anglais

Un canari qui parle 

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canariNos voisins d’outre-Manche ne se contentent pas d’obtenir des juxtapositions de couleurs dont les éleveurs de canaris du continent ne connaissent pas le secret, il leur arrive parfois de réaliser de véritables miracles. A deux reprises on a vu à Londres des canaris qui savaient parler anglais. 

Le premier de ces phénomènes a été exposé à Regent Street en 1838, mais il a produit peu d’impression sur la foule. La passion des oiseaux n’existait pas encore dans la Grande-Bretagne pendant les premières années du règne de la reine Victoria. Le second est de date plus récente, son histoire a été racontée tout au long dans un mémoire adressé à la Société zoologique de Londres en 1858. L’ouvrage de M. Richard Avis contient quelques extraits de ce curieux document. 

On sait que les canaris, démoralisés par le régime de la captivité, négligent parfois leurs plus impérieux devoirs de famille. Il n’est pas rare que la femelle refuse de couver ou que le mâle tue les petits. Parfois il arrive aussi que le père et la mère, divisés par d’incessantes querelles, ne se mettent d’accord que pour laisser mourir de faim leur progéniture. 

Titchie avait failli être victime de la criminelle indifférence de ses parents. A peine était-il né, que son père et sa mère se mettaient à construire un autre nid sans se préoccuper de leur malheureux rejeton qui ouvrait en vain un large bec pour réclamer de la nourriture. 

Une main charitable recueillit le pauvre oisillon, l’enveloppa dans la flanelle, le rapprocha du feu et lui fit avaler la becquée. 

Séparé des oiseaux au sortir de l’œuf pour vivre dans la société des hommes, Titchie oublia la langue de ses ancêtres et apprit celle de ses bienfaiteurs. De très bonne heure il sut dire : « Chère et douce Titchie, embrassez Minnie, embrassez, embrassez, embrassez. »  Dans la suite il compléta son éducation en apprenant à siffler les quatre premières mesures du God save the Queen

Au premier abord nous pourrions avoir quelque peine à admettre que Titchie ait été capable de prononcer distinctement des mots qui ne semblent guère faits pour passer par le gosier d’un petit oiseau, mais notre étonne-ment s’atténue si nous jetons un coup d’œil sur le texte anglais: Dear sweet Titchie, kiss Minnie kissie, kissie, kissie. » Lorsque Titchie a entendu pour la première fois cette phrase, on s’explique qu’il ait pris l’anglais pour un dialecte de la langue des canaris.

G. Labadie-Lagrave. « Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. » Paris, 1893.

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Petites superstitions 

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théatreLes acteurs anglais sont, paraît-il, très superstitieux. Aussi, les répétitions générales n’ont-elles jamais lieu le vendredi… et encore moins les premières ! Une pièce comportant treize rôles serait infailliblement refusée, ainsi que tout drame ou comédie dans laquelle un des personnages devrait entrer en scène avec un parapluie ouvert. 

Il y a aussi le préjugé des plumes de paon, si profondément établi qu’à l’ouverture de l’établissement le Prince Of Wales, beaucoup de personnes s’évanouirent parce que l’étoffe des fauteuils rappelait, par son dessin, une queue de paon. Le directeur dut la faire changer. Enfin, on ne doit pas siffler pendant les répétitions, ni dans les loges des artistes, car siffler porte malheur à la recette. 

Surtout quand c’est le public qui siffle ! 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1906.

Les mangeurs d’agrumes

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bataille-cadix

Au siège de Cadix (1702), l’attaque des Anglais faiblit visiblement.

Avant de tenter un second et ultime effort, leur général, pour leur mettre du cœur au ventre, les harangue en toute vitesse : 

 Anglais, qui mangez tous les jours du bon bœuf et de la bonne soupe, souvenez-vous bien que ce serait le comble de l’infamie de vous laisser battre par cette canaille d’Espagnols, qui ne vivent que d’oranges et de citrons !

C’est toujours chez les pauvres gens…

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louis-XIVHélas ! très puissant roi Français, 
Nous pensons, si bien ravisais 
Et tu fusses bien conseillé, 
Qu’aucun pou nous épargnerais… 

Chantaient les misérables du pauvre commun. Examinons comment les très-puissants rois de France répondirent à cet appel, du quinzième siècle à la Révolution.

Sous Charles VI, misère horrible. Qu’y peut faire le roi Charles ? Armagnacs et Bourguignons se disputent la France. Les Anglais pillent et ravagent, Henri V saccage les villes, et pour affirmer son droit royal, il n’a pas de plus grande hâte que de rançonner ses nouveaux sujets, de mettre à mort qui se plaint, de doubler les impôts, de torturer les récalcitrants. La France était littéralement au pillage. Vainqueurs ou vaincus se faisaient un devoir de détruire les récoltes, les villages, partout où ils passaient. 

