Angleterre

Aux frais de la princesse

Publié le Mis à jour le

pigeon

Le Nyanza venait de quitter la côte anglaise depuis une journée, quand, par le plus grand hasard, un pigeon vint à tomber sur le pont du vapeur.

L’oiseau demeura à bord durant toute la traversée d’Angleterre au Canada.

Il y demeura même jusqu’à ce que le Nyanza eût atteint Montréal. Là, il abandonna le navire, et les marins ne songeaient plus à lui, quand au jour de leur départ, pour le voyage de retour, le pigeon revint, accompagné d’une pigeonne.

Il s’était accouplé à Montréal et revenait en Angleterre pour son voyage de noces.

La bête intelligente n’avait pas oublié les bons soins dont elle avait été entourée à bord du vapeur.

Paris, 1910.

Publicités

Pudibonderie et mariage à bail

Publié le

protestation

Le Daily News raconte que les femmes du Minnesota sortent la nuit avec de grandes feuilles de papier blanc et des pots de colle, et qu’elles couvrent de ces feuilles les affiches théâtrales sur lesquelles des femmes sont représentées en maillot.

C’est de cette manière que ces dames protestent contre le rejet d’un projet de loi qui a été soumis l’année dernière à la législature de l’Etat et qui demandait qu’il fût défendu aux actrices de se montrer en maillot sur la scène. Le même journal ajoute que les femmes du Minnesota, ne voulant pas dire la jambe (leg) d’un piano, d’une chaise, d’une table, ont remplacé ce substantif indécent par le mot membre (limb). Dans un autre Etat de l’Ouest, les dames, encore plus pudibondes, ont voilé, il y a quelque temps, toutes les statues composant une magnifique collection que possède la bibliothèque publique. On a revêtu Mercure d’un pantalon et d’un veston, drapé Vénus dans un ample peignoir et mis une culotte courte au petit Cupidon jouant à ses pieds. 

L’on croyait les Américains d’esprit moins pudibond. Il semble que ce soit une histoire d’Anglaise que le Daily News nous ait contée là. Et même l’Angleterre entre dans le mouvement : un Anglais propose de ne plus se marier qu’à bail

M. Donisthorpe n’est peut-être pas l’inventeur de cette idée qui a pu venir à quelque martyr du mariage, mais il s’en fait le propagateur, l’apôtre, Voici comment un de nos confrères résume les idées exprimées par cet Anglais « antimariageux. » 

Ce brave homme demande au législateur la création du mariage à bail ! Non pas un bail emphythéotique, presque éternel. pas même l’espace des trois six neuf prévu par les propriétaires, mais un simple petit marché en vertu duquel un homme et une femme cohabiteront légitimement pendant douze mois. Tout engagement pour une durée plus longue serait nul, et l’officier de l’état-civil qui aurait l’imprudence de l’accepter et de le consigner sur ses registres serait passible d’une forte amende. 

Le divorce, après tout, n’est pas une solution gaie, je la trouve même déplorable. Un homme est malheureux en mariage : la loi vient à son secours et le délivre du fléau domestique, de sa femme. C’est bien. Mais après ? S’il aime la compagnie et si sa moralité lui interdit d’en choisir une illégitime, que fera-t-il ? Faudra-t-il, pour tromper les ennuis de sa chambre, qu’il se remarie et risque encore une fois les dangers d’une association ? Cruelle perspective ! Avec le mariage à bail, la pénible alternative du mariage obligatoire ou du célibat forcé n’existera pas : l’homme choisira dans le tas une personne aimable et s’associera avec elle pour une année. 

Il y a bien la délicate question des enfants. Le moraliste anglais l’a tranchée de lamanière la plus simple : en se quittant, les époux tireront au sort pour savoir celui des deux qui devra garder le rejeton. Ce ne sera pas plus difficile que cela. 

Ils vont bien, quand ils s’y mettent, en Angleterre.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.

