Alphonse XIII

Mal de mer

Publié le

princesse-alice-alphonse-XIII

Ce qui rend particulièrement sympathique le roi d’Espagne aux Parisiens, c’est sa crânerie. Celui qui reste, malgré sa longue taille, le « petit roi », est familier à notre pays.On a pu le voir, à Biarritz, dans ces voitures de place, accompagné d’amis qui se pressaient en grappes, dans la capote, sur le marchepied.

Personne n’a oublié l’ovation qui l’accueillit après l’alerte tragique qui secoua Paris lors de son premier voyage. Et pourtant, malgré son indéniable bravoure, le « petit roi » eut, en France, un instant d’émotion. Il devait s’embarquer à Cherbourg. Il s’enquit avec inquiétude de l’état du ciel. Il paraissait hanté par le fantôme du mal de mer. Et comme un chambellan lui faisait remarquer que, l’année précédente, il avait passé la revue de la flotte espagnole dans la rade de Carthagène, par un très gros temps, et qu’il lui rappelait qu’il n’avait eu aucune préoccupation, il répondit :

— Carthagène est en Espagne. Si je suis malade en Espagne, c’est sans importance. Si demain je suis malade sur un bateau anglais, auprès d’officiers anglais, je serai ridicule.

Le lendemain, la mer était forte, mais Alphonse XIII ne fut nullement ridicule.

« L’Homme libre. » Paris, 1913.

Publicités

L’ancêtre

Publié le

toulouse-lautrec

Le Dr Babinski (le frère du Babinski gastronome, Ali-Bab, celui qui vient d’avoir le prix des Vignes de France)  a soigné le roi d’Espagne. Il est resté une fois huit jours près de lui. Et Alphonse XIII lui a raconté cette belle histoire :

Dans un de mes séjours à Paris, avant la guerre, j’ai voulu connaître un de vos grands artistes, Toulouse-Lautrec. J’ai été le voir à son atelier. Je savais qu’il appartenait à une des plus vieilles familles de France. Je lui ai parlé de ceux de ses ancêtres qui s’étaient illustrés aux Croisades et sur tant de champs de bataille… Il me regarda d’une drôle de façon, comme un homme qui trouvait fastidieux qu’on lui rappelât ces choses… Et il me dit :

Vous savez, Sire, il n’y a qu’un seul de mes ancêtres pour qui j’aie de la sympathie, c’est Romuald de Toulouse-Lautrec, parce que le pape l’excommunia… J’en demande pardon à Votre Majesté très catholique, mais il me botte, cet ancêtre-là ! Pour donner plus de force à son excommunication, le pape lui fit porter la bulle par le nonce… Et savez-vous ce qu’il fit, Sire, mon ancêtre ? Il poignarda le nonce, et, ensuite, il le… tout chaud !

Les trois points remplacent un mot impossible à répéter, mais qui est très expressif et qui montre que ce fameux ancêtre avait des moeurs singulières…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : Maurice Guibert.

Comme un vase fêlé

Publié le

alphonse-X

Ce n’était pas un ancêtre direct du roi Alphonse XIII , mais Alphonse X n’en était pas moins un de ses prédécesseurs. Il est donc intéressant, au moment où le jeune roi va venir à Paris, de rappeler le souvenir de cet Alphonse X, qui fut un monarque remarquable et rédigea de 1256 à 1263, le recueil des lois de son pays. C’est lui qui disait :

L’abus de la parole rabaisse le prix de ce que vous dites, et fait connaître vos faiblesses. Si vous n’êtes pas homme d’un grand mérite, tout le monde le reconnaîtra à votre langage. Car, de même qu’on entend au son quand un vase est fêlé, de même le bon sens de l’homme se juge d’après ses paroles.

Que de vases fêlés n’entendons-nous pas journellement !

 » Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.