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Les vieux amis

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Avez-vous quelques vieux amis, bien fidèles, que vous connaissez depuis dix ou vingt ans, ou davantage ? Sans doute. Alors, arrangez-vous pour les conserver, non pas dans du vinaigre, mais dans une sollicitude continuelle, car ils sont peut-être un de vos biens les plus précieux. 

Qu’on soit jeune ou qu’on soit vieux, il faut avoir des amis véritables. On ne les trouve pas à tous les coins de rue, et il ne faut pas espérer en collectionner trois douzaines. Mais n’en auriez-vous que trois, que ce serait déjà bien. 

Les meilleurs, ce sont les amis d’enfance, ceux qu’on a vus tout gamins, à un âge où nul n’est capable de cacher ses sentiments, ni de masquer son jeu. Ceux-là, on les connaît bien. On sait ce qu’ils ont dans le cœur et dans le ventre. Et eux-mêmes, quand vous les regardez bien en face, ils ne peuvent pas vous mentir, même s’ils en ont, en dehors de vous, l’habitude. 

Quand on bavarde, assis sur quelque banc, en leur compagnie, on peut en quelque sorte, sur le tapis roulant des heures et des années, marcher un peu à reculons. On évoque ensemble les gens et les paysages de l’enfance, et c’est comme si on profitait de sa jeunesse une seconde fois. 

L’amitié, voyez-vous, c’est la loyauté et c’est la force. C’est la loyauté parce que les cœurs s’ouvrent comme les serrures dont on a la clef. C’est la force, parce que les cœurs sont liés par les choses et les visages du passé. C’est surtout en prenant de l’âge qu’on le comprend. Quand la vieillesse arrive, on peut toujours, avec les vieux amis, faire vivre des souvenirs jeunes. 

Ah ! la vieillesse, voyez-vous, son plus grand méfait, c’est de laisser des ailes à l’amour, en lui cassant les jambes. L’amitié, elle, garde ses jambes et ses ailes. 

Si ce n’est pas à l’école ou au régiment, c’est au pays natal qu’elle trouve ses meilleures racines. Par ces racines, elle puise encore, à distance, la sève qui lui permet de durer, malgré l’usure du cœur et des forces, et qui lui permet de mettre en veilleuse une flamme que l’amour n’a jamais su prolonger. 

Renaud LESAGE. 1939.
Illustration : « Les Vieux de la vieille. » Gilles Grangier, 1960.

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Vieille superstition

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Si l’on renverse ou voit renverser une salière à table, il faut, selon la superstition, prendre sur la lame de son couteau quelques grains du sel répandu et les lancer par-dessus l’épaule gauche en prononçant la formule romaine : Sinistrum.

Pourquoi ? Je n’en sais trop rien. Quoi qu’il en soit de cette conjuration, il est incontestable que le sel joue un rôle capital dans les relations humaines. Le sel a toujours été considéré comme substance sacrée. Est-ce une vague réminiscence du berceau du monde, la mer ? Les bulles d’excommunications défendent de donner à l’excommunié l’eau, le feu et, le sel. Le prêtre fait fondre le sel dans de l’eau lustrale et, pour la cérémonie de baptême, on en met une pincée sur la langue du petit chrétien. Quand on rasait une demeure maudite, on semait du sel. La femme de Loth a été changée en statue de sel.

Le pain et le sel sont le symbole de la l’hospitalité, et en même temps un pacte d’amitié. Renverser la salière, c’était refuser l’asile, c’était être l’ennemi.

Autrefois, on avait coutume, dans quelques états, de fournir gratuitement le sel dans les familles qui comptaient plus de douze enfants. En ce temps-là, les produits de la terre suffisaient à nourrir ceux qui la cultivaient, l’argent étant très rare et le sel de première nécessité. Aussi on en avait soin, et les ménagères voyaient la menace d’un malheur quand il s’en répandait à terre.

Le sel emporte donc avec lui une sorte de respect que la superstition exagère, en voyant un présage de mauvais augure dans l’action de le renverser. Aux temps anciens, les esclaves chargés de transporter le sel étaient punis de mort quand ils en répandaient à terre.

« L’Avenir du Cantal. » Aurillac, 1902.

Le promeneur solitaire

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Gustave Kahn aimait à rappeler quelques-uns des nombreux souvenirs que lui a laissés sa longue amitié avec  Paul Verlaine.

Il écrivait n’importe où, racontait-il, sur un coin de table, dans la rue. La marche l’inspirait, son rythme faisait naître en lui le poème. C’est ainsi qu’un jour, en se rendant de Saint-Sulpice à certain café des Batignolles où il avait ses habitudes, il composa le petit poème « Automne ». Au Louvre il nota « Les sanglots longs des violons de l’automne » et à la Chaussée d’Antin « Pareil à la feuille morte ».

Il corrigea le tout sur la table du mastroquet.

Un gentleman

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Les journalistes étrangers pourront encore réclamer la palme lorsqu’il s’agira de décerner un prix aux Eccentric Gentlemen de la plume. L’un d’eux, M. Lewes Wingfield, un explorateur qui vient de mourir, laisse une collection de curiosités, parmi lesquelles on voit s’étaler au premier rang une corde de pendu.

Cet instrument de supplice d’Outre-Manche lui a été donné par le bourreau Berrie. En échange l’exécuteur des hautes oeuvres avait reçu de lui un couperet chinois rapporté par M. Wingfield de Canton.

Berrie avait dit délicatement à l’écrivain britannique :

Cette corde m’a servi à pendre trente-deux personnes. Elle vaut son pesant… d’or, préservez-la bien.

De son côté M. Wingfield accompagnait le don de son instrument tranchant par ces paroles :

Vous ne perdez pas au change. Avec ce couperet, j’ai vu abattre quarante et une têtes.

L’amitié qui s’entretient par de pareils cadeaux n’est pas banale.

« La Grande revue. » Paris, 1891.
Illustration : E. Thélem.

Citation du day

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La bière c’est de l’amitié liquide.

Ronny Coutteure

L’homme et le satyre

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Un homme et un satyre s’étaient, dit-on, liés d’amitié. L’hiver arrivé, l’homme, un jour de froidure, se mit à souffler dans ses doigts. Le satyre lui demandant pourquoi :

C’est, dit-il, pour réchauffer mes mains glacées.

Plus tard, la table mise, ce qu’on servit se trouva très chaud : l’homme n’en prenait que peu à la fois et soufflait dessus en le portant à sa bouche. De nouveau le satyre s’informe :

Je refroidis le manger, qui est trop chaud, répond l’autre.

Oui, reprend le satyre; mais je renonce à ton amitié, mon bon, puisque de la même bouche, tu souffles le froid et le chaud.

satyre

Faisons de même: fuyons aussi l’amitié de ceux dont les sentiments sont doubles.

Esope