Allemagne

Charlie Chaplin renoncera-t-il  à tourner Le Dictateur ? 

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charlot

Chaplin abandonne Le Dictateur… Telle est la nouvelle qui circule dans tous les studios de Hollywood depuis hier. On ne verra pas Charlot dans ce film que le monde entier attendait avec curiosité. 

Depuis neuf mois déjà, le film était en « gestation ». Chaplin, disait-on, veut présenter dans cette bande sensationnelle, une caricature du Führer de la plus grande Allemagne et stigmatiser à sa façon les exagérations et la vanité des séides qui appliquent sans discernement ses idées. Les menaces dont il fut l’objet depuis le jour où son projet fut connu, et probablement les protestations officieuses ou officielles du Troisième Reich, sont sans doute à l’origine de l’abandon du film en cours. 

Le personnage inventé cette fois par Chaplin était non pas exactement celui d’un dictateur, mais celui d’un petit israélite enfermé dans un camp de concentration. Comme il ressemble trait pour trait au Führer, des ennemis de ce dernier ourdissent un complot.  Ils enlèvent par surprise le dictateur et lui substituent le prisonnier. 

Son premier décret annonce la dissolution du parti nazi, celle des milices brunes et autres et la libération de ses frères de race. Mais la vie officielle d’un dictateur est fatigante. Surmené par les inaugurations, les exhibitions et les acclamations, l’Israélite de jadis regrette l’obscurité du camp de concentration. Mais une femme a compris son désarroi. Grâce à elle, il échappera à sa prison dorée, et l’aide, à s’enfuir en Suisse, où il redeviendra lui-même. 

L’abandon est-il définitif ? On sait que Charlie Chaplin est capricieux, tout autant que volontaire. On prétend ici que son abandon n’est peut-être pas tellement définitif et que, comme il n’a jamais manqué de courage, il se pourrait que, bravant les dangers et l’opinion, il présentera peut-être  Le Dictateur à l’écran au moment où on s’y attendra le moins. 

« Paris-soir. » Paris, 19/11/1938.

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Qui inventa le téléphone ?

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L’Allemagne vient de célébrer (article rédigé en 1934) le centenaire de la naissance d’un modeste savant, Johann Philipp Reis, simple petit instituteur hessois, né en janvier 1834, mort en 1874, et qui aurait été le premier réalisateur du téléphone. 

Ce fut une révélation. Personne, jusqu’à présent, n’avait entendu parler de Reis et de son invention. Graham Bell, qui passe pour le véritable inventeur et Edison, qui perfectionna l’invention, ignoraient jusqu’à son nom. Il est cependant certain, d’après tout ce qui vient d’être publié en Allemagne sur Johann Philipp Reis, que celui-ci inventa et expérimenta, en 1860, un appareil qui transmettait les sons à distance, et auquel dans un mémoire adressé à la Société de Physique de Francfort, il donna le nom de Téléphone.

Les Allemands, après avoir laissé si longtemps dans l’oubli le nom du modeste savant hessois, viennent de l’en tirer avec fracas. Sans doute, mieux vaut tard que jamais. Leurs journaux exaltent le souvenir de Reiss, qu’ils appellent « le véritable inventeur du téléphone ». C’est fort bien. Mais des journaux français font chorus et attribuent au seul Philippe Reis tout l’honneur de l’invention. Et c’est sur quoi il nous parait bon de protester.

Six ans avant que Philippe Reis fit connaitre son invention, le principe du téléphone  avait été établi par un Français qui s’appelait Charles Bourseul. Que les Allemands ignorent ce détail, c’est fort naturel : nous ignorions bien nous-mêmes, jusqu’à présent, le nom de Johann Philipp Reis. Mais que des journaux français partagent cette ignorance, voilà qui semble moins explicable. C’est ainsi que s’affirme et que se perpétue la vieille légende de l’indifférence des Français à l’égard des inventeurs de leur pays.

