il y a trois quarts de siècle, sous le règne du bon roi Louis-Philippe, il eût mis l’opinion publique en effervescence. Car il parait qu’en ce temps-là, la moindre nouvelle relative aux apparitions du serpent de mer passionnait les foules. Aujourd’hui, le serpent de mer a beau reparaître ainsi de temps à autre dans les colonnes des journaux, il passe à peu près inaperçu.

Il semble bien pourtant que le serpent de mer n’est pas un mythe. Depuis un quart de siècle, un certain nombre de navigateurs, parmi lesquels plusieurs officiers de la marine française, parfaitement dignes de foi, ont signalé sa présence dans le Pacifique et dans la mer de Chine. On l’a vu plusieurs fois, notamment dans la baie d’Along. D’autre part, un savant anglais a relevé, dans les récits de voyageurs, 162 observations du serpent de mer,  depuis le début du XVIe siècle jusqu’à la fin du XIXe. Il faut bien admettre que, sur les 162 marins qui prétendirent avoir vu le monstre, dans cette période de 400 ans, il en est au moins quelques-uns qui n’avaient pas la berlue.

Enfin, la science elle-même ne met pas en doute l’existence du serpent de mer. Je me souviens qu’il y a quelques vingt-cinq ans, le serpent de mer, ayant manifesté sa présence dans je ne sais quel océan, j’allai demander au célèbre physiologiste Alfred Giard ce qu’il en pensait. A ma grande surprise, l’éminent savant me répondit :

Si le serpent de mer existe ?… Mais pourquoi pas ?… On a retrouvé dernièrement, en Afrique, un animal terrien, l’okapi, qu’on croyait disparu : pourquoi ne pourrait-on retrouver aussi le mosasaure ou l’ichtyosaure qui, s’ils existent encore, ne peuvent vivre qu’à de très grandes profondeurs et n’apparaître que rarement à ta surface ?

Et, depuis ce temps-là, tout comme un bourgeois de 1830, je crois à l’existence du serpent de mer. 

Jean Lecoq. « Le Petit journal. » 8 septembre 1927.