Amsterdam

Délicieux saucisson

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saucissonIl s’appelait Van Burren. Et, un soir de gala, à l’Opéra-Royal d’Amsterdam, on vit entrer gravement six messieurs, de tenue parfaite, qui occupèrent six fauteuils, à côté l’un de l’autre, en conservant leur couvre-chef, jusqu’au moment où l’orchestre commença l’ouverture. 

C’est alors, seulement, qu’ils se découvrirent et que, sur six crânes admirablement dénudés, on put lire : 

Van. B. U. R. R. E. N. 

Ce fut une joie au paradis, où les titis hollandais s’écrièrent en chœur : 

Van Burren ! Van Burren !
Que votre saucisson est délicieux ! 

On dut arrêter la représentation, expulser les crânes et leurs propriétaires ainsi que les titis. Quant à M. Van Burren, il se prélassait, tout heureux, dans une première loge, certain de faire d’excellentes affaires le lendemain. 

Maurice Gérard, 1904.
Image : ematon/Fotolia.

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La confrérie du célibat

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blanchisseusesLe « sexe faible » ne comptait guère jusqu’ici que des célibataires malgré elles. Voici que  pour la première fois, en Hollande du moins, s’affirment en groupe des amoureuses du célibat.

Une société en commandite vient de se constituer en effet parmi les jeunes blanchisseuses de la rue Gérard-Dou, à Amsterdam.

Le premier article des statuts de cette confrérie féminine déclare que les membres  de l’association s’engagent à perpétuer le célibat et à ne jamais consentir à aucune liaison amoureuse, si passagère fût-elle, sous peine de perdre tous leurs droits et de cesser immédiatement de faire partie de la société.

L’une des conditions les plus originales exigées des candidates, c’est qu’elles doivent être « jolies a et bien faites ». On parle même d’un concours trimestriel de blanchisseuses rosieres.

« La Presse. » Paris, 1896.
Peinture de Alice Mary Havers.

Fugue

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karel-dujardinKarel Dujardin, peintre d’Amsterdam, travaille dans son atelier. Son ami entre :

 Karel, je viens te dire adieu. Je pars, un navire mouillé dans le Texel m’emmène en Livourne.

Le peintre, en robe de chambre, accompagne le visiteur jusqu’à la porte donnant sur le quai d’un canal. Une barque attend le voyageur. 

 Si tu me reconduisais jusqu’au navire ?
— En robe de chambre ?
— Qu’importe !

Ils partent, se plongent dans une conversation si passionnée que Dujardin monte à bord pour la terminer, quitte à débarquer dans la première barque de rencontre. Mais le capitaine refuse de stopper. Karel Dujardin gagna ainsi l’Italie et y demeura.

Au dîner, sa femme l’attendit en vain, mais ne montra nul regret de son absence. Les deux époux ne se revirent jamais plus.

Illustration : Karel Dujardin (autoportrait).

Grève d’un nouveau genre

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C’est un signe des temps, un curieux « tournant » d’histoire moderne, qu’il faut enregistrer pour la postérité: les pilotes d’une Compagnie d’aviation hollandaise se sont mis en grève la semaine dernière à propos d’une question de salaires. Le fait est nouveau et sans précédent, mais vous le voyez il y a commencement à tout !

Après avoir ramené leurs « zincs » aux aéroports d’Amsterdam et de Rotterdam, les aviateurs-grévistes ont abandonné le travail, refusant de repartir tant, que leurs revendications ne seraient pas écoutées favorablement. Voici comment a éclaté ce singulier conflit :

L’aviateur Van Dyck a été chargé par sa Compagnie d’assurer le 25 septembre prochain le service aérien d’Amsterdam à Batavia, petite balade de 14.000 kilomètres qui fut réalisée pour la première fois par le lieutenant Koppen et le pilote Fryns, du 1er au 10 octobre 1927.

Or Van Dyck, estimant ses appointements insuffisants, a déclaré qu’il ne marchait pas, et au lieu de l’augmenter, on lui a résilié son contrat. Tous ses camarades, mécontents, se sont aussitôt solidarisés avec lui. C’est un rude métier que le leur : il veulent être payés davantage, et, pour l’obtenir, ils n’ont pas hésité a proclamer la grève au manche à balai.

Les patrons furent terriblement embêtés, car s’il est possible de trouver, en temps de grève, des maçons ou des plâtriers disposés à travailler, il est beaucoup plus difficile de se procurer à volonté des as capables de conduire un aérobus jusqu’à Batavia… Heureusement qu’a été inventé l’avion sans pilote, et il fut question d’utiliser quelques-uns de ces étonnants « gyropilotes automatiques ».

Ainsi l’automate substitué a l’homme, semble appelé à bouleverser, dans un avenir peu éloigné, toutes les vieilles conditions de la vie sociale.

« Hebdomadaire de Paris. » Paris, 1930.

Les clefs d’Amsterdam

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Louis14-C

Louis XIV en 1672, était aux portes d’Amsterdam qui dans ce moment ne semblait pas pouvoir résister, et où l’épouvante était générale. Les magistrats s’assemblent, délibèrent sur ce que les circonstances exigent, et l’on convient unanimement de lui porter les clefs de la ville.

On s’aperçoit alors qu’un vieux bourgmestre endormi n’a pas donné son suffrage. On le réveille: il demande ce qui a été délibéré, ce qu’on a résolu de faire.

D ‘aller offrir au roi de France les clefs de la ville, lui répond-on.

Et les a-t-il demandées ? s’enquiert le vieux dormeur.

Pas encore.

En ce cas, messieurs, réplique-t-il, attendez du moins qu’il les demande

Ce mot, dit-on, sauva la république.

« Almanach facétieux. » Hilaire Le Gai, Passard, Paris, 1851.