amiral Kepler

Point d’honneur

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japonais

Voici un trait du caractère japonais  qui ne date pas d’hier, mais que les sujets actuels du Mikado ne renieraient peut-être que pour la forme. C’était pendant la guerre de 1860. L’amiral anglais Kepler bombardait ferme les rivages des Nippons.

Une vive émulation guerrière s’empara des officiers du taïkoun, l’empereur laïque d’alors, et dégénéra bientôt en une sorte de folie du point d’honneur. Ils défiaient sur tout: leur vigueur, leur souplesse, leur endurance, la qualité de leurs armes.

Deux d’entre eux, attachés au service particulier du souverain, se rencontrèrent à la porte des appartements privés. L’épée de l’un frôla celle de l’autre.

Vous voulez éprouver mon épée, s’écria celui-ci, vous croyez peut-être qu’elle ne vaut pas la vôtre. Voyez plutôt.

Et d’un geste brusque, il tira la lame du fourreau et se l’enfonça dans la gorge.

Attendez, répondit simplement l’interpellé, je porte un message à l’empereur et je reviens.

Quand il revint, au bout d’un quart d’heure, son rival râlait encore… Il le regarda un instant sans sourciller.

En vérité, vous l’avez dit, fit-il du ton le plus tranquille du monde, votre épée ne vaut pas la mienne.

A son tour il dégaina d’un seul mouvement, il s’ouvrit le ventre on forme de croix et mourut dans un seul flot de sang, tandis que l’agonisant lui jetait un dernier regard de fureur et d’envie.

« Magazine universel. » Paris, 1903.

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