anachorète

Hommes des bois

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Paphnuce-Thais

Il existe dans les Pyrénées, comme dans beaucoup d’autres forêts de La France profonde, des hommes ou des femmes en marge, vivant en parfaite autarcie, dans des grottes ou des cabanes primitives.

Solitaires ou en famille, ils subsistent de braconnage et de cueillette, refusant farouchement tout contact avec la civilisation, les douceurs et les facilités qu’elle nous apporte. Ces êtres ne sont pas à proprement parler des hommes sauvages, car il s’agit pour la plupart d’individus ayant volontairement abandonné la vie communautaire, à une époque plus ou moins lointaine.

 

ermite

Il existe parmi eux des religieux ou des religieuses devenus anachorètes par goût de la vie contemplative et du silence, à l’exemple de Jeanne-Marguerite de Montmorency, qui, au XVIIe siècle, abandonna la Cour et sa noble famille pour vivre en ermite.

D’autres ont simplement tourné le dos au monde moderne pour vivre une vie libre et solitaire. Tous ont en commun le refus de subir le carcan de la civilisation, obéissant uniquement à des lois naturelles non écrites ou à leur conscience.

« A la découverte de la France mystérieuse. » Sélection du Reader’s Digest. » Paris, 2001.

L’homme qui savait tout

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bastille

II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.