Amérique

Musique et cheveux

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Il paraît que la musique n’adoucit pas seulement les moeurs, elle adoucit également le cuir chevelu, et après l’audition de quelques symphonies, les chauves aux crânes les plus dénudés peuvent espérer voir des cheveux se dresser sur leur tête.

Des expériences accomplies ces jours-ci en Amérique ne laissent plus aucun doute planer sur cette question.

L’expérimentateur était Madame Amélie Holbrook. Elle a pu établir que certains genres de musique empêchent les cheveux de tomber, tandis que d’autres provoquent au contraire la calvitie. En règle générale, les pianistes qui jouent leurs propres compositions gardent ou même acquièrent une chevelure luxuriante.

Violoncelles, harpes, violons sont autant d’instruments ennemis de la calvitie. Mais méfiez-vous des instruments à vent ! Le trombone et le cornet à piston seraient particulièrement hostiles au développement du système pileux.

Mais vous savez peut-être bien que la musique n’a de pareil effet qu’en Amérique.

« L’Oued-Sahel. » 1904.

Un qui travaille

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Le prince Louis Ferdinand, petit-fils de Guillaume II, qui a passé son doctorat à l’Université de Berlin, est entré chez Ford comme simple monteur. 

Une fois passés ses examens, contre la volonté de son père, l’ex-kronprinz, s’embarqua pour l’Amérique où il fut quelque temps l’hôte de M. Bigelorf, ami de I’ex-kaiser. L’ex-kronprinz a exprimé à son fils son mécontentement de le voir embrasser cette carrière, mais le jeune prince a affirmé que son avenir était là, et il a laissé choir son papa.

Le prince Louis Ferdinand fera peut-être des  victimes dans l’industrie automobile, mais moins, assurément, que n’en fit, son grand-père dans l’industrie militaire.

« Les Potins de Paris. » Paris, 1929.

Le Vengeur

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Au début des guerres de la Révolution, un vieux navire faisait encore partie de la marine française. Ce vaisseau avait été offert au roi, dans les premières années du XVIIIe siècle, par une riche châtelaine bretonne, qui voulait ainsi venger la mort de son fiancé, officier de marine, tué par les Anglais.

En 1791, ce navire était rattaché à une escadre chargée d’escorter un convoi de blé qui venait d’Amérique. Les Français rencontrèrent les Anglais et un combat s’engagea au large de Brest. De même qu’un corps débile peut renfermer une âme indomptable, la carcasse pourrie du Vengeur, animée par l’esprit héroïque et la foi ardente de ses défenseurs, résista à outrance : mais le navire succomba malgré sa courageuse défense et s’abîma dans les flots aux cris de « Vive la République ! » poussés par une grande partie de l’équipage qui n’avait pas quitté le bord.

Ce fut aussi aux cris de « Vive la République ! » que des vaisseaux ennemis furent capturés par des escadrons français. Ce fait d’armes invraisemblable fut accompli par les hussards de Pichegru qui s’emparèrent pendant le rude hiver de 1792, de la flotte hollandaise prise dans les glaces du Zuyderzée.

« Maman les petits bateaux. » Texte & dessins par André Hellé. Paris, 1928.
Peinture attribuée à Jean-Jacques-François Taurel.

Avarice

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Lupe-Velez

L’anecdote suivante, dont tout Hollywood s’est fort amusé, est rigoureusement vraie. Lupe Velez, la brune Mexicaine, téléphone un jour à une amie :

Sheila, ma chérie, il faut absolument que vous me rendiez un grand service !
Vous savez, Lupe, que je ferai tout ce…
Vous êtes un amour ! coupe la vedette. Écoutez : on veut me voler…
Diable! Avisez la police !
Mais non ! Mais non ! C’est un commerçant qui veut me compter beaucoup trop cher un tapis dont j’ai besoin pour ma maison.
Et que puis-je faire pour vous ?
Vous êtes dans les affaires. Vous savez beaucoup mieux que moi vous défendre. Accompagnez-moi et allons discuter avec le vendeur.

Sheila abandonne tout, quitte son bureau en hâte et vole au secours de Lupe Velez qu’elle a bientôt rejointe.

Quelle grande folie complotez-vous ? demande-t-elle. Je parie qu’il s’agit de ce tapis d’Orient à 1.400 dollars que nous avons vu ensemble l’autre jour à la devanture d’un magasin…

Lupe montre de grands yeux candides.

Oh ! mais non, voyons ! C’est un tapis en caoutchouc pour la salle de bain : on m’en demande 6 dollars et je suis sûre qu’il n’en vaut pas quatre.

Grâce à Sheila, le tapis est obtenu à 5 dollars et les deux amies se séparent. Le soir, Sheila reçoit un coup de téléphone de Lupe :

Vous savez, le tapis d’Orient ? Je l’ai acheté en passant, avant de rentrer à la maison.

« Midinette. »  Paris, 1937.

Galanterie

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couple-enfantsLorsqu’il y a quelques jours, le gouvernement américain déclara le moratoire, il fut spécifié que la Caisse d’Epargne continuerait ses paiements.

Les épargnants se précipitèrent aux guichets de la Caisse et une longue file se trouva formée devant chacun d’eux. Au bout de la file, une femme qui portait un bébé attendait. On la laissa courtoisement passer et après avoir touché son argent elle se retira. Une autre femme avec un bébé se présenta alors et arriva très vite au guichet.

Mais quelqu’un avait reconnu le bébé qui, si on n’était pas intervenu, aurait servi une troisième fois à attendrir les trop galants Américains.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933.

Un cours de langue verte

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C’est dommage qu’Aristide Bruant soit mort. Lui, qui a écrit un dictionnaire de l’argot, il aurait pu devenir professeur et avoir sa chaire en Sorbonne.

Les Américains ont découvert l’utilité qu’il y a pour les jeunes hommes de connaître la langue verte. On compte malheureusement, dans les classes médiocres, beaucoup trop de, gens, qui ne savent parler qu’argot. Il arrive qu’on ait besoin de bavarder avec ces gens-là. Comment le faire si on ignore leur langage ?

Dans l’Université de Memphis, un cours de langue verte vient d’être créé. C’est un inspecteur de la police. William T. Griffin. qui en est le professeur. Les étudiants, paraît-il, se sont inscrits en foule pour l’écouter. Malheureusement ils se servent des mots appris pour alimenter leurs propres conversations.

Jusqu’ici le résultat est jugé déplorable. Mais, en Amérique, on a l’habitude de continuer ce qu’on a commencé. On continue.

« Comoedia. »  Paris, 1927.
Illustration : « L’équipée sauvage. » de László Benedek. 1953.

Michel-Ange interdit

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La douane américaine a saisi récemment un album de photographies représentant les fresques de la chapelle Sixtine.

Le règlement des douanes interdit, en effet, l’entrée en Amérique des reproductions jugées obscènes, sous réserve de leur valeur artistique.

Il fut extrêmement difficile de faire prévaloir la valeur artistique des fresques de Michel-Ange sur leur… obscénité.

« Marianne : grand hebdomadaire. »  Paris, 1933.