anecdote

La table qui parle

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spiritismeVoici, à titre de curiosité, une anecdote cueillie par le Petit Bleu sur la Riviera :

On parlait l’autre jour entre Parisiens d’occultisme et de spiritisme, de métapsychie et d’ectoplasme. 

 Pour ma part, dit quelqu’un, je ne crois guère à toutes ces manifestations d’un au-delà plus ou moins réel. Toutefois, ce que je puis vous dire,et je le tiens de Jean Richepin, c’est que la grande guerre fut très nettement prédite par une table.

Cela se passait quelque temps avant la guerre, chez Me Busson-Billault, avocat à la Cour, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats. Il y avait là quelques personnalités : Mme Rachel Royer. Mlle Madeleine Roch, Jean Richepin, etc. On parlait de spiritisme et Mlle Madeleine Roch avoua en riant qu’elle était douée du don de médiumnité. 

 Nous allons voir ça, fit Richepin sur un ton d’incrédulité.

On apporte un guéridon léger, et les assistants font la chaîne. Quelqu’un pose une question relative à un événement devant advenir à la fin de l’année 1914. 

 Non,  répond la table.
— Pourquoi ? demande Mlle Roch.
— Parce qu’il y aura la guerre !
— La guerre !.. Quand éclatera-t elle ?
— Dans trois mois.
— Avec qui ?
— Générale !

Les assistants se regardent, impressionnés. 

 Si nous rédigions au procès-verbal de cette communication ? demanda Richepin.

La proposition est acceptée. 

Et c’est pourquoi l’on montrait chez Me Busson-Billault, un procès-verbal rédigé en mai 1914, contre-signé par les personnes présentes.

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Rossini au boulevard 

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guillaume-tell

Georges Cain a conté l’anecdote.Elle prouve que si Rossini ne fut pas prophète en son pays à la première du Barbier de Séville, il le fut à Paris au lendemain de Guillaume Tell

Ce samedi d’août, à minuit, le boulevard Montmartre fut envahi par la foule, qui se  massa devant le numéro 10, surnommé « la boîte aux artistes », à raison de la qualité  d’un grand nombre de locataires. 

C’étaient les spectateurs sortant de l’Opéra, en grande toilette, bientôt suivis d’un groupe d’apparence bizarre, de gens porteurs de paquets. Les paquets étaient les instruments. Les porteurs étaient les musiciens de l’orchestre ! Leur chef Habeneck parut : tous venaient fêter Rossini par une sérénade à l’italienne ! On joua l’ouverture de Guillaume Tell, puis les trois créateurs, Dabadie, Nourrit et Levasseur chantèrent le trio du serment. Ensuite ils entonnèrent, à l’occasion de son départ, la cantate : 

Le ciel natal, hélas,  ♪
T’envie à nos climats;
♫ Tu nous quittes, mais ton génie
Ne nous quittera pas. ♫

Le plus amusant, c’est que Rossini n’était pas chez lui. Il arriva, voulut forcer les barrages. 

Je suis Rossini. 
— Allons donc! Tenez-vous tranquille ! On ne nous la fait pas ! 

« Comoedia. » Paris, 1920. 

Non mais oh !

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verlaine

Un vieil ami de Paul Verlaine rapportait cette anecdote : 

L’auteur des Fêtes galantes, qui n’avait guère souci d’élégance vestimentaire, se faisait un jour interpeller par un de ses amis : 

Vraiment, mon cher, le col de ton manteau est couvert de pellicules. Je t’assure qu’un simple coup de brosse…

Et Verlaine, plein de dignité, de répondre : 

Est-ce que tu crois que je suis mon domestique ?…

Distraction d’un chasseur

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paul-leon-jazetM. le marquis de L… est la gloire de la vieille vénerie française. C’est la Picardie, où il possède un magnifique château et de vastes domaines boisés, qui est le théâtre de ses exploits, et il ne donnerait certainement pas son automne pour la couronne du duché de Toscane ou du duché de Modène. Et il ne manque pas de gens qui trouveront qu’il a raison.