Scènes électorales anglaises

Publié le Mis à jour le

william-hogarth-elections

Le révérend Thomas Sherlock, évêque de Salisbury écrivait les mots suivants, à un Français de ses amis :

« Il faut que vous veniez en Angleterre, ne fût-ce que pour y voir une élection et un combat de coqs. On trouve ici, dans ces deux manifestations,une confusion, une anarchie indescriptibles, dont vos compatriotes ne sauraient se faire une idée. »

Aujourd’hui, les élections britanniques sont toujours une bataille, ardente comme partout, mais il n’y a plus lieu, heureusement, de les comparer à des combats de coqs : elles ont cessé, depuis le « reform bill » de 1832, d’être la tumultueuse ripaille qu’elles-étaient au XVIIIe siècle et que le graveur William Hogarth nous a montrée dans ses quatre estampes satiriques intitulées Scènes d’élection.

A cette époque, la campagne électorale durait une semaine entière, nuit et jour, sans un instant de répit. Elle consistait à racoler des suffrages par n’importe quel moyen, principalement en saoulant l’électeur, en le gavant de boustifaille et en lui achetant sa voix.

william-hogarth

Rien n’interdisait à l’électeur de la vendre licitement au plus offrant, sans s’inquiéter de ses opinions ni de son programme politique. Que le candidat à la Chambre des Communes fût libéral (whig) ou conservateur (tory), cela n’avait aucune importance, pourvu qu’il payât bien et qu’il offrit aux paysans invités du vin, du punch et du brandy plus délectables que ceux de ses rivaux. C’était en somme la meilleure cave qui remportait la victoire !… Aussi, chaque postulant député avait-il soin de s’installer dans une bonne auberge où, pendant huit jours, il tenait table ouverte.

On raconte que l’un d’eux, lord Russell, donnant chez lui une fête à plusieurs milliers d’électeurs éventuels, leur offrit un punch extraordinaire. Dans un bassin de son parc, convenablement nettoyé, il fit verser 1.500 litres de rhum, 600 litres de malaga, 3.000 litres d’eau, 60 litres de jus de limon, 750 kilos de sucre, 5 kilos de muscade râpée, 25.000 citrons, 300 biscuits grillés, etc.. Une barque navigua sur ce lac de Cocagne pour le mélanger à coups de rames. Puis l’on fit flamber le gigantesque bol qui assura à l’amphitryon un brillant succès électoral.

Le jour du vote, les électeurs, qui, se connaissant tous entre eux, n’avaient besoin ni de bulletins, ni de cartes, ni d’urnes, venaient devant le comité local déclarer publiquement, à haute voix, le nom du candidat de leur choix. Mais ils devaient d’abord prêter serment.

hogarth

Un sheriff (magistrat), chargé de surveiller le scrutin de sa commune, récusa un jour, à ce sujet, un électeur ancien soldat qui avait perdu son bras droit à la guerre et qui s’écriait déjà : 

 Je vote pour Smith !
— Demi-tour, et fichez-moi le camp, Josephson ! lui dit sévèrement le shériff. Vous n’avez pas le droit de voter, attendu que vous ne pouvez pas poser la main droite sur la Bible pour prêter serment.

Et, en s’asseyant, il chuchota à l’oreille de son voisin, partisan comme lui du candidat Mortimer :

Ça fera toujours une voix de moins pour cette canaille de Smith !

Voilà comment le peuple anglais était représenté jadis au Parlement !

« Ric et Rac. » Paris/Clermont-Ferrand, 1935.

Le roi et le provençal

Publié le Mis à jour le

cannes-edouard-VII

Voici une anecdote d’une saveur bien provençale, à propos de l’inauguration du monument du roi Edouard VII à Cannes.

En compagnie de son aide de camp, sir Seymour Fortescue, le roi visitait en automobile les environs d’Aix. Soudain, une pluie diluvienne se mit à tomber et obligea les voyageurs à se réfugier dans une auberge du Tholonet, tenue par un certain Thomé.

L’aubergiste était absent. Sa femme servit le souverain, sans se douter le moins du monde de l’illustre qualité de son hôte. Or, bientôt le brave Thomé rentra paisiblement au logis en tirant de grosses bouffées de sa pipe.

