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Annotations parasites

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louis-simon-auger

M. Auger, de l’Académie française, avait la monomanie de toujours écrire ses réflexions sur les marges des livres qu’il lisait.

Un jour, en 1824, il se trouvait en soirée à côté d’un gentilhomme russe qui lui paraissait peu au courant de notre littérature. Ravi d’étaler son érudition, notre académicien lui promit de lui adresser ses ouvrages le lendemain. Ce furent les OEuvres de Molière avec son commentaire, qu’il fit porter au domicile du noble russe.

Quelques jours après, il reçut la lettre suivante :

Monsieur Molière,

Je vous remercie de l’envoi de vos œuvres. Je suis honteux d’avouer que je ne les connaissais pas : elles sont admirables. Il n’y a jamais eu dans l’univers de comédies qui aient égalé les vôtres. Quel comique ! Quelle franche gaieté ! Quelle connaissance du cœur humain ! Quelle profondeur dans les caractères ! Je ne cesse de lire et de relire vos Femmes savantes, votre Ecole des femmes, votre Amphitryon et vos ballets même, quoique je ne les aie jamais vu danser à l’Opéra.

Maintenant, permettez-moi de vous faire une petite observation avec tout le respect que je dois à votre beau talent. Pourquoi avez-vous permis à un M. Auger d’expliquer avec ses notes des passages clairs comme le jour, et de relever des beautés que tout le monde apercevait bien sans lui ? Ces notes m’offusquent la vue, quand je lis vos vers; elles me gênent et me forcent, pour ainsi dire à chaque page, d’abandonner une de vos beautés pour une platitude, ce qui nuit à l’effet de l’ensemble. S’il m’était permis de vous donner un conseil, je vous engagerais à supprimer dans votre seconde édition ces notes parasites qui arrêtent à chaque instant le lecteur et glacent son enthousiasme.

Agréez, etc.

Romaszof.

Cette réponse fit la joie de tous les salons de l’époque.

« Almanach de France et du Musée des familles. »  Paris, 1884.

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