Toujours est-il que, pendant que le marquis chasse, la marquise, qui est très jeune encore, très jolie et un peu coquette, ne s’amuse guère au fond de son manoir, et qu’elle préférerait ne pas quitter son petit hôtel des Champs-Elysées. L’hiver dernier, elle est restée à Paris ou elle s’est fort divertie en l’absence du marquis. Mais cette année, elle ne pouvait se dispenser de suivre celui-ci, étant dans cette position intéressante où aime tant à se trouver, au dire des journaux anglais, une femme qui aime son mari.

La marquise n’aimant le marquis que modérément, nous doutons qu’elle partage l’opinion de nos confrères d’outre-Manche au sujet de la position en question. Mais elle n’en est pas moins partie pour la Picardie, ce qui désole particulièrement deux ou trois amis intimes du marquis retenus à Paris. Notre chasseur, ayant fait ses petits calculs,  n’attendait pas l’heureux événement avant la première quinzaine d’octobre, mais ses espérances ont été devancées d’un mois, et voici où se montre bien le caractère de notre  homme, tout occupé de chasse, de chevaux et de chiens.

Le marquis, après une rude mais brillante journée, rentrait à son château, avec un appétit de chasseur, ce qui est tout dire. Aussi, se dirigeait-il tout droit vers la salle à manger. La table était mise. Seulement, il n’y avait qu’un seul couvert.

— La marquise serait-elle malade ? demanda-t-il.
Oui, monsieur, lui répondit-on mystérieusement.
— Qu’a-t-elle ? sa migraine ?
— Non, monsieur.
— Quoi donc, alors ?
— Mme la marquise a un commencement de ce que M. le marquis sait bien.
— Des douleurs, déjà ?
— Oui, monsieur.

Là-dessus, le marquis n’en demanda pas davantage et dîna comme quatre. Puis, comme il était harassé de fatigue, il alla se coucher, après toutefois avoir recommandé de venir le prévenir, s’il y avait du nouveau dans la nuit.

En effet, vers les deux heures du matin, il y eut du nouveau, et l’on vint frapper à sa porte.

— Toc, toc, toc! Monsieur le marquis!
— Qu’y a-t-il ?
— Madame la marquise vient d’accoucher.
— Ah ! d’une fille ou d’un garçon ?
— D’un garçon !
— La mère et l’enfant vont bien ?
— Très bien !
— C’est bon. laissez-moi dormir maintenant !

Une demi-heure après, on refrappe à la porte.

— Toc, toc, toc ! Monsieur le marquis !
— Quoi encore !
— Madame la marquise vient d’accoucher d’un nouvel enfant, un garçon encore !
— Ah ! diable ! La mère et les enfants vont bien ?
— Très bien !
— Merci. et ne venez plus troubler mon sommeil !

Au bout d’une seconde demi-heure, nouveaux coups à la porte :

— Toc, toc, toc ! Monsieur le marquis !
— Eh bien ! qu’est-ce ?
— Mme la marquise vient d’accoucher.
— Morbleu ! vous êtes venu deux fois mele dire. Je ne suis pas sourd !
— Mais, monsieur, c’est d’un troisième qu’il s’agit !
— D’un troisième ? s’écria le marquis entre deux sommeils et rêvant sans doute à l’une de ses chiennes. Dites à mon piqueur de choisir le plus beau et de jeter les deux autres à l’eau !

L’anecdote finit là, mais elle est authentique, et elle fait en ce moment son tour de Picardie.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1859.
Illustration : Paul Léon Jazet.