Vilain temps, s’écria-t-il dans son dialecte provençal, et dire qu’il y a des gens qui vont en automobile par cette pluie !

Puis, apercevant le roi assis dans un coin de la salle, il s’exclama :

— Té Gavary Que fas aqui ? Sies beu comme un astre !

Il avait pris Edouard VII pour un de ses amis endimanché. Sir Seymour Fortescue le rappela au sentiment de la réalité. et des convenances : 

 Taisez-vous lui dit-il à voix basse, vous parlez au roi d’Angleterre.
— Moun Diou de que m’arribo !
s’écria Thomé.

Et, depuis, l’aubergiste du Tholonet montre avec fierté la chaise de paille sur laquelle s’était assis Edouard VII, ainsi que le verre grossier qui avait touché ses lèvres royales.

« La Croix. » Paris, 1912.

Les workhouses à Londres

Publié le

luke-fildes

L’attention publique, depuis quelque temps, se porte en Angleterre sur les institutions destinées à secourir la classe indigente, qui, proportionnellement, forme une assez grande partie de la population de Londres, cette ville où l’extrême richesse et l’extrême misère se coudoient à chaque instant.

Un lord philanthrope, voulant voir et entendre par lui-même, a eu l’idée assez singulière de convoquer dans un meeting tous les jeunes balayeurs, décrotteurs et pickpockets, enfin tous ces enfants qui, pour se servir de l’expression anglaise, « ramassent leur vie dans les rues (who pick up their living in the street). » Après un repas substantiel de boeuf et de pudding, les jeunes convives furent questionnés par le noble lord lui-même sur leur manière de vivre. Il s’ensuivit des révélations curieuses et tristes, surtout de la part des pickpockets, qui, nous devons l’avouer, étaient en majorité dans l’assemblée.

Si, d’après les révélations faites tous les jours, l’intérieur d’un workhouse est chose hideuse, l’extérieur ne l’est pas moins à l’heure où les « casuals (indigents vagabonds) » attendent l’ouverture des portes de l’établissement où ils trouveront un lit un peu moins froid, mais peut-être aussi malpropre que les coins des bornes ou les arches des ponts. On cite souvent les mendiants de Naples et de Rome, mais comment trouver dans toute l’Europe une misère plus hideuse et plus repoussante qu’à Londres, où il n’y a point de soleil pour dorer un peu les haillons et les rendre pittoresques. A mesure que la nuit tombe, cette foule grossit, silencieuse et affamée, et les yeux fixés avec impatience sur la porte du workhouse. Un portier ou plutôt un geôlier bourru, ouvre la porte, et laisse entrer une partie de ces malheureux. Le reste, qui n’a pas eu la chance d’être admis, faute de place, est libre d’aller périr de froid et de faim, ainsi que le témoignent les rapports de police et les verdicts des coroners « died of exposure and hunger, (mort de froid et de faim !) » Ceux qui sont admis reçoivent une chétive portion de pain ou de bouillie de farine d’avoine bonne tout au plus pour des bestiaux, tout juste de quoi ne pas mourir d’inanition.

Le système français des bureaux de bienfaisance, a de nombreux partisans en Angleterre. Les Anglais payent des taxes énormes pour leurs pauvres et les voient néanmoins mourir de faim. Ils veulent savoir où va l’argent qu’ils donnent : c’est aux officiers et fonctionnaires qui sont chargés de distribuer les secours à leur donner des renseignements à ce sujet.

L. Victor Lesté. « La Revue-magasin. » Paris, 1887.

Toujours la momie de mauvais augure

Publié le

momie-karloff

La presse quotidienne et d’actualité s’est beaucoup occupée, il y a quelque années, d’une momie exposée dans le British Museum de Londres et à laquelle on attribuait une influence malheureuse sur tout ce qui avait affaire avec elle. Les journaux français en ont parlé comme les autres, et l’un de nos « psychistes » les plus estimés, occupant une situation sociale élevée, écrivit alors, sous le pseudonyme de Dr. A. Wylm, un ouvrage des plus humoristiques et spirituels : L’Amant de la Momie.

