Allemagne

3 articles des années 20

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Le record de… l’écrasement

automobiles 1920Il est détenu incontestablement, — peut-on s’en étonner beaucoup ? — par l’Amérique, plus précisément par l’Etat de New York.

Pendant le seul mois d’août, trois cent cinquante personnes ont été envoyées à toute vitesse dans un monde meilleur. En juillet, le funèbre bilan avait été moins énorme : seulement deux cent vingt et un décès avaient été causés par MM. les chauffeurs.

Et dire que nous nous plaignons, à Paris, pour quelques pauvres petits accidents

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Hyper-inflation 

inflation_allemagne_1923La vie doit être difficile en Allemagne. Les annonces des journaux jettent des lueurs sur tout ce que l’avilissement de la monnaie peut apporter d’embarras aux Allemands. On nous communique, par exemple, cette annonce :

« Lunettes (verres avec monture corne) perdues. Cent millions à qui les rapportera. »

On ne se donnerait pas, en France, la peine de publier une annonce pour récupérer une paire de lunettes à monture de corne.

Cette autre :

« Jeune fille ordonnée et capable est demandée pour entrée immédiate. Salaire en relation avec les temps présents. »

Ce salaire doit augmenter de jour en jour s’il suit les difficultés des temps présents. Quant au ressemelage d’une paire de chaussures, il est annoncé comme une occasion à 150 millions seulement.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Le redresseur de nez

fannie_briceMiss Fannie Brice, célèbre actrice américaine, possède un nez bourbonien qu’elle voudrait absolument remplacer par un nez grec de Pallas-Athénée.

Pour cette rectification de son profil, elle s’est adressée au docteur Henry S. Scherison. éminent chirurgien d’Atlantic City, qui s’est fait une spécialité de modifier complètement et à volonté la ligne du nez de ses clients.

Le praticien a promis de réussir en quelques séances. Il joue sa réputation dans cette expérience de « rhinoplastie » qui peut, si elle est couronnée de succès, lui valoir une fortune considérable.

En attendant, toute l’Amérique est, si l’on peut dire, fébrilement suspendue… au nez de Miss Fannie Brice.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice,11 novembre 1923.

Déclarations de guerre

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charge-cavalerieNul n’ignore que la République de San-Marin, une des minuscules républiques du monde (après celle d’Andorre), a déclaré la guerre à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie en 1916.

L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie demandèrent en vain des explications, la République de San-Marin ne daigna même point répondre. Il y a mieux. Il y a une douzaine de jours, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie reçurent avec surprise une nouvelle déclaration de guerre, celle de la plus petite république du monde, la République de Tavolara. Cette république est établie sur la côte nord-est de la Sardaigne, sur l’île rocheuse de Taranova. Elle compte en tout 170 habitants. Elle a une histoire.

En 1882, Tavolara était encore une monarchie absolue. Paul Ier y régnait comme une sorte de tzar. Il appartenait à la dynastie de Bartholsaï qui avait été solennellement en 1883 par Charles-Albert d’Italie comme ayant droit au titre de souverain. Quand Paul Ier mourut, en 1882, il éclata une révolution. La population refusa de reconnaître l’héritier présomptif et proclama la République. On jugea inutile d’en informer les puissances, on se borna à obtenir l’assentiment de l’Italie.

Détails curieux : le président est élu pour 10 ans et les femmes ont le droit au vote. C’est à la suite du naufrage d’un bateau de pêche qui avait rencontré une mine dans la Méditerranée que la Petite République a décidé d’en venir à la cruelle nécessité d’une déclaration de guerre.

Les Empires Centraux finiront par avoir « tout le monde » contre eux. C’est sûr.

« La Pomme cuite. » Paris, 1917.

Art d’accommoder les restes

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noackConnaissiez-vous la choucroute à la bavaroise, nouvelle recette culinaire inventée par une rêveuse allemande, jalouse probablement de la veuve Mausole, qui, comme chacun sait, fit de son estomac le cercueil de son défunt. 

Gretchen Grübenher, une habitante d’un petit village de Bavière, ayant trouvé que son mari avait un caractère difficile, l’a tué. Après avoir coupé son corps en morceaux, en a pieusement enseveli les restes dans un tonneau de choucroute. 

