ange

Sur la trace des fées

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Le bonhomme de religion

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Daubigny-charles-françois

On racontait au Moyen Âge que des personnages, portés à la vie contemplative, étaient si profondément séduits par le charme de la forêt, qu’ils y restaient pendant des années, parfois pendant des siècles, sans se souvenir qu’il existait un monde extérieur et que le temps s’écoulait.

Maurice de Sully rapporte qu’un bonhomme de religion, ayant prié Dieu de lui faire voir telle chose qui pût lui donner une idée de la grande joie et de la grande douceur qu’il réserve à ceux qu’il aime, Notre-Seigneur lui envoya un ange en semblance d’oiseau. Le moine fixa ses pensées sur la beauté de son plumage, tant et si bien qu’il oublia tout ce qu’il avait derrière lui. Il se leva pour saisir l’oiseau, mais chaque fois qu’il venait près de lui, l’oiseau s’envolait un peu plus en arrière, et il l’entraîna après lui, tant et si bien qu’il lui fut avis qu’il était dans un beau bois, hors de son abbaye. Le bonhomme se laissa aller à écouter le doux chant de l’oiseau et à le contempler. Tout à coup, croyant entendre sonner midi, il rentra en lui-même et s’aperçut qu’il avait oublié ses heures.

Il s’achemina vers son abbaye, mais il ne la reconnut point. Tout lui semblait changé. Il appelle le portier, qui ne le remet pas et lui demande qui il est. Il répond qu’il est moine de céans, et qu’il veut rentrer.

— Vous, dit le portier, vous n’êtes pas moine de céans, oncques ne vous ai vu. Et si vous en êtes, quand donc en êtes-vous sorti ?
— Aujourd’hui, au matin, répond le moine.
— De céans, dit le portier, nul moine n’est sorti ce matin.

Alors le bonhomme demande un autre portier, il demande l’abbé, il demande le prieur. Ils arrivent tous, et il ne les reconnaît pas, ni eux ne le  reconnaissent. Dans sa stupeur, il leur nomme les moines dont il se souvient.

— Beau sire, répondent-ils, tous ceux-là sont morts, il y a trois cents ans passés. Or rappelez-vous où vous avez été, d’où vous venez, et ce que vous demandez.

Alors enfin le bonhomme s’aperçut de la merveille que Dieu lui avait faite, et sentit combien le temps devait paraître court aux hôtes du Paradis.

Paul Sébillot. «  Le folk-Lore de la France. Le ciel et la terre. » Paris, 1904.
Peinture de Charles-François Daubigny.

A l’exemple des patriarches

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adam-eve-paradisUn fermier américain du nom de S.-P. Duismoor conçut, nous conte Pierre Sée, l’idée, incontestablement peu banale, de construire un paradis terrestre dans le Kansas, sur le modèle de l’Eden, décrit dans les livres saints.

Il mit trente ans, un peu plus que l’Eternel nécessairement, à débrouiller son petit chaos particulier. Et quand il eut édifié son paradis, il s’en proclama l’Adam. Il ne lui manquait plus qu’une Eve. Malheureusement il avait perdu un peu de temps en jardinage et travaux d’ornementation et il s’aperçut qu’il avait alors quatre-vingt-un ans.

C’était un peu mûr pour une gentille voisine. Néanmoins, l’idée d’être maîtresse en ce paradis (peut-être aussi d’y rencontrer le serpent) fit qu’une Eve, jeune et jolie se présenta. Le mariage eut lieu. Il vient de porter ses fruits. Ce n’est pas une pomme, mais un petit homme, joufflu, fessu et rose comme les anges du Paradis d’en haut.

Le Seigneur fut reconnaissant à Duismoor et, en sa bienveillance, voulut que son âge ne trompât point sa généreuse envie.

Vous pensez si tout le monde parle de ça dans le Kansas !… Les méchantes langues vont même jusqu’à attribuer au malin (ou au tout autre tentateur) cette naissance assez exceptionnelle.

Cependant Abraham créa un précédent.

Félicitons toujours Duismoor.

« Comoedia. »  Paris, 1927.

La beauté de Marie

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devot.

Du livre intitulé Miraculis Mariae, soixante-dix-huitième exemple :

Un clerc très dévot à la Sainte Vierge sollicita ardemment la grâce de voir un moment sa beauté. Un ange, envoyé par la Vierge, vint lui annoncer que la maîtresse des anges et des hommes est prête à exaucer ses souhaits.

« Mais, sache, ajoute-t-il, que tu ne verras plus rien après l’avoir contemplée, tu seras aveugle. »

Après avoir entendu l’ange, le clerc inquiet se dit :

« Que feras-tu après avoir perdu tes yeux ? Tu ne pourras plus gagner ton pain en écrivant, et tu seras réduit à la misère, a la mendicité ! »

Puis, ayant réfléchi un moment, il reprit :

« Quand la bienheureuse Vierge viendra, j’ouvrirai un seul oeil pour la voir, et je fermerai l’autre, afin de n’en perdre qu’un, car un seul me suffira. »

Le rusé clerc fit comme il l’avait résolu. Il tint fortement sa main sur l’oeil qu’il voulait garder ; mais il trouva la Vierge si belle, qu’il regretta amèrement plus tard de ne pas l’avoir regardée de ses deux yeux. 