Rappelons donc, pour ceux qui l’ignorent, l’histoire de Charles Bourseul, précurseur de Reis et de Graham Bell dans l’invention du téléphone moderne. Au début du Second Empire, le nommé Charles Bourseul, originaire de Douai, était employé comme commis des télégraphes au bureau de la Bourse à Paris. Esprit ingénieux et réfléchi, fonctionnaire modèle, très savant dans sa profession, Bourseul avait imaginé un appareil dont le principe était la transmission de la voix par la conductibilité électrique.

Quand son idée fut au point, il alla, en fonctionnaire discipliné, la soumettre à ses chefs. Ceux-ci lui rirent au nez, et l’un d’eux, qui remplissait les hautes fonctions de directeur du service télégraphique, lui déclara textuellement que c’était « de la blague », et l’invita à se tenir tranquille. Le téléphone, « de la blague » !… Voilà comment, trop souvent, l’administration ou la science officielle jugent les inventions les plus fécondes, les plus utiles au progrès humain.

Rebuté, l’inventeur se tint coi, mais ce ne fut pas sans avoir publié dans L’Illustration du 26 août 1854 une étude complète de son invention. Bien lui en prit, car, en 1882, au Congrès international d’électricité qui se tint à Philadelphie, Graham Bell qui, vingt ans après Bourseul, avait réinventé le téléphone, et Edison qui l’avait perfectionné, rendirent un hommage éclatant à l’inventeur français, et saluèrent en lui le génie méconnu à qui l’on devait le principe même de l’invention  nouvelle. De Reis, il ne fut pas question un seul instant. L’inventeur allemand était alors totalement ignoré.

Or, en 1882, Bourseul, retraité de l’administration des P.T.T., vivait de sa maigre pension à Saint-Ceré, dans le Lot. Devant la reconnaissance officielle des deux savants américains, le gouvernement, soucieux de réparer le tort que l’inventeur avait subi naguère, augmenta sa petite rente de deux mille francs et lui octroya par surcroît un bout de ruban rouge. Ce fut tout !… Le génie ne se paie pas cher en ce pays. Une fatalité singulière semblait, d’ailleurs, poursuivre les inventeurs du téléphone. Graham Bell, lui aussi, eut toutes les peines du monde à faire connaître son invention.

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Il avait commencé ses expériences en 1874. Le 14 février 1876, il déposait sa demande de brevet pour l’invention du téléphone. Or, le même jour, un autre inventeur américain, nommé Elisha Grey, déposait une demande ayant le même objet. Mais ce dernier, ayant commis une omission de forme, le brevet fut délivré à Graham Bell seul. Ce brevet, d’ailleurs, passa inaperçu. En vain, Bell conviait-il le public aux expériences qu’il faisait dans son atelier de Boston, le public demeurait indifférent et ne répondait pas à ses appels.

En 1878, à l’exposition du centenaire de Philadelphie, l’inventeur avait exposé son appareil, et personne ne daignait y prêter attention. Le public défilait sans s’arrêter devant le stand du pauvre savant. Les membres du jury eux-mêmes étaient passés sans s’arrêter. Pendant des semaines, on vit le malheureux inventeur assis, triste et solitaire, devant la petite table qui supportait son merveilleux appareil, dédaigné de tous.

Or, un jour, l’empereur du Brésil, Dom Pedro, vint visiter l’exposition : il s’approcha de Graham Bell, qu’il avait connu professeur de physique dans un collège de Rio-de-Janeiro, et lui demanda quelques explications sur sa découverte. Un fil allait d’un mur à l’autre, traversait tout le hall. L’empereur prit le récepteur, tandis qu’à l’autre bout, Graham Bell se penchait sur le transmetteur. Et soudain, Dom Pedro releva la tête, frappé de stupeur :

— Mais il parle !… il parle !… s’écria-t-il.

Les visiteurs accoururent. On félicita Graham Bell. Le lendemain, les journaux étaient pleins de détails sur la nouvelle invention.

Et c’est ainsi que fut lancé le téléphone en Amérique.