Lorsque la justice s’est transportée au domicile de Gretchen, et qu’après avoir longtemps cherché le cadavre de Benedeck (la victime), l’a trouvé dans un piteux état… Gretchen Grübenher s’est alors élancée vers l’un des juges : 

 Il s’est suicidé. Je suis innocente ! s’est-elle écriée

Mais, après une courte délibération, les juges ayant trouvé la chose invraisemblable, ont fait mettre Gretchen Grübenher en état d’arrestation. 

Le tonneau de choucroute sera déposé au greffe comme pièce de conviction. 

D’après « L’Avant-scène. » Bordeaux, 21/06/1868.
Illustration : Noack.

Le général Tom Pouce à Bade

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Phineas Taylor Barnum et Charles Stratton

Le général Tom Pouce qui va arriver à Bade est bien réellement, dit le programme que nous avons sous les yeux, celui qui, il y a douze ans, fut couvert de caresses et de baisers par les plus jolies femmes de Paris, et qui fut reçu par le roi Louis-Philippe et la famille royale. 

Il paraît effectivement que le doute n’est pas possible, car plusieurs personnes qui l’ont visité alors, l’ont parfaitement reconnu sur les photographies qui sont exposées à la librairie des Demoiselles Marx. Son esprit et son intelligence seuls ont grandi depuis cette époque, car sa taille n’a pas dépassé trente et un pouces anglais (quatre-vingts centimètres), et il ne pèse que vingt-neuf livres (quatorze kg).  

Laissons, du reste, parler le Times, qui vient de rendre compte de l’exhibition du général Tom Pouce dans l’Alhambra de Londres : 

« Le général Tom Pouce, cet ancien favori du public, a reparu lundi dernier, 24 juillet, et a reçu l’accueil le plus cordial. Ce petit héros à grand renom , preuve évidente du peu de matière qu’il faut pour loger une individualité humaine, revient à nous sans que le temps ait ajouté une ride à son front, ni la centième partie d’un pouce à sa taille. Il est toujours plein d’esprit, de vivacité, et ses proportions parfaites n’ont point été altérées. Il a ajouté à ses mérites un talent mimique dans le genre de la célèbre artiste Barney Williams, et ses chants sont remarquables par l’expression et l’intelligence. Son aplomb  et ses reparties heureuses sont depuis longtemps appréciées par ceux qui le connaissent, et ceux qui ne le connaissent pas, n’ont rien à craindre de son aspect qui est très agréable. »

Voici quelques détails que nous pouvons donner comme authentiques : 

Le petit général mignon, ou gentilhomme en miniature, comme l’ont fait surnommer ses heureuses proportions et ses gracieuses manières, est né dans les Etats-Unis d’Amérique, en la ville de Bridefort. A peu près comme le petit Poucet, avec cette différence que l’un est le héros d’un conte et que l’autre est une réalité, Charles Stratton cessa de croître dès l’âge d’un an et fut un sujet d’alarmes pour une famille presque pauvre qui lui dut plus tard sa fortune. 

En 1843, le célèbre Barnum, le Roi de la réclame, si connu par ses exploitations artistiques et son voyage en Amérique avec Jenny Lind, découvrit ce petit personnage et l’ajouta à son musée de New York, où des milliers de visiteurs s’extasièrent devant le plus petit être humain qui fut jamais. 

En 1844, Barnum l’amena à Londres avec sa famille. 

Le général parut trois fois devant Sa Majesté la reine Victoria et la famille royale. Plus de 600,000 personnes l’ont visité dans la salle égyptienne, à Piccadilly. 

En 1846, il visita, comme nous l’avons déjà dit, Paris, où son succès fut colossal. On l’a vu dans la salle des concerts Musard (rue Vivienne). 

Il joua le petit Poucet au Vaudeville, avec Mme Lagrange, dont nous avons dernièrement admiré la grâce et le talent dans le rôle de la marquise d’O, et qui, alors âgée de sept ou huit ans, jouait le rôle d’un petit frère du petit Poucet et chantait très gracieusement une petite romance, dans la petite pièce faite tout exprès pour notre petite célébrité. Tom Pouce eut l’honneur de visiter une foule de princes de tout rang, et fut comblé de cadeaux par les plus illustres personnages de notre temps (le programme annonce qu’on nous fera voir ceux qu’il tient des têtes couronnées). 