Si le coeur vous en dit, mes chers frères, vous pouvez en risquer un aussi ; pour moi, je préfère me rincer l’oeil d’une autre façon !…

« Almanach de La Calotte. »  Paris, 1912.

L’ange aux fossettes

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anges

Un ange, en allant par le monde, volant et voletant à la surface de la terre, aperçut un enfant endormi dans les hautes herbes à l’ombre d’un groupe de platanes.

Dieu, s’écria-t-il, le bel enfant !… Est-ce qu’on nous l’aurait volé là-haut ?

Et pour s’assurer que la créature naissante appartenait bien à la terre, et que son corps, hélas ! était fait, comme ici-bas toute chose, de matière périssable, l’ange, des deux premiers doigts de sa main divine, de ses doigts roses venus du ciel, toucha les joues enfantines.

Puis rassuré :

L’enfant est bien à ces gens-ci, dit-il…, et le messager céleste reprit son vol.

Mais où ils s’étaient posés, ces deux doigts avaient laissé leur empreinte.

— Voilà pourquoi, ma fille, mon enfant chérie, sur chacune de tes joues, lorsque le rire commence à naître, s’ouvrent deux petites fossettes, deux jolies petites fossettes d’ange. Voilà pourquoi, si souvent, je m’amuse à te faire rire… rien que pour les voir.

Elzéar Ortolan

Une aide invisible

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angeUn cas intéressant s’est présenté à Londres: la préservation d’une vie d’enfant dans un terrible incendie qui, éclatant dans une rue située non loin d’Holborn, y détruisit entièrement deux maisons. Les flammes avaient fait de tels progrès, avant qu’on s’en aperçût que les pompiers ne purent sauver les maisons. Ils parvinrent cependant à sauver tous les habitants, sauf deux: une vieille femme qui fut asphyxiée par la fumée avant d’être secourue et un enfant de cinq ans environ, dont la présence dans la maison avait été oubliée dans ces instants de précipitation et d’affolement.

La mère était, paraît-il, une amie ou une parente de la propriétaire et lui avait confié, pour la nuit, ce petit enfant, étant elle- même appelée à Colchester par une affaire. Tout le monde avait été sauvé, la maison entière était en flammes, quand la propriétaire se souvint, avec une terrible angoisse, du dépôt qui lui avait été confié. Essayer de monter jusqu’à la mansarde où l’on avait couché l’enfant semblait une tentative inutile, mais un pompier résolut, héroïquement, de faire cet effort désespéré. Muni d’explications minutieuses concernant la position exacte de la chambre, il s’élança dans la fumée et dans les flammes.

Il trouva l’enfant et le ramena sain et sauf, mais, en rejoignant ses camarades, il eut un singulier récit à faire. Il déclara qu’en atteignant la chambre il la trouva en flammes, la plus grande partie du plancher s’étant déjà effondrée. Seulement le feu décrivait une courbe qui allait vers la fenêtre en suivant les murs. Ce n’était ni naturel, ni explicable, et il n’avait jamais rien vu de pareil. Le coin où couchait l’enfant était, par suite, resté intact, bien que les solives même fussent à moitié consumées. La terreur de l’enfant était naturellement extrême, mais le pompier déclara d’une façon nette et réitérée qu’en se dirigeant vers lui, au prix des plus grands risques, il vit ce qui ressemblait à un ange. C’était (pour citer ses propres paroles) quelque chose de superbement blanc et argenté, se penchant sur le lit et lissant, de la main, le couvre-pied.

Impossible de s’y tromper, disait-il encore, car l’apparition resta visible pendant un instant, dans une lueur intense, et, en somme, ne disparut qu’à quelques pieds de moi.

Cette histoire présente une autre particularité curieuse. La mère ne put dormir, cette même nuit, à Colchester, étant tourmentée par le sentiment persistant et impérieux qu’il arrivait quelque chose à son enfant. Si bien qu’elle dut se lever et rester assez longtemps en prières, demandant avec ferveur que le petit fût préservé du danger qu’elle sentait instinctivement planer sur lui.

Ici l’intervention était donc, évidemment, ce qu’un chrétien appellerait l’exaucement d’une prière. Un théosophe, exprimant la même idée en termes plus scientifiques, dirait que l’amour maternel, par l’intensité de son effusion, avait constitué une force qu’une aide invisible avait pu employer pour sauver l’enfant d’une mort terrible.

« Les aides invisibles. » Charles Webster, Publications théosophiques, Paris, 1902.