Aujourd’hui, la plus grande compagnie téléphonique américaine, qui comporte plus de dix millions de postes, porte le nom de Graham Bell, et ce nom est illustre dans l’univers entier. Par contre, dans les pays d’Europe, jusqu’à présent, tout le monde ignorait Johann Philipp Reis, le petit instituteur hessois qui, dès l’année 1860, avait réalisé le téléphone. Et chez nous, je gagerais qu’il n’y a pas un Français sur cent mille qui connaisse seulement le nom de Charles Bourseul.

Les grandes inventions modernes sont, en général, des œuvres collectives. Elles doivent presque toutes quelque chose aux savants, aux ingénieurs des pays les plus divers. Il en résulte que, dans chacun de ces pays, on ne connaît (et encore quand on le connaît) que le nom de l’inventeur national, et l’on ignore celui des inventeurs étrangers qui ont collaboré à la même œuvre.

Il serait temps de remédier à cela. On charge aujourd’hui l’assemblée de Genève des besognes les plus diverses. Or, voilà un problème qui semble de son ressort. Pourquoi ne réunirait-elle pas un aéropage de savants choisis dans tous les corps scientifiques d’Europe et d’Amérique, et ne le chargerait-elle pas d’établir l’histoire précise des grandes inventions en fixant exactement la part qui revient à chacun des inventeurs qui y ont contribué ?

Un tel travail montrerait que ce sont les Français qui ont la part la plus considérable dans la mise au point définitive de tous les grands progrès d’à-présent.

Ernest Laut. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.

Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Albrecht Dürer

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En 1471, venait au monde Albrecht Dürer à Nuremberg. Bien que pouvant prétendre aux titres de peintre, graveur, sculpteur et architecte, c’est surtout comme graveur qu’il est illustre. 

Dans ce dernier art, il est un des plus grands maîtres qui aient existé. Il avait d’abord appris l’orfèvrerie, qui était la profession de son père et dans laquelle il avait montré un réel talent, puis, attiré vers la peinture, il entra dans l’école de Wohlgemuth où il resta trois ans. Il avait vingt-trois ans quand il exécuta le dessin d’Orphée qui est réputé son chef-d’œuvre. Tout jeune encore, il fit le tour de l’Allemagne. Plus tard il alla à Bologne en Italie et visita les Pays-Bas.

Cependant sa réputation s’était répandue : Maximilien le nomma peintre de la cour. C’est à ce prince qu’on rapporte l’anecdote suivante : passant un jour avec sa suite dans une galerie du palais où travaillait Dürer, monté sur une échelle, il remarqua que l’échelle était mal assujettie et fit signe à un de ses gentilshommes de la tenir, mais celui-ci jugeant une telle action indigne de lui, l’Empereur s’écria avec colère :

« Vous avez la noblesse de naissance, mais mon peintre a la noblesse du génie qui vaut la vôtre ! »

Et il anoblit Dürer sur-le-champ, lui donnant pour armoiries « trois écussons sur champ d’azur, deux en chef et un en pointe ». Ces armoiries sont restées celles de la peinture. 

Mais le peintre, comblé d’honneurs, n’était pas heureux : le bonheur domestique lui manqua toujours. Il avait épousé une femme d’un caractère avare et acariâtre. Pressé par elle, il quitta l’Italie pour vendre ses gravures dans les Pays-Bas. Ce voyage lui fut fatal : d’abord bien accueilli par la régente Marguerite d’Autriche, il tomba bientôt en disgrâce et n’obtint même pas le salaire de ses travaux. Rentré en Allemagne, ses forces s’épuisèrent dans le labeur incessant auquel le condamnait sa femme. Les tourments qu’elle lui prodiguait finirent par causer sa mort, si l’on s’en rapporte aux paroles, trop vraisemblables, de son ami Hartmann : 

« Elle l’avait tellement fait souffrir qu’il semblait avoir perdu la raison. Elle ne lui permettait pas d’interrompre son travail, l’éloignait de toutes sociétés et le harcelait de plaintes continuelles pour qu’il amassât de l’argent. Elle avait sans cesse la crainte de mourir dans la misère, elle était insatiable : elle a donc été la cause de sa mort. » 

Dürer mourut à cinquante-sept ans, laissant 6000 florins à celle qu’il appelait sa maîtresse en calcul. De viles questions de chiffres avaient eu raison de son génie et de sa vie. 

