apparition

Une ombre au balcon

Publié le Mis à jour le

fantôme-balcon

Michèle est comptable et habite au dernier étage d’un immeuble situé dans le quartier Pelleport, dont l’artère principale est l’avenue Gambetta. Un quartier bourgeois s’il en est et qui l’a toujours été avec ses brasseries chics et ses nombreuses boulangeries. Un endroit qui respire la tranquillité, avec sa caserne de pompiers et la DGSE tout près. Un service qui protège de beaucoup de choses mais pas des entités surnaturelles. Un endroit tranquille où s’est déroulée une histoire des plus étranges, sinon des plus incroyables.

Michèle partage un appartement avec une cousine étudiante. Elles n’ont pas les mêmes horaires, se croisent souvent et trouvent quelquefois le temps de boire un café ou d’organiser un dîner pour des amis communs. Elles rentrent parfois chez leurs parents respectifs en fin de semaine. L’appartement leur plaît et comprend trois pièces: deux chambres à coucher et une salle de séjour. Elles disposent en plus d’un grand balcon qu’elles ont d’un commun accord décoré avec d’immenses pots de fleurs et des plantes vertes.

Un vendredi soir de juin, Michèle rentre donc chez ses parents, en banlieue.  Anaïs, sa cousine, ne sait pas encore ce qu’elle va faire. Dimanche, vers 20 heures, Michèle revient à Paris, sort de la station de métro Pelleport et, avant de remonter chez elle, décide de prendre un verre à une terrasse de café avoisinante, d’autant qu’elle y a vu attablés quelques-uns de ses amis ou voisins très proches. A peine assise au milieu d’eux, un jeune homme lui lance, mi-goguenard:

C’est gentil de daigner t’asseoir avec nous, on croyait que tu nous snobais depuis hier et que tu ferais semblant de ne pas nous connaître.

Michèle affiche son incompréhension, ce qui redouble la bonne humeur retrouvée de ses compagnons.

Mais expliquez-moi, je ne comprends rien à ce que vous dites.

Une jeune femme, assise à côté d’elle, raconte alors:

Hier soir, nous étions assis ici et on t’a vue sur ton balcon juste derrière une de tes plantes vertes. On t’a fait de grands gestes et on t’a appelée à plusieurs reprises. Rien n’y a fait, tu es restée là quelques instants et puis tu es rentrée.
Mais ce n’était pas moi; j’étais chez mes parents. Je viens juste de rentrer. Ce devait être  Anaïs.

Mais non, tu plaisantes, Anaïs a les cheveux courts et de plus je l’ai vue hier après-midi. Elle m’a dit qu’elle rentrait tôt demain matin.

Devant son air ahuri, ses amis éclatent de rire, croyant qu’elle plaisante.

Une fois rentrée chez elle, Michèle fouille tout l’appartement, craignant qu’il y ait eu un cambriolage en son absence. Mais non, tout est en place et rien ne manque. Et la porte d’accès à la fenêtre est verrouillée de l’intérieur. Rassurée, Michèle se couche et s’endort tranquillement.

Le lendemain matin, en se levant, elle se rend compte qu’Anaïs l’a précédée dans la salle de bain. Se rappelant ce que lui ont raconté ses amis la veille, Michèle demande à sa cousine, à travers la porte, si elle vient de rentrer. La réponse affirmative de celle-ci ne manque pas de l’inquiéter mais elle décide de ne rien dire. Elle oublie l’incident et rien durant la semaine ne vient troubler la quiétude des deux jeunes femmes ni l’ordre établi dans l’appartement.

La semaine suivante, le temps étant au beau fixe, les cousines décident de partir toutes deux chez leurs parents dès le vendredi soir et, d’un commun accord, elles conviennent de rentrer le dimanche à peu près vers la même heure.

En sortant du métro, Michèle aperçoit ses amis toujours attablés à la même terrasse. Soudain, inquiète, elle s’approche d’eux lentement, craignant que ne se reproduise la scène de la semaine précédente. Ce qui ne manque pas d’arriver. Ses amis, de fort méchante humeur, lui reprochent encore une fois d’avoir ignoré leurs appels lancés vers elle la veille, à la même heure. Ils l’ont encore une fois aperçue sur le balcon, tapie derrière une des plantes vertes.

Michèle répète qu’elle ne comprend rien à cette situation et Anaïs peut témoigner qu’elles étaient absentes de l’appartement jusqu’à aujourd’hui. Cela calme soudainement l’assistance et la soirée se termine dans une gaieté relative mais sans que personne ne puisse expliquer ce qui s’est vraiment passé.

Rentrée chez elles, les deux cousines fouillent l’appartement de fond en comble, sans rien trouver d’anormal. Tout est à sa place et il n’y a aucun indice qu’un intrus ait pu s’y introduire à leur insu. Il est impossible d’accéder au balcon par l’extérieur. Les deux jeunes femmes n’ont jusqu’à présent cherché qu’une explication rationnelle. Elles n’en étaient pas encore arrivées à vouloir appliquer la proposition formulée par Arthur Conan Doyle, le créateur, entre autres, du détective Sherlock Holmes:

« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Elles se couchent fort tard ce soir-là. Michèle a du mal à s’endormir, se retournant sans cesse dans son lit.

