amitié

Vieille superstition

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superstition

Si l’on renverse ou voit renverser une salière à table, il faut, selon la superstition, prendre sur la lame de son couteau quelques grains du sel répandu et les lancer par-dessus l’épaule gauche en prononçant la formule romaine : Sinistrum.

Pourquoi ? Je n’en sais trop rien. Quoi qu’il en soit de cette conjuration, il est incontestable que le sel joue un rôle capital dans les relations humaines. Le sel a toujours été considéré comme substance sacrée. Est-ce une vague réminiscence du berceau du monde, la mer ? Les bulles d’excommunications défendent de donner à l’excommunié l’eau, le feu et, le sel. Le prêtre fait fondre le sel dans de l’eau lustrale et, pour la cérémonie de baptême, on en met une pincée sur la langue du petit chrétien. Quand on rasait une demeure maudite, on semait du sel. La femme de Loth a été changée en statue de sel.

Le pain et le sel sont le symbole de la l’hospitalité, et en même temps un pacte d’amitié. Renverser la salière, c’était refuser l’asile, c’était être l’ennemi.

Autrefois, on avait coutume, dans quelques états, de fournir gratuitement le sel dans les familles qui comptaient plus de douze enfants. En ce temps-là, les produits de la terre suffisaient à nourrir ceux qui la cultivaient, l’argent étant très rare et le sel de première nécessité. Aussi on en avait soin, et les ménagères voyaient la menace d’un malheur quand il s’en répandait à terre.

Le sel emporte donc avec lui une sorte de respect que la superstition exagère, en voyant un présage de mauvais augure dans l’action de le renverser. Aux temps anciens, les esclaves chargés de transporter le sel étaient punis de mort quand ils en répandaient à terre.

« L’Avenir du Cantal. » Aurillac, 1902.

Le promeneur solitaire

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verlaine

Gustave Kahn aimait à rappeler quelques-uns des nombreux souvenirs que lui a laissés sa longue amitié avec  Paul Verlaine.

Il écrivait n’importe où, racontait-il, sur un coin de table, dans la rue. La marche l’inspirait, son rythme faisait naître en lui le poème. C’est ainsi qu’un jour, en se rendant de Saint-Sulpice à certain café des Batignolles où il avait ses habitudes, il composa le petit poème « Automne ». Au Louvre il nota « Les sanglots longs des violons de l’automne » et à la Chaussée d’Antin « Pareil à la feuille morte ».

Il corrigea le tout sur la table du mastroquet.

Un gentleman

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thélem

Les journalistes étrangers pourront encore réclamer la palme lorsqu’il s’agira de décerner un prix aux Eccentric Gentlemen de la plume. L’un d’eux, M. Lewes Wingfield, un explorateur qui vient de mourir, laisse une collection de curiosités, parmi lesquelles on voit s’étaler au premier rang une corde de pendu.

Cet instrument de supplice d’Outre-Manche lui a été donné par le bourreau Berrie. En échange l’exécuteur des hautes oeuvres avait reçu de lui un couperet chinois rapporté par M. Wingfield de Canton.

Berrie avait dit délicatement à l’écrivain britannique :

Cette corde m’a servi à pendre trente-deux personnes. Elle vaut son pesant… d’or, préservez-la bien.

De son côté M. Wingfield accompagnait le don de son instrument tranchant par ces paroles :

Vous ne perdez pas au change. Avec ce couperet, j’ai vu abattre quarante et une têtes.

L’amitié qui s’entretient par de pareils cadeaux n’est pas banale.

« La Grande revue. » Paris, 1891.
Illustration : E. Thélem.

Citation du day

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La bière c’est de l’amitié liquide.

Ronny Coutteure

L’homme et le satyre

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satyre

Un homme et un satyre s’étaient, dit-on, liés d’amitié. L’hiver arrivé, l’homme, un jour de froidure, se mit à souffler dans ses doigts. Le satyre lui demandant pourquoi :

C’est, dit-il, pour réchauffer mes mains glacées.

Plus tard, la table mise, ce qu’on servit se trouva très chaud : l’homme n’en prenait que peu à la fois et soufflait dessus en le portant à sa bouche. De nouveau le satyre s’informe :

Je refroidis le manger, qui est trop chaud, répond l’autre.

Oui, reprend le satyre; mais je renonce à ton amitié, mon bon, puisque de la même bouche, tu souffles le froid et le chaud.

satyre

Faisons de même: fuyons aussi l’amitié de ceux dont les sentiments sont doubles.

Esope