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Les toiles

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les-rapaces-greedVoici une petite anecdote susceptible de calmer l’enthousiasme des midinettes qui  désirent faire du cinéma. 

Erich von Stroheim, le metteur en scène américain, fit dernièrement appeler son secrétaire. 

J’ai besoin, lui dit-il, pour une scène de « Greed » (Convoitise), de 3.000 toiles  d’araignée que j’utiliserai, dans un décor. Débrouillez-vous comme vous voulez. Il me les faut pour demain matin, impérativement, tendues à cet endroit

Le secrétaire se débrouilla : le metteur en scène eut ses 3.000 toiles d’araignée, mais, pendant quinze jours, il ne se passa pas un quart d’heure sans qu’un cri de terreur ne vint annoncer qu’une actrice se trouvait eu présence d’un de ces arachnides  réquisitionnés dans un des coins des studios où ils s’étaient réfugiés. 

« Il faut souffrir pour être belle. » déclare un vieux dicton. 

Si ce n’est de certains producteurs, il faut n’avoir peur de rien quand on est  photogénique, pourrions-nous ajouter. 

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L’amour maternel des araignées

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Victor Hugo, que la forme hideuse et repoussante des araignées ne répugnait pas, a dit : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie parce qu’on les hait. »

Combien son affection pour les gobe-mouches, gobés à leur tour souvent par des guêpes, eût été encore plus grande, s’il avait su que ces petits animaux étaient susceptibles d’un amour maternel très puissant.

Un exemple de cet instinct nous est fourni par un savant anglais.

Un morceau de revêtement d’un mur de serre venait, à la suite d’un choc violent, de tomber à terre, et une petite araignée noire femelle, au lieu de fuir avec la rapidité habituelle à ces amies de Pellisson, s’y cramponnait avec des efforts visibles de ses pattes et protégeait deux sacs à œufs.

Avec la curiosité d’un vivisecteur, le savant sépara la petite bête de son trésor et la déposa seule sur une pierre. L’araignée se mit alors à courir dans tous les sens, cherchant ses petits, comme une bête affolée, sans souci du danger et de la présence de l’ennemi. Puis, lorsqu’après quelques instants d’angoisse, les œufs eurent été placés à côté d’elle, l’araignée les reconnut bien vite, après un court examen, et se mit à tisser tout autour une fine toile qui les maintînt bien en place.

Le soir venu, quel ne fut pas l’étonnement de l’expérimentateur, de voir que la mère avait caché son cher bien sous une feuille et s’était logée entre les deux sacs d’œufs pour mieux les protéger.

Cet amour maternel des araignées est donc une qualité de plus à ajouter à celles qu’elles possédaient déjà d’être mélomanes, comme Buffon a déclaré en avoir été le témoin. Au son des instruments, il avait vu des araignées descendre de leurs toiles et rester en extase jusqu’au moment où, la musique s’interrompant, elles regagnaient promptement leur cachette.

« Courrier des communes. »  Paris, 1900.

Robert Bruce et l’araignée au plafond

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Robert Bruce, le héros écossais qui devait affranchir son pays de la domination anglaise et faire souche de rois nationaux, n’arriva pas à ce but sans de grands efforts. 

Ayant provoqué le soulèvement de ses compatriotes contre les troupes d’Edouard 1er d’Angleterre, il avait été vaincu à maintes reprises. Même après avoir été reconnu et couronné roi, l’heure vint où, fugitif, il se demanda s’il ne devait pas renoncer à faire valoir ses droits. Retiré, pendant l’hiver de 1306, dans une île sur la côte d’Irlande, il y vivait tristement. 

Or, un jour qu’étendu sur un misérable grabat il réfléchissait aux vicissitudes de sa destinée, ses regards s’arrêtèrent sur une araignée qui, suspendue à un long fil, s’agitait pour tâcher d’atteindre par ce mouvement une poutre où elle voulait fixer sa toile. Six fois il la vit renouveler sans résultat cette tentative. Cette lutte opiniâtre contre la difficulté rappela au roi sans trône que six fois, lui aussi, avait livré bataille aux Anglais, et qu’autant de fois il avait été vaincu. L’idée lui vint alors de prendre pour oracle en quelque sorte l’exemple de l’arachnide, c’est-à-dire de tenter à nouveau le sort des armes si l’araignée réussissait à fixer son fil, ou de renoncer à ses prétentions et de partir pour la Palestine si sa tentative n’était pas couronnée de succès.

Les yeux fixés sur l’araignée, Robert Bruce suivait avec anxiété ses mouvements. Il la vit enfin, par suite d’un effort plus énergique, atteindre la poutre et y attacher son fil. Encouragé par le succès de cette persévérance, Bruce résolut de reprendre la campagne. Il le fit. Dès ce moment, la victoire lui fut fidèle, et peu après l’Écosse redevenait indépendante. 

Walter Scott, qui a placé cette anecdote dans un de ses romans, la donne comme très authentique, en affirmant d’ailleurs qu’il existe encore une foule d’Écossais portant le nom de Bruce qui pour rien au monde ne voudraient tuer une araignée, en souvenir de l’exemple de persévérance que cette petite bestiole donna au héros qui sauva l’Écosse.

