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Le banquet des chevaux

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Ces jours-ci a eu lieu aux environs de Londres le banquet annuel des chevaux âgés ou infirmes de la maison de retraite édifiée pour eux, à Acton, par les soins du duc de Portland.

Ne riez pas, c’est absolument sérieux. Il y a près de huit ans que le « Home of Rest » existe, et chaque année, à pareille époque, les trente pensionnaires de l’établissement d’Acton, sont régalés d’un véritable banquet, où figurent, outre la meilleure avoine, des petits pains, des carottes, des pommes, des gâteaux et mille sucreries. Tout cela est servi sur une table où sont disposées le nombre voulu des mangeoires, et les invités de marque qui assistent à ce singulier repas ne manquent jamais de le corser par quelque gâterie supplémentaire. Cette année, une jeune femme, Mme Gore, n’avait-elle pas eu l’idée de distribuer aux vétérans d’Acton un plum-pudding monstre ! Le plus âgé des pensionnaires du Home of  Rest s’appelle Bones, et il vient des horse guards de la reine et a trente-sept ans.

L’entretien et la nourriture de chaque animal sont assurés par les organisateurs de cette institution, unique en son espèce.

« Arcachon-journal. » Arcachon, 1899.

Gandhi à la mode

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Gandhi est bien à la mode à Paris, ce printemps, au moins dans les conversations. L’on s’entretient partout de ce Messie, moderne et singulier, qui, avec une candeur incroyable cherche à ébranler la formidable puissance britannique…

Un homme s’attaquer à une tâche pareille! Un homme, tenter naïvement de souffler l’Inde à la domination anglaise, faut-il qu’il soit intelligent ou fou ! Pour intéresser, il a aussi ce visage extraordinaire qui rappelle celui d’un oiseau ou d’un dément. Et ce costume, sans apprêt et pourtant un peu théâtral !

Dans ce match entre Gandhi et l’Angleterre, les Français observent et sont prêts à marquer les coups…

Bien habile, celui qui discernerait dès maintenant le vainqueur. Bien habile celui qui verrait et déduirait avec intelligence toutes les conséquences d’une victoire ou d’une défaite des Britanniques dans l’Inde.

« L’Africain. » Alger, 1930.

Journaux de bord

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C’était inévitable, avec la télégraphie sans fil. Nous apprenons que la Compania, navire appartenant à la Compagnie Cunard, publie, chaque matin, un journal qui n’est vendu que vingt-cinq centimes aux passagers, bien qu’il ait été composé et imprimé à bord.

Bien entendu, c’est grâce à la télégraphie sans fil qu’il peut donner des nouvelles du monde entier, lesquelles lui sont transmises par la station de Baldhu, sur la côte ouest de l’Angleterre, de Nantucket, du cap Breton et du cap Codort. Vous devez bien penser qu’il n’y est pas question que de la terre et que les petits cancans du bord doivent y trouver leur place.

Mais que vont devenir les malheureux, qui s’en allaient justement en mer, pour ne plus jamais avoir à entendre parler de quoi que ce soit, se passant sur la terre ?

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Six doigts à la main droite

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On vendait l’autre jour une collection de tableaux dans l’ancienne résidence Longford Hall, près de Derby (Angleterre), et parmi les oeuvres proposées au public figurait un tableau de J. Highmore : Portrait de Lady Jane Coke, fille de Lord Wharton.

L’oeuvre n’était ni bonne ni mauvaise, mais le commissaire-priseur eut l’heureuse idée d’annoncer :

« On remarquera que cette dame a six doigts à la main droite. J’ajoute que, selon une légende locale, son fantôme reparaît souvent dans cette maison, et dans cette chambre même. » 

La nuit tombait. Il neigeait. Le vent soufflait, et les chandelles n’étaient pas encore allumées. On frissonna un peu, et comme le tableau était le dernier à passer aux enchères, il fut prestement poussé jusqu’à 44 livres 2 shellings. Après quoi, on se dépêcha de s’en aller.

On ne saura jamais si le portrait fut si bien vendu parce que la dame avait six doigts à une main ou parce que son ombre rôdait à deux pas, dans les couloirs.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Une goutte de morning

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Dernièrement, un de nos ténors (ils ne sont donc pas tous au front ? Après tout, celui-ci est peut-être réformé) fut sollicité d’aller à Londres prêter son concours à un grand gala de bienfaisance pour des œuvres de guerre.

Malheureusement, notre ténor ne sait pas un mot d’anglais. Quoique très alliance cordiale, il est tout à fait rétif à l’entente de la langue saxonne, ayant suffisamment affaire à comprendre la sienne. Il lui en arriva de ce chef une bien bonne. Très aimable de son naturel, il essayait donc quand même de lier conversation avec les organisateurs, et s’ingéniait, le sourire sur les lèvres, à essayer de saisir quelques mots entendus au passage, mais souvent mal traduits.  

Or, pendant l’entracte, un buffet improvisé avait été dressé dans le foyer des artistes. Le ténor s’y rend. Sur le seuil, le directeur, qui ne l’avait pas encore vu, lui dit-d’une façon charmante :

Good morning.

Le ténor hésite un peu, puis comme se ressouvenant, il répond tout à fait rassuré :

— Eh bien, moi aussi, je prendrai bien une goutte de ce que vous dites… à votre santé et à la Victoire !

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

Une conception de l’honneur

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Sait-on que les députés anglais ne reçoivent qu’une indemnité annuelle de 400 livres, soit une cinquantaine de mille francs, que le Premier ministre, M. Macdonald, touche 4.000 livres par an ?

Ce n’est vraiment pas excessif dans un pays où le chef du gouvernement est tenu de donner de fastueuses réceptions, alors que le lord-chancelier, président de la Chambre des lords, bénéficie d’une annuité de 10.000 livres sterling. Quant au procureur général, comme sa rétribution est proportionnelle au nombre des affaires examinées, il ne touche pas exactement la même somme tous les ans, mais, l’une dans l’autre, il se fait chaque année un minimum de 30.000 livres.

Quelques, députés travaillistes avaient récemment demandé à M. Macdonald une légère majoration de l’indemnité parlementaire.  

Vous voulez donc vous déshonorer? s’écria brutalement le premier ministre.

Chez nous, « ils » n’ont pas une aussi rigoureuse conception de l’honneur…

« Les Potins de Paris. » Paris, 1930.