Alost

La Société des grimaciers

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grimacesA Meldert, près d’Alost, dit un journal d’Anvers, s’est formée, il y a trois ans, une société de grimaciers qui donne trois ou quatre fois par an, des séances publiques auxquelles les curieux se portent en foule. Le prix d’entrée est à la portée de toutes les fortunes. Il est fixé à 10 centimes. Celui qui n’a pas 10 centimes peut encore assister à ce singulier spectacle, à la condition de faire une grimace qui vaille 10 centimes au moins. Ainsi s’exprime le programme. 

Lors de la dernière séance, les prix étaient assez nombreux ils consistaient en pipes, bagues, tabatières, canifs, casquettes, cravates, etc. Plusieurs notables de la commune ont concouru. On cite un membre communal qui a obtenu un succès prodigieux par deux ou trois grimaces d’une invention toute nouvelle. Ce respectable municipal a failli se démettre la mâchoire. Le premier prix lui a été adjugé. 

Son concurrent le plus dangereux était un meunier des environs d’Assche, qui est parvenu à ôter à son visage toute apparence humaine. Cet individu s’est enthousiasmé pour la physionomie de l’animal qui se nourrit de glands, et, après des études consciencieuses, il est parvenu à ne plus être distingué du cochon. Quand sa figure, ou plutôt son groin a paru dans l’ouverture du paravent placé devant les spectateurs, ceux-ci ont applaudi avec un enthousiasme difficile à décrire. Le jury eut volontiers décerné le premier prix à notre meunier, mais on ne lui a accordé que le second, attendu que son talent, quelque estimable qu’il soit, se borne à reproduire une seule et unique grimace. La société grimacière de Meldert aime la variété dans le beau. 

Le meunier s’est promis de représenter l’âne au vif pour le mois de novembre prochain, afin d’enrichir peu à peu son intéressant répertoire.

« Le Voyageur : journal de l’Office universel de la navigation et du commerce. » Paris, 1845.
Illustration : Louis-Léopold Boilly.