Elle finit néanmoins par trouver le sommeil mais elle est réveillée au cours de la nuit par elle ne sait quoi: pas une lumière, pas un bruit et encore moins une présence étrangère … Elle reste longtemps allongée, sur le dos, à guetter le moindre bruit dans l’obscurité. Elle ne songe même pas à allumer sa lampe de chevet.

Soudain, elle sent une présence sur sa droite, entre le lit et le mur de sa chambre, un espace assez étroit mais suffisant pour que quelqu’un puisse s’y faufiler. Elle regarde fixement le mur, sans rien voir, quand soudain elle aperçoit ou croit entrevoir une forme humaine, grandeur nature, une jeune femme dont les longs cheveux atteignent la taille et qui semble la regarder, elle, intensément. C’est plus une sensation qu’une certitude … Elles restent ainsi, toutes deux, un long moment.

L’angoisse de Michèle se calme progressivement du fait qu’aucune hostilité ne semble émaner de cette présence qui, Michèle le sait, n’est pas d’ordre physique. Cela dure plusieurs minutes, peut-être plus, mais au bout d’un certain temps, la forme se recule lentement, sans se retourner et, parvenue devant la porte, disparaît soudainement.

Michèle allume sa lampe et se lève d’un bond. Il n’y a plus rien dans la chambre, ni personne, et aucun bruit, sauf celui de sa respiration haletante. Elle ouvre doucement la porte de sa chambre. Celle d’Anaïs est fermée. Michèle ne croit pas devoir la réveiller bien qu’elle sache que ce qu’elle vient de vivre n’est pas du domaine du cauchemar ou du fantasme.

Le lendemain matin, les deux cousines prennent le temps de parler de la nuit autour d’un petit-déjeuner. Elles décident de chercher à connaître l’identité d’au moins l’un des précédents locataires en commençant, pour plus de facilité, par le dernier en date. C’est Anaïs qui s’en charge dans l’après-midi. Elle passe à l’agence immobilière qui leur a trouvé l’appartement. Si besoin est, elle se rendra ensuite au commissariat du XXème arrondissement, qui se trouvait encore à l’époque, à l’arrière du bâtiment de la mairie, place Gambetta.

Toutes deux finissent par penser instinctivement que s’il y a vraiment une présence étrangère dans la maison, il ne peut s’agir que de l’esprit d’une personne décédée de mort violente.

Les deux cousines se donnent rendez-vous en début de soirée dans une brasserie non loin de là. Elles ne veulent pas se retrouver toutes seules à discuter d’une éventuelle revenante. Le soir venu, elles se retrouvent au restaurant, au milieu d’une foule de clients qui les rassure quelque peu.

Anaïs raconte qu’elle s’est bien rendue à l’agence immobilière et qu’à force d’insister, on lui a dit que la locataire précédente était décédée d’une overdose de médicaments, dans l’actuelle chambre de Michèle. L’appartement est entre-temps resté vide près d’une année. Elles gardent toutes deux le silence pendant le repas … Michèle finit par prendre la parole, au moment du café:

A aucun moment je n’ai eu peur. J’ai même eu un court instant l’impression qu’elle cherchait à me rassurer.

Depuis, d’après les dires de Michèle, la jeune femme ne s’est plus jamais manifestée. Ce qui reste, à ce jour, l’élément le plus inexplicable de toute l’histoire.

« Les lieux étranges et maisons hantées à Paris. »   J. Sirgent, Ouest-France, 2013.

Une égratignure au visage …

Publié le Mis à jour le

chats

M. G.D. Boston, demeurant en ce moment à Saint-Louis, se trouvait dans son cabinet de travail, lorsqu’il vit le fantôme de sa soeur unique, morte depuis neuf ans.

C’était au milieu du jour, pendant qu’il écrivait; elle était auprès de lui avec une telle apparence de vie, qu’il crut que c’était réellement sa soeur et l’appela par son nom. M. Boston avait pu scruter chaque détail de son habillement et de sa figure, remarquer particulièrement une ligne ou égratignure d’un rouge brillant, sur le côté droit de la figure.

Cette vision l’avait impressionné à ce point qu’il prit le premier train pour aller chez son père et sa mère et leur dire ce qu’il avait vu. Son père fut tenté de tourner en ridicule sa croyance à quoi que ce soit de surnaturel, mais, en entendant mentionner l’égratignure, la mère faillit s’évanouir, et lui dit les larmes aux yeux : « C’est moi qui, après sa mort, ai fait par maladresse cette égratignure au visage, de ma très chère fille, égratignure que j’avais soigneusement cachée avec de la poudre; n’ayant confié ce détail à âme qui vive, personne ne pouvait le savoir. »

On ne peut attribuer à une simple hallucination la vision du fantôme par le frère de la décédée, précisément à cause de l’égratignure. Ce stigmate n’était connu que de la mère, et une phrase du rapport semble indiquer que l’on ne croyait guère dans la famille à une survie possible, puisque le père raille son fils lorsque celui-ci lui raconte qu’il a vu un fantôme. Il est donc impossible de supposer que la mère soit l’agent qui aurait, après neuf ans, produit involontairement et inconsciemment cette hallucination si réelle, si vivante et si caractéristique.

« Les Apparitions Matérialisées des Vivants et des Morts. » Tome 2 . Gabriel Delanne, 1911 .