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Le bricoleur de la Tour

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tour-eiffel-occupationEn 1939, la Tour Eiffel célébra son cinquantième anniversaire et, à cette occasion, une messe fut dite au premier étage tandis qu’une fête foraine attirait au sol les Parisiens… 

Cette fête fut l’une des dernières de l’époque car, peu après, ce fut la déclaration de guerre. Les ascenseurs hydrauliques d’Eiffel, qui n’avaient jamais eu de défaillance, tombèrent en panne le jour de l’entrée des Allemands dans Paris. Et cette panne fut mystérieusement impossible à réparer pendant quatre ans… 

Très contrariés que les ascenseurs ne marchent pas, les Allemands firent venir des ingénieurs de Berlin… mais personne ne sut les remettre en fonctionnement. 

Lorsque les Allemands furent partis de Paris, un ancien gardien, vieil employé de la Tour Eiffel, arriva, muni d’une petite trousse à outils. Il passa un quart d’heure occupé à une mystérieuse besogne, au pilier ouest qui se trouve le plus près de la Seine, puis un autre quart d’heure au pilier est, du côté du Champ de Mars, et les ascenseurs de la Tour se remirent en marche.

Le « bricoleur » n’avait eu à se servir que d’un tournevis !… 

Jacques Morlaine. Extrait de « La Tour Eiffel inconnue« . Ed. Hachette, 1971. 

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Chat de tranchées 

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tranchees-ecpadUn  hôte illustre vient d’arriver au refuge de chats, de Colombes, un dédaigneux angora dont l’Histoire eût mérité d’être illustrée par Caran d’AcheCe chat, ramené à Paris par un soldat, compte deux années de front. 

Un bataillon l’avait découvert dans les ruines d’un village, et adopté. Notre matou apprit à manger du « singe », mais préféra toujours le rat. Il passait sa journée tapi dans la tranchée. Il se garait avec beaucoup de prudence des projectiles. Par exemple, quand les ombres du soir tombaient, plus moyen de le retenir ! Fanfan, le chat du régiment, parfait en  maraude ! 

Et là-bas, dans la tranchée en face, les Allemands le guettaient et rêvaient de civet
délicat ! Comment faire pour préserver Fanfan de la dent des ennemis ? 

Nos soldats eurent une idée. Ils entourèrent le cou-de Fanfan… d’un collier de cigarettes. Désormais, Fanfan devint tabou. Il allait et venait des tranchées françaises aux tranchées allemandes, comme s’il eût été muni d’un passeport pour Stockholm. 

Seulement, à son retour parmi les nôtres, Fanfan n’avait plus de collier. Une ficelle  entourait son cou, et un- papier, fixé à cette ficelle, implorait : 

— Chat rapporter cigarettes ?

« Excelsior. » Paris, 1917.
Photo d’illustration :  ECPAD

Pour les historiens de Pissarro

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pissarro

M. Jean Grave nous adresse la lettre suivante au Bulletin de la Vie artistique, dont les historiens de l’impressionnisme lui sauront gré :

Puisque vous publiez des anecdotes sur Pissarro, en voici une qui peut intéresser vos lecteurs, car elle explique la rareté des oeuvres de début de cet artiste. Elle me fut racontée par lui-même.

Pissarro habitait les environs de Paris (Ville-d’Avray, je crois, mais mon souvenir est confus là-dessus) lorsqu’éclata la guerre de 1870-1871. A l’approche des Allemands, Pissarro ferma sa maison et se réfugia à Paris. Le siège levé, il retourna chez lui, mais pour constater qu’il avait été « nettoyé » de la plupart des objets que renfermait la maison, y compris toutes les toiles qu’il avait laissées.

« Les Allemands avaient passé par là » , lui expliquèrent les voisins apitoyés.

Mais Pissarro ne tarda pas à remarquer que pas mal de femmes du village se rendaient au lavoir munies de superbes tabliers de toile, faits d’un assemblage de morceaux de différentes grandeurs.

J’ai oublié comment il lui fut permis d’éclaircir le mystère en soulevant un coin… du tablier, mais le fait est que les dits tabliers portaient encore, à l’envers, la peinture de Pissarro.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, avril, 1921.