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Alternative

luthier

Jean Abell, chanteur et luthiste distingué, attaché à la chapelle de Charles II, roi d’Angleterre, ayant perdu sa place comme papiste, lors de la révolution de 1693, se vit contraint de s’expatrier, et se mit à voyager pour donner des concerts.

Il parcourut la Hollande, l’Allemagne et enfin la Pologne. A Varsovie, il fut invité à venir chanter devant le roi. Abell s’excusa, et, sur une seconde invitation, il réitéra son refus par écrit. L’ordre formel lui fut alors intimé de se rendre à la cour. Arrivé au palais, on le,conduisit dans une vaste salle autour de laquelle régnait une galerie supérieure.

Dans le milieu de cette salle se trouvait un fauteuil qu’on offrit à l’artiste. mais à peine y fut-il assis que le siège, enlevé par une mécanique, gagna le plafond. Au même instant, le roi parut sur la galerie, environné de sa cour. A un signal donné, les portes de la salle s’ouvrirent, et l’on vit entrer des ours. Le roi mit alors le musicien dans l’alternative de chanter tout de suite ou d’être descendu sur le parquet, au milieu des bêtes féroces.

On pense bien qu’Abell s’empressa de choisir le premier parti. Plus tard, il avoua lui-même, en racontant cette aventure, que de sa vie il n’avait été mieux servi par sa voix.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.
Peinture :  Theodor Rombouts.

La valse

 

walzeLa valse n’a pas pris naissance en Allemagne, car, d’après un manuscrit du douzième siècle, elle fut dansée pour la première fois à Paris le 8 novembre 1478.

Elle était déjà connue en Provence sous le nom de Volta. Le chant qui l’accompagnait était désigné par le titre de Pallada. Elle vint de Provence à Paris, fut à la mode pendant tout le seizième siècle et fit les délices de la cour des Valois. Les Allemands l’adoptèrent ensuite, et la Volta provençale devint la Walzer germanique.

L’un des poètes de la Pléiade, dans un volume qui a pour titre : la Volta, raconte ainsi l’origine de la valse : Les êtres primitifs étaient nés androgynes. Jupiter, épouvanté de leurs formes monstrueuses, sépara les sexes. Ainsi dédoublés, l’homme et la femme dépérirent. Vénus prit pitié d’eux, et leur enseigna la Volta, qui réunit de nouveau les deux êtres. Après cette poétique explication, l’auteur s’efforce d’imiter dans son rythme le tournoiement des valseurs :

Lors de bouquets enfleura ses cheveux
Et ordonna la vote de Provence,
Qui est encore le lien malheureux,
De l’androgyne une douce semblance.
Mars flanc à flanc premier elle embrassa;
Luy, tout ravy d’amour qu’elle lui porta,
Sans se lasser, tout un soir la dansa,
Tournant, voltant d’une divine sorte.

Un vieil auteur du seizième siècle a parlé, lui aussi, de l’introduction de la valse à la cour de France, le 9 novembre 1178, et blâme sévèrement Louis VII d’avoir favorisé cette danse.

« Almanach de France et du Musée des familles. »  Paris, 1884.

 

Le rail musical

rail-musical

Les autorités des chemins de fer allemands poursuivent actuellement certaines expériences qui, si elles réussissent, seront de nature à transformer la monotonie de certains voyages par rail en un concert perpétuel. 

Reprenant le système d’enregistrement des sons sur métal au moyen d’une aimantation plus ou moins prononcée du métal-support, les ingénieurs allemands ont eu l’idée de se servir du rail lui-même comme support. Un convoi spécial, portant des appareils d’enregistrement, circule sur la voie et grâce à un dispositif particulier, un des rails se trouve aimanté d’une certaine façon, reproduisant exactement les variations sonores des morceaux de musique ou des discours qu’on veut fixer, tout comme dans un disque les sinuosités du sillon sont proportionnelles à la fréquence des sons. 

Quand le voyageur veut entendre le rail, il n’a qu’a pousser un bouton et le haut-parleur installé dans le wagon reproduit fidèlement ce qui a été enregistré. Ce qu’il y a de plus intéressant c’est que les. conditions météorologiques n’affectent pas les qualités de l’inscription magnétique.Toutes les semaines, les programmes sont changés.

« Le Madécasse. »  Tananarive, 1935.

Orgueil

offenbach

Voyageant en Allemagne, Offenbach eut besoin, un jour, d’une serviette pour enfermer les pages d’un opéra-comique qu’il venait d’écrire.

C’était à Berlin. Il se rendit dans un des grands magasin de la ville. Un employé lui montra un portefeuille magnifique et lui dit :

C’est une serviette Offenbach, je vous la recommande.

Offenbach se rengorge et réplique :

Le compositeur est donc si apprécié, ici, qu’on baptise des objets de son nom ?

Le vendeur considéra son interlocuteur d’un air quelque peu ahuri et reprit :

J’ignore ce que vous voulez dire, monsieur. Cette serviette vient de la ville d’Offenbach, renommée pour sa fine maroquinerie.

Celui qui devait écrire plus tard la Belle Hélène ne put dissimuler une grimace. Son orgueil venait d’être cruellement blessé.

« Parisiana. »  Paris, 1920. 
Illustration : André Gill, 1866.