En 1847, Barnum et lui retournèrent en Amérique en emportant chacun 600,000 fr. Après avoir visité Cuba et le Canada, ils revinrent, en 1857, en Angleterre. 

Le général Tom Pouce n’a jamais mis le pied sur le sol germanique. Pour la première fois, dans sa vie, il vient en Allemagne. Les repoussantes petites individualités qui se sont parées de son nom et de son titre pour tromper le public, n’étaient que de mauvaises contrefaçons de cette petite monnaie humaine. 

Le célèbre Barnum, qui l’a toujours dirigé, l’accompagne dans ce rapide tour sur le continent. Nous disons rapide, car, si nous en croyons les journaux de Londres, dès le commencement de 1859, le général aurait l’intention de regagner son pays natal, de rentrer dans la vie privée et de se livrer à la pêche à la ligne comme un simple particulier. 

Sa suite, pendant son voyage, se compose de quatorze personnes. Son équipage est le plus petit du monde. 

« Journal littéraire et artistique de la Forêt Noire et de la vallée du Rhin. » 1858.

Un impôt sur les pipes ! 

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waldeck-rousseau-pipesIl est question en Belgique d’imposer les pipes ! La pipe en terre, comme la pipe en bois ou en écume de mer sera frappée d’une taxe de 10 pour cent… comme article de luxe. 

Article de luxe la pipe ! Allons donc ! C’est le traditionnel complément de tout visage de bon Flamand.Imposer la pipe est antinational en Pays-Bas. 

Les fumeurs de Flandre et de Wallonie protestent, se liguent. Protestons avec eux.

Trouvez autre chose monsieur le ministre des Finances de Belgique.  

Comoedia a consacré hier l’écho que vous venez de lire à la pipe taxée comme objet de luxe en Belgique. Jean Lecoq, à ce propos, écrit dans le même journal : 

Voilà certes un impôt plutôt bizarre et quelque peu saugrenu. La pipe objet de luxe. On lui reprochait plutôt le contraire jusqu’à présent. Longtemps elle fut jugée, un peu partout, indésirable. Les vieux Parisiens peuvent se souvenir d’un temps où elle était bannie de nos grands cafés des boulevards. J’ai ouï raconter, à ce propos, une anecdote  dont Waldeck-Rousseau fut le héros vers la fin de l’Empire.

Waldeck aimait la pipe et souffrait de ne pouvoir la fumer dans les cafés des boulevards où il se rendait quelquefois. Un jour, avec quelques camarades du Quartier Latin, il se fit expulser du Café Biche où il avait fume la pipe malgré la défense qui en était faite.  Waldeck rédigea tout de suite sur l’incident une consultation juridique, fit faire un  constat par un huissier et engagea même un procès. Qu’en advint-il ?… Les annales judiciaires sont muettes sur ce litige singulier. Mais la pipe n’en demeura pas moins interdite, pendant de longues années encore, dans nos cafés à la mode. 

En Allemagne c’était pis encore. Il n’y a que quatre-vingt-quinze ans que les BerIinois ont le droit de fumer leur pipe partout où il leur plaît. Le 3 mai 1832 fut signé par le roi de Prusse un décret permettant aux habitants de Berlin de fumer la pipe dans les rues et au Thiergarten. Jusqu’alors, il était défendu « par égard pour les convenances publiques » de se montrer dehors la pipe au bec, et les délinquants étaient passibles d’une amende de deux thalers, et même de la prison s’il y avait récidive. 

Ainsi, légalement, la pipe était, jadis, objet de mépris : la voici, aujourd’hui, non moins légalement, objet de luxe…

« Comoedia. » Paris, 1927.     12

Charles Gounod

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gounodCharles Gounod est né, à Paris, dans le mois de juin de l’année 1818. Dès son jeune âge, il montra de sérieuses dispositions pour la musique, mais longtemps il dut lutter contre les efforts de ses parents, qui combattaient énergiquement la vocation du futur auteur de Faust.

Il était alors élève du collège St Louis et le proviseur, M. Poirson, luttait de son côté contre les tendances musicales de son élève. Mais rien ne pouvait détourner Gounod de ses études de prédilection et, pendant les récréations, lorsque ses camarades criaient et jouaient dans la cour, le petit maestro se cachait dans un coin de sa classe et noircissait du papier à musique : cela faisait la désolation de ses parents et de son proviseur.