Son talent symbolise son époque : d’une imagination inépuisable et qui souvent s’envolait dans le fantastique, il a admirablement exprimé la grâce naïve de son temps et ses estampes lui avaient acquis de bonne heure une réputation universelle. Bien que les chagrins intimes ne soient pas de ceux que l’histoire plaint toujours, ils eurent une influence trop considérable sur son existence pour ne pas être déplorés publiquement. Le caractère d’Albrecht Dürer était en effet tout l’opposé de celui qui le fit souffrir. Généreux, libéral, il a fait bien des portraits qu’on ne lui payait pas, et il donnait ses dessins ou ses estampes plus souvent qu’il ne les vendait.

Changeur/Spont. « Les grandes infortunes. » Hatier, Paris, 1897.

Elevage de la volaille à Berlin

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Pour combattre la vie chère, de nombreux habitants de Berlin se livrent à l’élevage de la volaille. Comme les gallinacées qui restent enfermées dans les appartements pondent peu, les éleveurs sont dans l’obligation de promener leurs pensionnaires.

 

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C’est le Tempelhofer Feld et ses environs qui servent aux Berlinois pour ces originales promenades. Tenues en laisse comme des chiens, les poules cherchent tranquillement dans les herbes les vers de terre, nourriture qu’elles affectionnent tout particulièrement.

« Le Miroir. » Paris, 1920.

Tandem

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tandem

Je sais bien que chacun prend son plaisir où il le trouve, mais enfin il est bien permis de s’étonner des façons dont certaines gens entendent le plaisir.

Voici par exemple un couple de jeunes mariés d’outre-Rhin (appelons-les Gretchen et Rodolphe) qui, venant de convoler en de justes noces, éprouvent le désir de s’isoler un peu. Trop juste ! Or, savez-vous le procédé qu’ils emploient pour le faire ?  Le classique voyage en Italie ou en Suisse, dans un sleeping-car loué d’avance et bien aménagé ?  Jamais de la vie ! Ils s’en vont, cyclistes intrépides, en tandem, de Bielefeld à Wilhemshaven, c’est-à-dire à une distance de sept cents kilomètres.

Le voyage a duré cinq jours, pendant lesquels ils sont restés soixante douze heures en route et ont pris le temps de visiter les villes qu’ils ont traversées. Ils ont également pris du repos, de nouveaux mariés ne pouvant guère rester jour et nuit en tandem. Ils sont partis pour Brême et comptent rentrer à Bielefeld sur leur machine, mais toujours avec de petits arrêts.

Pour un voyage de noces, madame Rodolphe, c’est ça qu’on peut appeler un beau voyage !

« Journal du dimanche. » Paris, 1893.

Alternative

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Jean Abell, chanteur et luthiste distingué, attaché à la chapelle de Charles II, roi d’Angleterre, ayant perdu sa place comme papiste, lors de la révolution de 1693, se vit contraint de s’expatrier, et se mit à voyager pour donner des concerts.

Il parcourut la Hollande, l’Allemagne et enfin la Pologne. A Varsovie, il fut invité à venir chanter devant le roi. Abell s’excusa, et, sur une seconde invitation, il réitéra son refus par écrit. L’ordre formel lui fut alors intimé de se rendre à la cour. Arrivé au palais, on le,conduisit dans une vaste salle autour de laquelle régnait une galerie supérieure.

Dans le milieu de cette salle se trouvait un fauteuil qu’on offrit à l’artiste. mais à peine y fut-il assis que le siège, enlevé par une mécanique, gagna le plafond. Au même instant, le roi parut sur la galerie, environné de sa cour. A un signal donné, les portes de la salle s’ouvrirent, et l’on vit entrer des ours. Le roi mit alors le musicien dans l’alternative de chanter tout de suite ou d’être descendu sur le parquet, au milieu des bêtes féroces.

On pense bien qu’Abell s’empressa de choisir le premier parti. Plus tard, il avoua lui-même, en racontant cette aventure, que de sa vie il n’avait été mieux servi par sa voix.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.
Peinture :  Theodor Rombouts.