animal

L’homme qui écoutait parler les singes

Publié le

chimpanzesUne physionomie des plus curieuses, celle du médecin anglais Robert Garner, vient de disparaître. S’étant consacré à l’étude des mœurs et du langage des singes, le savant était arrivé à des résultats véritablement extraordinaires.

Dans le but d’approfondir cette originale étude du langage simiesque, Robert Garner ne reculait devant aucun sacrifice. C’est pour établir les bases du vocabulaire des quadrumanes, qu’il s’était transporté en plein centre africain où, emprisonné dans une immense cage de fer, solidement fixée au sol, il vécut cinq mois pleins, pendant la saison chaude, guettant les milliers de singes, hôtes habituels de ces parages.

Il put ainsi établir que les singes de l’Inde ne s’exprimaient pas comme ceux de cette partie de l’Afrique dont il était le bénévole habitant et que les anthropoïdes de l’Amérique du Sud possèdent un jacassement bien particulier.

Partant du curieux principe que les singes sont des êtres en évolution, destinés à remplacer l’espèce humaine. dans quelques milliers d’années, le docteur Garner tenta d’apprendre l’anglais à ses « élèves ».

Une  jeune guenon, selon lui, prononçait couramment une dizaine de mots usuels. Le vocabulaire établi par le médecin ami des singes, explique que les quadrumanes ne se servent pas de mots mais de sons, peu nombreux du reste : sept sons et cinq demi sons. Ils composent alors avec une remarquable vivacité tout ce dont ils ont besoin pour exprimer : fureur, joie, crainte, désespoir, amour, reconnaissance. robert garnerC’est surtout lors de son séjour dans la cage de fer, en Afrique centrale que le docteur Garner apprit à connaître la mentalité du singe. Selon lui, ceux qui habitent les ménageries, ou les jardins d’acclimatation, sont des êtres pervertis, vicieux, affolés par la captivité et rendus méchants par la continuelle présence d’hommes grossiers ou hostiles. Leur étude ne présente donc aucune espèce d’intérêt. Il n’en est pas de même dans les forêts profondes où le singe reste ce qu’il est, c’est-à-dire un être inoffensif et confiant quoique malicieux.

Le docteur Garner aimait conter combien sa venue et l’installation de sa cage métallique avaient jeté d’émoi en cette forêt africaine.

Les feux qu’il allumait le soir, ne contribuèrent pas à rassurer les quadrumanes méfiants.

Puis, l’accoutumance s’en vint peu à peu. Au bout d’un mois, chaque soir, au crépuscule ils accouraient par bandes joyeuses et criardes visiter leur nouvel hôte. Celui-ci, avec une générosité intéressée, distribuaient sucre et friandises, arrivant même à établir avec les singes, un système d’échange (la première forme du commerce des hommes préhistoriques), troquant pâtisseries contre fruits. Lorsque les fauves rôdeurs commençaient leur chasse nocturne, les quadrumanes venaient se réfugier derrière les feux.

Bien que sa thèse sur le langage simiesque et son idée du rôle des singes dans l’humanité future soit discutée et discutable, le docteur Garner n’en laissera pas moins le souvenir d’un érudit et d’un homme brave jusqu’à la témérité.

« Le Miroir : publication hebdomadaire. » Paris, 1920. 

Un télépathe à quatre pattes

Publié le

Sir-Henry-Rider-HaggardOn cite, de plus en plus, des exemples de télépathie. Voici un témoignage de Sir Henry Rider-Haggard, le romancier anglais bien connu, relatif à un chien qui lui était très familier.

« Dans la nuit du samedi 9 juillet, dit M. Haggard, j’eus un cauchemar. Je rêvais qu’une  bête affectueuse, un épagneul noir appelé Bob, appartenant à ma sœur aînée, mais qui m’était très attaché, était couché sur le côté, clans un terrain broussailleux, près d’une rivière. Ma propre personnalité me semblait apparaître près du chien, que je savais être Bob et nul autre, et ma tête près de la sienne qui se dressait de façon étrange. Dans ma vision, le chien essayait de me parler le langage humain, mais n’y parvenant pas, il faisait appel à mon esprit et, de façon indéfinissable, m’informait qu’il était mourant. »  

Dès le lendemain, M. Haggard racontait son rêve, son cauchemar plutôt, à toute sa famille, au moment du déjeuner. Le soir, il apprenait que le chien avait été écrasé par un train, la nuit précédente : la malheureuse bête s’était traînée le long de la voie et avait dû expirer, quelques instants avant l’heure probable où l’écrivain avait été pris par le cauchemar. 

