amabilité

Lord Byron et la jeune personne

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lord-byron

Lord Byron n’était ni avare, ni prodigue, comme on s’est plu à le dire : il veillait à ses intérêts, ne souffrait point qu’on le trompât, et se faisait rendre un compte exact de ses revenus, parce qu’il trouvait absurde et immoral de laisser un champ libre aux fripons. Mais, dès qu’il s’offrait une occasion de dépenser noblement, il sacrifiait des sommes considérables, dans un but utile.

Il mettait aussi une grâce extrême dans sa manière d’obliger. On sait qu’une jeune personne de beaucoup de talent se trouvant dans une situation très malheureuse, se présenta chez lui à Londres, pour le prier de souscrire à un volume de poésies qu’elle allait publier. Lord Byron n’était pas marié alors; et, comme s’il eût deviné ce que cette démarche pouvait avoir de pénible et d’embarrassant pour celle qui la faisait, il mit tous ses soins à lui rendre du calme. Il lui parla de choses indifférentes, mais avec tant d’abandon et d’amabilité, qu’elle oublia le motif de sa visite.

Tout en causant avec elle, lord Byron écrivit quelques mots sur un morceau de papier, et le lui mit dans la main, en disant que c’était sa souscription à l’ouvrage. Il ajouta :

« Nous sommes tous deux jeunes, le monde est un impitoyable censeur; et, si mon nom était en tête de la liste des souscripteurs, je craindrais que cela ne vous fit plus de tort que de bien. »

La jeune personne prit congé de lui, et dans la rue elle ouvrit le papier qu’il lui avait remis : c’était une traite de cinquante guinées sur son banquier.

« Lord Byron. Tome 1. »  Louise Swanton  Belloc. Paris, 1824.

Sans réplique

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tramway.

En tramway. Il fait très froid : un voyageur veut fermer la porte par laquelle la bise revient sur ses oreilles. La receveuse s’y oppose sous prétexte qu’elle ne pourrait entendre le sifflet de la 2ème voiture.

Arrivé place de la République le voyageur encouragé par ce nom et s’inspirant de sesdroits immortels fait des observations au contrôleur de la puissante compagnie qui répond :

Mais Monsieur, si on fermait la porte, par où voudriez-vous sortir en cas d’incendie ? 

La Compagnie des tramways possède heureusement des employés aimables et spirituels. Mais ne pourrait-elle s’arranger pour concilier le bon fonctionnement du service, le bien-être des voyageurs qui la font vivre, et même, s’il lui plaît, l’esprit de ses fonctionnaires ?

« La Pince sans rire : chronique hebdomadaire de la vie nantaise. »  Nantes, 1920. 

Pour se venger d’un cocher

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cocher

Les cochers (il y a des exceptions) ne sont pas toujours aimables. Les voyageurs auxquels ils cherchent noise cèdent presque toujours pour ne pas entrer en conflit avec eux, désireux d’éviter les torrents d’injures et les epithètes qu’ils ne manquent pas de déverser sur les clients qui n’ont pas la chance de leur plaire.

Quelquefois cependant, le client se rebiffe, et le cocher désagréable expie durement son insolence. Ceci nous remet en mémoire une aventure assez drôle, arrivée il y a quelques années à un étudiant en droit, M. V…, avocat aujourd’hui à la Cour d’appel.

M. V… avait pris, en compagnie d’un ami, un fiacre devant le Châtelet pour le conduire rue Gay-Lussac. La course, on le voit, n’était pas longue. Sur le boulevard Saint-Michel, un encombrement oblige la voiture à s’arrêter. L’ami en profite pour descendre. L’encombrement cesse, la voiture repart et arrive rue Gay-Lussac. Au moment où M. V… allait payer, le cocher lui fait remarquer avec arrogance que l’heure lui est due parce qu’il s’était arrêté en chemin pour déposer l’ami de son client.

« Parfaitement, répond M. V…, je vous dois l’heure. Mais si je vous la paye, il n’est que juste que j’en profite. Or, vous avez mis 12 minutes pour me conduire ici, j’ai donc encore droit à 48 minutes. Faites-moi le plaisir de rebrousser chemin et d’aller jusqu’au bassin qui est devant le Luxembourg, vous en ferez le tour jusqu’à ce que l’heure soit écoulée« .

Stupéfait, le cocher voulut réclamer, déclarant qu’il voulait bien se contenter de la course, mais M. V… avait changé d’avis, il voulait absolument se promener autour du bassin. Force fut au cocher d’obtempérer au désir de son client .

Les passants virent alors cette chose stupéfiante : un cocher promenant sa voiture autour du bassin, sans interruption, tandis que dans la voiture, le client, la mine satisfaite, grillait d’interminables cigarettes. Au bout de quelques tours, les curieux, intrigués par ce manège, se groupaient sur le trottoir. Leur nombre, croissant de minute en minute, trois gardiens de la paix vinrent aux renseignements.

On arrêta la voiture. M. V… s’explique et déclare qu’il lui est dû encore trente minutes. Les agents, amusés, donnent l’ordre au cocher de marcher, et, comme c’est à l’heure, l’obligent à aller au trot. Des étudiants passent, reconnaissent leur ami et vont au café voisin chercher des consommations pour le réconforter. On fait passer à M. V… dans sa voiture, des bocks, des cigares, des liqueurs au milieu de l’hilarité générale. Le cocher, furieux, veut s’arrêter, mais les agents veillent.

L’heure enfin est écoulée.

M. V… arrête la voiture, descend, et remet généreusement quarante-deux sous à l’irascible automédon dont cette course en cercle a fait tourner la tête. M. V… remercie les agents et se retire avec ses amis, pendant que les badauds couvrent de huées et de quolibets le malheureux cocher qui détale à toute vitesse.

La leçon était méritée.

« Magazine universel. » Paris, 1903.