Que pouvaient faire les prolétaires dans cette lutte acharnée des ambitions ? Ils mouraient de faim, et, dit un historien, ils couraient les bois comme des bêtes fauves. 

Charles VII monte sur le trône de France : prince épicurien, se souciant fort peu de la misère d’autrui, il appelle les étrangers à sa défense, et demande de l’argent à son peuple. Ses favoris pillent ce qui restait à piller, et pendant ce temps, le roi continue à tenir une cour de gais favoris, et à enrichir, autant qu’il le pouvait, quelques courtisans. 

Il disait déjà le mot de Louis XV : Après moi, le déluge ! 

Que le peuple fût réduit à se cacher dans les cavernes pour échapper aux maraudeurs et aux assassins, que les prolétaires fussent trouvés épuisés de fatigue et de faim dans les fossés des routes, qu’importait au roi Charles VII ? Quand il avait besoin d’argent, il réunissait tout ce que ses capitaines pouvaient encore mettre sur pied de soudards et de reîtres, et jetait cette meute affamée sur les campagnes. Chose curieuse ! on trouvait encore à voler. Et ce roi était satisfait. Du reste, il faut le dire, les États généraux refusaient do se réunir et de sanctionner ces extorsions. 

Le peuple se faisait humble, petit, il ne résistait plus. Il  n’avait plus de point d’appui. La parole des prêtres le rabaissait de plus en plus dans sa misère, l’Imitation de Jésus-Christ semblait apparaître tout exprès pour lui faire de sa misère une gloire et un devoir : 

« Vous serez toujours misérables, où que vous soyez, et de quelque côté que vous vous tourniez, si vous ne vous tournez pas vers Dieu… C’est une véritable misère, de vivre sur la terre. Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler et se voir sujet aux autres nécessités de nature est certainement une grande misère et une affliction pour un homme pieux, qui voudrait bien ne dépendre en rien de la chair et être libre de la servitude du péché. » 

Et à ces voix, qui prêchaient le renoncement, le peuple répondait par son silence et sa soumission : il mourait sans rien dire. Que pouvait-on lui demander de plus ? 

Tout à coup, une illuminée se lève. Jeanne d’Arc… Que représente -t-elle ? D’où vient-elle, et quel est ce hasard étonnant ? Est-elle vraiment, comme l’ont chanté les poètes de l’histoire, la figure naïve et splendide du peuple, venant au secours de son souverain ? 

Pourquoi ce peuple aurait-il couru se ranger sous la bannière de Charles VII ? Quel bien en pouvait-il attendre ? Les Anglais étaient-ils donc plus terribles que les voleurs d’impôts, envoyés par le roi ? 

La venue de Jeanne fut toute spontanée, elle ne procédait d’aucun sentiment général, c’était une sorte de fée sortant tout à coup de l’inconnu. Et c’est par le charme même qui s’attache à l’inconnu qu’elle acquit aussitôt son prestige. 

Les grands s’étonnèrent, mais comme ils se sentaient faiblir, et qu’ils ne pouvaient attribuer leurs revers à leur propre inertie et à leurs désordres, ils furent bientôt disposés à accepter cette intervention comme divine. Certes, Dieu intervenait singulièrement, et sa prédilection pour la France se justifiait difficilement. Mais Charles VII et ses favoris n’eurent garde de discuter. 

Le peuple leva curieusement la tête. Peut-être supposait-il que dès que la France serait délivrée des Anglais, son sort deviendrait moins misérable ? En tout cas, un changement quelconque dans sa situation était préférable au statu quo. Mourir ou être sauvé, telles étaient les deux alternatives que posait la venue de Jeanne, et le peuple se reprit à espérer 

Quant au très-puissant roi de France, dès que Jeanne l’eut mené à Reims et qu’il eut été sacré, tandis que le peuple se prosternait sur le passage de la Pucelle, il se hâtait de l’abandonner, la laissait pendant six mois aux mains des Anglais, se vautrait dans des débauches que lui rendait plus agréables encore la puissance reconquise, se tournait quelquefois pour demander si son peuple se battait bien ou si Jeanne d’Arc vivait encore, discutait avec La Trémoille qui pillait le pays reconquis : le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc était brûlée comme sorcière et relapse. 

Le peuple se sentait perdu, et Charles VII se plaignait de n’avoir plus d’argent. 

Quatre ans après, le traité d’Arras était signé. 