Ce dernier pourtant voulut faire un essai et l’épreuve qu’il tenta décida de l’avenir de Gounod. Il fit venir l’entêté collégien. Il lui dit :

« Puisque tu veux à toute force être musicien, donne-moi une preuve de ton talent. Voici des paroles que tu vas mettre en musique. Si tu réussis, je parlerai pour toi à tes parents. »

Gounod s’enfuit sans écouter la fin et le voilà dans sa classe, réfléchissant, méditant, traçant des notes. Lorsqu’il eut terminé son oeuvre, il la porta au proviseur qui la lui fit chanter séance tenante et qui, après l’avoir entendue, ne put trouver d’autre réponse, d’autres bravos que des larmes de joie.

A dix huit ans, Gounod entra dans la classe d’Halévy, au Conservatoire. A vingt ans, il était premier prix de Rome. Il  voyagea en Allemagne, en Italie, étudia la musique religieuse à Rome et fut nommé, à son retour, maître de chapelle à l’église des Missions étrangères.

Tout-à-coup, il se retire du monde, prend l’habit ecclésiastique et reste pendant deux ans au Séminaire de St Sulpice. Heureusement pour l’art, Gounod ne persista pas dans sa retraite et, le 16 avril! 851, il faisait jouer au Grand-Opéra, grâce aux encouragements et à l’appui de Mme Viardot, Sapho, un opéra qui n’eut pas grand succès. Puis il composa les choeurs d’Ulysse de Ponsard, la Nonne Sanglante, le Médecin malgré lui et enfin Faust. C’est de Faust que date l’universelle renommée de Gounod. Il écrivit encore Philémon et Baucis, la Colombe (pour le théâtre de Bade), la Reine de Saba, Mireille et, Roméo et Juliette, son dernier triomphe (je précise que l’article est de 1867).

Aucun compositeur contemporain n’a atteint Gounod dans son originalité merveilleuse, dans sa poétique facture, nul n’a égalé la divine figure de Marguerite ou le délicieux pastel de Juliette. Gounod est décoré, membre de l’Institut. Il est riche, honoré, célèbre et sera l’une des étoiles et des gloires de l’école musicale française du dix-neuvième siècle.

Gustave Fischbach. « L’Écho du théâtre. » Strasbourg,  1867.

Charlie Chaplin renoncera-t-il  à tourner Le Dictateur ? 

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charlot

Chaplin abandonne Le Dictateur… Telle est la nouvelle qui circule dans tous les studios de Hollywood depuis hier. On ne verra pas Charlot dans ce film que le monde entier attendait avec curiosité. 

Depuis neuf mois déjà, le film était en « gestation ». Chaplin, disait-on, veut présenter dans cette bande sensationnelle, une caricature du Führer de la plus grande Allemagne et stigmatiser à sa façon les exagérations et la vanité des séides qui appliquent sans discernement ses idées. Les menaces dont il fut l’objet depuis le jour où son projet fut connu, et probablement les protestations officieuses ou officielles du Troisième Reich, sont sans doute à l’origine de l’abandon du film en cours. 

Le personnage inventé cette fois par Chaplin était non pas exactement celui d’un dictateur, mais celui d’un petit israélite enfermé dans un camp de concentration. Comme il ressemble trait pour trait au Führer, des ennemis de ce dernier ourdissent un complot.  Ils enlèvent par surprise le dictateur et lui substituent le prisonnier. 

Son premier décret annonce la dissolution du parti nazi, celle des milices brunes et autres et la libération de ses frères de race. Mais la vie officielle d’un dictateur est fatigante. Surmené par les inaugurations, les exhibitions et les acclamations, l’Israélite de jadis regrette l’obscurité du camp de concentration. Mais une femme a compris son désarroi. Grâce à elle, il échappera à sa prison dorée, et l’aide, à s’enfuir en Suisse, où il redeviendra lui-même. 

L’abandon est-il définitif ? On sait que Charlie Chaplin est capricieux, tout autant que volontaire. On prétend ici que son abandon n’est peut-être pas tellement définitif et que, comme il n’a jamais manqué de courage, il se pourrait que, bravant les dangers et l’opinion, il présentera peut-être  Le Dictateur à l’écran au moment où on s’y attendra le moins. 

« Paris-soir. » Paris, 19/11/1938.