La parfaite honorabilité du romancier, le témoignage de plusieurs personnes de sa famille et du vétérinaire qui a procédé à l’autopsie du chien, ne sauraient laisser aucun doute sur l’authenticité du fait. 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Le chat-huant

Publié le

chat-huantLe chat-huant (chouette hulotte) n’est point seulement le ténébreux conspirateur qui débite au théâtre des hymnes à la Nuit. C’est, à la ville, un animal fort utile et modeste, qui remplace à merveille le chat non huant dans les besognes domestiques de ce félin de gouttière.

A Chicago, notamment, le chat-huant est fort apprécié des commerçants et des bourgeois, qui s’en servent comme d’un chat ordinaire, moins coureur et plus facile à nourrir. Le jour, on enferme la bête dans quelque cave, où elle somnole. La nuit, on la lâche dans la boutique ou dans l’appartement, qu’elle purge consciencieusement des rats, souris, cafards et autres vermines qui l’infestent.

Par exemple, nous ne saurions dire si les possesseurs de chats-huants disposent à leur intention, dans un coin, le petit plat traditionnel plein de cendre ou de sciure de bois...

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.
Illustration : dessin de Victor Hugo.

L’arroseur arrosé

Publié le Mis à jour le

chimpanzé.

Un savant anglais voulut, dernièrement, faire une étude sur le raisonnement des chimpanzés.

Dans une cage, il suspendit une banane hors d’atteinte des bras du singe, puis il mit trois ou quatre caisses de bois, pêle-mêle, au milieu de la cage.Le chimpanzé se promena de gauche à droite, puis de droite à gauche. Finalement, il plaça les caisses les unes sur les autres, monta légèrement au sommet de ce monticule, prit la banane qu’il mangea avec satisfaction.

Le savant, content de son examen, voulut faire une seconde expérience. Pensant que le chimpanzé agirait d’autant plus vite qu’il ne se sentirait pas observé, il le plaça dans une chambre. Le savant ferma la porte pour pouvoir faire des observations.

Mais, de l’autre côté du trou, il y avait déjà un autre œil, celui du chimpanzé qui observait le savant…

« Almanach de coopérateurs. » 1939.

Cheval phénomène

Publié le

cheval-phénomène

Le Scientific American donne la description d’un bel étalon, âgé de huit ans, de race percheronne, mais élevé dans l’État d’Ontario. Ce superbe cheval est de couleur noisette. Sa crinière et sa queue sont de même couleur. Ainsi que le montre la figure ci-dessus, il se distingue surtout par le développement extraordinaire de ses crins: la crinière a 4 mètres de longueur; le toupet ou mèche frontale, près de 3 mètres; la queue, plus de 3 mètres.

Quand l’étalon se tient debout et que ses crins sont déployés, il a un aspect imposant. Mais d’ordinaire, soit en promenade, soit a l’écurie, ses crins, partagés en épaisses cordelettes, sont enroulés et placés dans des sacs protecteurs. Les propriétaires de la bête la considèrent comme un cheval de luxe, et l’entourent des plus grands soins. Chaque jour, ils lui font prendre un bain en rivière.

« Revue encyclopédique : recueil documentaire universel . »  Larousse, Paris, 1892.

L’ami

Publié le

napoléon-marengo

Napoléon racontait qu’à la suite d’une de ses grandes affaires d’Italie il traversa le champ de bataille dont on n’avait pas encore enlevé les morts :

C’était par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, disait l’Empereur. Tout à coup, un chien, sortant de dessous les vêtements d’un cadavre, s’élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux. Il léchait tour à tour le visage de son maître et se lançait de nouveau sur nous. C’était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.

Soit disposition du moment, continua l’Empereur, soit le lien, l’heure, le temps, l’acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien sur aucun de mes champs de bataille ne me causa une impression pareille. Je m’arrêtai involontairement à contempler ce spectacle.

Cet homme, me disais-je, a peut-être dans le camp des amis, ou bien dans sa compagnie, et il gît ici, abandonné de tous, excepté de son chien ! Quelle leçon la nature nous donnait par l’intermédiaire d’un animal…

Jacques Tallandier. Paris, 1935.
Illustration : Lejeune.

Tortue sentimentale…

Publié le

jardin-des-plantes

Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.