Charles VII était reconnu roi de France par Philippe de Bourgogne… 

Grand soulagement pour le peuple en vérité ! Les Anglais se lancent de nouveau sur la France, brûlent les villages, exterminent la population. Charles VII rentre dans Paris. Le voici redevenu très-puissant roi de France

Va-t-il écouter les plaintes du pauvre commun ? Certes, et voici comment : 

Charles VII altère les monnaies, les La Hire, les Chabannes, les Xaintrailles se regardent comme les maîtres de cette France rendue à leur maître. Comme ce bon roi ne peut assez leur prodiguer de richesses (il faut bien faire quelques économies), ils pillent les paysans, en disant : Il faut bien que nous vivions ! 

Les paysans d’Alsace ne furent pas suffisamment endurants et eurent l’audace de tuer les pillards. 

Quant au roi, « il ne tenait compte ni de la guerre, ni de son peuple, non plus que s’il fût prisonnier de Sarrasins. Il avait avec lui tant de larrons, que ces étrangers disaient qu’il était la source de tous les larrons de la chrétienté. » 

En 1437, il entre en triomphe dans Paris. Mais il se hâte de partir, laissant derrière lui la famine: cinquante mille personnes périrent de faim et de maladie. Charles VII avait de bien autres soins en tête, le pape l’occupait fort, et de ses soins assidus sortit la Pragmatique Sanction de Bourges, qui dispose : 

« Que les élections des prélats doivent être faites canoniquement, dans les églises cathédrales et collégiales, ainsi que dans les monastères. Que ceux auxquels appartient le droit d’élection se réuniront au jour fixé pour y procéder, et après avoir imploré le Saint-Esprit pour qu’il leur inspire un choix convenable, etc., etc. » 

Toutes mesures, on peut s’en convaincre, qui touchaient directement au problème de la misère. 

Cependant, le 2 novembre 1439, le roi daigna, sur les remontrances des États d’Orléans, rendre une ordonnance interdisant aux hommes de guerre le pillage et les exactions, le rançonnement des paysans et la destruction des récoltes. Mais par contre, le roi se réservait le droit de lever les impôts sans le concours des États, et organisait la taille sous laquelle devait plier et souffrir encore le pauvre commun

L’armée permanente fut organisée. Ce qui d’ailleurs fut d’abord un bien relatif , car routiers et reîtres disparurent. 

Mais c’était trop de soins pour le bon roi de France, et il continua de vivre luxurieusement et charnellement entre femmes mal renommées

Extrait : Jules Lermina. « Histoire de la misère, ou Le prolétariat à travers les âges. » 1869.

Le poids de l’éducation

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instituteur

Un anglais, M. Soames, vient d’inaugurer un système tout nouveau dans l’éducation des enfants. 

Il mesure et pèse ses élèves à chaque rentrée de vacances. Ceux dont le poids et la taille progressent normalement sont activement poussés dans leurs études. Au contraire, ceux dont le poids est au-dessous de la moyenne, ainsi que ceux dont la taille augmente tandis que le poids reste stationnaire, sont soumis à un un régime spécial et dispensés de la plus grande partie des classes.

Gazette de 1891.

Meat eaters

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charles-dupin

Le grand « statistiqueur », M. le baron Charles Dupin, fait servir sa méthode aux calculs les plus singuliers.

Nous finirons par savoir, au juste combien, durant l’espace d’une minute, il se mange de bouchées dans l’univers connu. Voici déjà qu’il est arithmétiquement prouvé qu’un Anglais mange 143 livres de viande par année, tandis qu’un Parisien n’en mange que 86 livres : d’où l’on devrait conclure qu’un Anglais est à un Parisien ce que 143 est à 86.

Il faut vérifier maintenant si la digestion se fait mieux à Londres qu’à Paris.

« Le Gastronome : journal universel du goût. » Paris, 1830.

Toast

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toast

Au fond du cœur de tous les Normands, il y a le souvenir de l’Anglais, dont ils ont conservé plus d’un usage, entre autres la coutume du toast, un des triomphes de M. Pouyer-Quertier, un Normand aussi, comme on sait. 

Un érudit de la société nous raconta l’origine de la coutume naturalisée chez nous et l’étymologie du mot. Les Anglais, pour porter la santé de quelqu’un, mettent dans le pot de bière un toast (pain grillé) qui reste au dernier buveur, lequel prononce le speech. A ce propos il rappela la galante anecdote suivante :

Un jour qu’Anne de Boleyn prenait un bain devant les seigneurs de sa suite, ce qui était légèrement shocking, pour une Anglaise, même belle, ceux-ci, pour lui faire leur cour, puisèrent à plein verre dans sa baignoire et burent à sa santé. Un seul gentilhomme, neveu de Buckingham, n’imita pas ses compagnons. On lui en demanda la raison :

— C’est que je me réserve le toast ! dit-il. 

Florian Pharaon.  » Le Figaro. » Paris, 1880.