Souvenir wagnérien

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richard-wagner

M. Angelo Neumann, le directeur du Théâtre allemand de Prague, a célébré le soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Ses admirateurs lui ont offert à cette occasion un album contenant les portraits de tous les compositeurs, poètes, chefs d’orchestre, chanteurs, acteurs et virtuoses avec lesquels il a été en relations, soit en qualité de directeur de théâtre, soit en qualité d’organisateur de concerts. M. Angelo Neumann a publié un livre intitulé Souvenirs sur Richard Wagner, dont a été tirée cette anecdote :

Au printemps de 1864, Neumann, qui ne connaissait pas encore Wagner, se trouvant à Stuttgart pour chanter Don Juan, était descendu à l’hôtel Marquardt. Désireux de se livrer à quelques études et de travailler dans le recueillement, il fut très désagréablement surpris de constater que son voisin de chambre se promenait du matin au soir à grands pas, ayant aux pieds des bottes qui faisaient sans relâche un bruit infernal. 

 Quel est donc le personnage que j’ai à côté de moi, dît-il au garçon, il se démène comme un lion dans sa cage.
—  C’est un nommé Richard Wagner, lui fut-il répondu.

Rencontrant peu d’instants après le propriétaire de l’hôtel, Neumann lui dit sa satisfaction d’avoir Wagner pour voisin, ajoutant qu’il supporterait bien volontiers les bruits qui l’avaient d’abord exaspéré. 

 Je suis bien aise que cet artiste vous soit sympathique, dit alors Marquardt, car je dois vous avouer confidentiellement qu’il est en ce moment dans de cruels embarras d’argent. Il n’ose plus venir à la table d’hôte parce que l’usage ici est de payer immédiatement après chaque repas. Allez donc le trouver et dites-lui que mes deux meilleures chambres sont à sa disposition et que je l’invite à la table d’hôte sans qu’il ait rien à débourser. Je suis trop heureux d’avoir chez moi un homme de sa valeur.

Neumann n’osa pas faire la commission lui-même. Il en chargea les époux Eckert, qui étaient dans l’intimité de Wagner. Ceux-ci avaient déjà écrit à Vienne pour faire venir une somme de 700 florins qu’ils voulaient offrir à Wagner pour lui permettre de retourner en Suisse.

Le soir même de ce jour, Wagner assistait à la représentation de Don Juan et s’en montrait entièrement satisfait. Le lendemain, il recevait l’offre du roi de Bavière de se rendre à Munich et partait aussitôt pour cette ville.

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1908.

Une dame bien distraite 

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oups

Mme de Gordon, dame d’atours, était très distraite. Une fois, étant au lit et croyant cacheter une lettre, elle avait apposé le cachet sur sa cuisse et s’était horriblement brûlée. 

Quand elle parlait à un homme, elle avait l’habitude de jouer avec les boutons de sa veste. 

Un jour, causant avec un capitaine des gardes de Monsieur, appelé le chevalier de Meuvron, homme d’une grande taille, comme elle n’atteignait qu’à sa ceinture, elle commençait à la lui déboutonner. Celui-ci, tout saisi, recula et s’écria : 

Madame, que me voulez-vous ? 

Cela fit beaucoup rire dans la salle de Saint-Cloud, dit la princesse Palatine, qui nous prête cette anecdote. 

Louis Loire. «  Anecdotes parisiennes. » Paris, 1880.

Les pipes d’Augier 

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emile-augierLa Comédie-Française reprend le Fils de Giboyer, une des œuvres les plus fortes du répertoire. A la matinée à bénéfice qui fut donnée hier, un de nos plus érudits auteurs dramatiques nous racontait l’anecdote suivante : 

Lorsqu’il écrivit cette comédie, Emile Augier, avant de se mettre au travail, chargeait douze pipes qu’il achevait en un clin d’œil. Avant de fumer la dernière, sa langue était à vif et il était obligé de se la graisser avec du beurre qu’il avait toujours dans un petit pot près de lui. 

Il paraît ajouta notre anecdotier que, plus tard, privé de tabac, de par la Faculté (médecine), il se surprit à suivre sur le boulevard un monsieur fumant un bon cigare, comme on suit une jolie femme, fruit défendu...

 « L’Humanité. » Paris/Saint-Denis, 1905.