Maintenant, la fameuse momie fait de nouveau parler d’elle. Un petit article publié par Marion Ryan dans le Weekly Dispatch racontait comme quoi, depuis le début de la guerre (1914-1918), les directeurs du British Museum avaient reçu nombre de lettres les suppliant de procéder sans retard à la destruction de la « momie de malheur » à laquelle on attribuait toutes les calamités subies par les alliés.

Interviewé par Marion Ryan, le Dr. Bunch, du British Museum, affirmait que cet établissement n’avait jamais possédé la momie en question, bien que deux momies jouissant d’une réputation sinistre aient été successivement exposées, durant quelques jours, dans le Musée. Le public avait fini par les identifier avec un sarcophage qui appartenait bien au British Museum, mais qui était vide.

Un dame favorablement connue dans les milieux spirites anglais, Mrs. E. Katharine Bates, écrivit dernièrement au Light protestant contre cette version du Dr. Bunch. Elle assure que la « momie de malheur » était bien au Musée, auquel elle a été donnée par. Mr. Douglas Murray, qui en raconta l’histoire à Mrs. K. Bates. Cette histoire est à peu près conforme à celle qu’on avait publiée il y a quelques années :

Mr. Douglas Murray achète la momie en Egypte, mais éprouve aussitôt pour elle une vive aversion. Quelques jours  après, il est blessé d’un coup de feu au bras, qu’on doit lui amputer. Durant le voyage de retour, un de ses compagnons mourut et se produisirent d’autres malheurs que Mr. D. Murray attribua à la « Princesse » égyptienne. Il la céda à une amie, qui la lui rendit, peu après, par suite de diverses calamités qui l’avaient frappée. Un capitaine W… se fit prêter le cercueil pour en copier quelques détails : quelques mois après, il se suicidait. Mr. Murray fit transporter le cercueil chez un photographe. Le voiturier qui fit le transport, se suicida à son tour, peu après. Le photographe mourut d’une façon quelconque, etc. 

Nous sommes convaincus que cette macabre histoire résisterait mal à une enquête approfondie. Mais il est intéressant de constater comment ces croyances si probablement superstitieuses ont des racines même en des pays qu’on considère généralement comme peu portés à les admettre, tel que l’Angleterre.

« Annales des sciences psychiques. » Paris, 1916.
Affiche : « The Mummy » de Karl Freund, avec Boris Karloff. 1932.

A Westminster

Publié le

dickens

Il y a un homme auquel je pense bien souvent depuis que l’Angleterre, avec un acharnement que les autorités du Reich reconnaissent elles-mêmes, répond à la gigantesque offensive aérienne dont elle est l’objet. 

Cet homme se promenait la nuit sur les quais voilés de brouillard et dans les rues où il pouvait reconnaître au passage les fantômes de son imagination. Il aimait sa ville d’un
amour qui avait donné de grandes ailes à son esprit. Londres n’était pas seulement pour lui une ville, elle était aussi un être dont il savait déceler les beautés, les caprices et les secrets changements. 

Son pouvoir créateur était tel qu’il lui arrivait de donner la vie et la parole a ce qui paraissait inanimé dans la plus grande cité du monde au commun des mortels. Le vieux bec de gaz avait des chuchotements, l’horloge parlait au-dessus des toits, les lettres des enseignes elles-mêmes avaient une nouvelle disposition et un nouveau sens. 

Oui, je pense à cet homme qui a tant aimé Londres dont les habitants viennent de subir dix heures d’alerte, et où l’on dit que pas un immeuble n’est indemne dans un rayon de 400 mètres. 

Mais le fracas des bombes ne peut pas le troubler. Il dort, à Westminster, du grand sommeil des génies. 

Heureusement pour lui, cher Dickens !

Obéron. « Le Journal. » Paris, 1940.
Illustration :edition.cnn.com