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« Curiosités historiques et littéraires »   Eugène Muller, Delagrave, Paris, 1897.

Les charmeurs d’araignées

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L’araignée est susceptible d’éducation, tout le monde sait cela, ne fût-ce que par l’histoire de Pellisson que nous a léguée l’abbé d’Olivet, son continuateur dans la rédaction de l’Histoire de l’Académie française.

Mais il y a d’autres preuves de l’intelligence de l’araignée, qui la porte à éviter quiconque lui paraît être un ennemi (un ennemi-par trop puissant, car elle est brave autrement, et ne recule pas devant un adversaire de force à peu près comparable à la sienne) et à se rapprocher d’un ami, auquel elle sait manifester sa confiance dans la mesure où il la mérite, de même que son mécontentement quand il ne se conduit pas envers elle avec toute la loyauté qu’elle se croit en droit d’exiger de lui, en retour de sa propre conduite à son égard. Ceci a l’air d’une exagération, mais on verra tout à l’heure que cette intelligence que nous prêtons à l’araignée, elle la possède vraiment, peut-être plus étendue encore que nous n’oserions l’affirmer, faute d’exemples absolument probants.

Pellisson procéda envers son araignée avec une patience de reclus, nécessaire au succès d’ailleurs, quoique il soit possible d’obtenir de curieux résultats déjà à moins de frais; mais, en récompense, il eut la satisfaction de voir la bestiole, au bout de plusieurs mois de patientes tentatives il est vrai, accourir à son premier signal, s’aventurer même jusque sur ses genoux ou sur sa main, fût-il à l’autre extrémité de sa cellule, pour s’emparer de la proie qu’il lui offrait. Lorsqu’elle s’en retournait vers sa retraite, c’était sans hâte, sa confiance en la bonté de l’infortuné prisonnier étant entière; il ne tenait qu’à lui, du reste, de la faire revenir sur ses pas.

Passons à quelques exemples non moins intéressants, quoique l’histoire ne les ait pas encore recueillis. On cite une dame (fait bien extraordinaire, car les dames professent en général une horreur aussi profonde qu’irraisonnée pour les araignées), on cite, dis-je, une dame qui avait si complètement réussi à capter la confiance d’une colonie entière d’araignées, que celles-ci s’empressaient à sa rencontre lorsqu’elle paraissait dans la pièce qui leur était réservée, recevant leur nourriture de sa main.

Ce n’est pas là un fait isolé ; il y en aurait bien d’autres, même personnels, que nous pourrions citer, mais le suivant est caractérisé par des détails plus curieux.

Le Dr Moschken, de Leipzig, rapporte qu’à Oderwitz, où il séjourna pendant un certain temps, il remarqua un jour, dans un coin obscur de son antichambre, une assez grande toile d’araignée, dont la propriétaire, d’apparence vigoureuse et bien nourrie, était installée du matin au soir à l’entrée de son nid, guettant quelques mouches aventureuses ou s’élançant sur cette proie empêtrée dans ses filets. Intéressé par l’habileté qu’elle déployait pour s’emparer de sa victime et rendre toute résistance de sa part impossible, il en vint peu à peu à l’habitude de la pourvoir de mouches plusieurs fois dans le cours de la journée, en les laissant tomber devant l’ouverture de sa retraite des mâchoires d’une petite pince d’entomologiste. D’abord, l’arachnide marqua de la méfiance à ce gibier venu dans sa toile d’une manière si inusitée. Cependant, elle prit confiance avec le temps, et profita de l’aubaine sans s’inquiéter des conséquences; puis, elle vint arracher la mouche offerte des mâchoires de la pince, s’empressant aussitôt de l’emmailloter de fils sécrétés par elle à mesure du besoin. Mais quand la récolte était trop abondante, il lui arrivait d’accomplir un peu négligemment cette dernière besogne, et de voir plusieurs de ses prisonnières s’échapper, ce qui la contrariait fort.

Les péripéties de ce petit drame piquèrent la curiosité du docteur, qui poursuivit l’expérience pendant plusieurs semaines. Mais un jour que l’araignée se montrait plus vorace que de coutume et se précipitait avec ardeur sur chaque mouche qui lui était offerte, il vint à Moschken la tentation de taquiner l’infortunée bestiole, tentation à laquelle il ne chercha même pas à résister; et, en conséquence, aussitôt que l’araignée touchait la mouche, il la reprenait avec sa pince. L’araignée prit fort mal tout d’abord ce procédé indélicat; mais comme, à la fin du compte, l’insecte lui était toujours abandonné, elle faisait taire son indignation, pardonnait au mauvais plaisant et profitait de l’occasion sans scrupule ni arrière-pensée, je suppose.

Cependant, le docteur, qui avait décidément l’humeur contrariante, poussa les choses à l’extrême, et au lieu de livrer à l’araignée, après l’avoir taquinée tout son soûl, la victime promise, il s’avisa de rendre la liberté à celle-ci. Cette fois l’araignée se fâcha sérieusement. Lorsque, le lendemain, son pourvoyeur habituel parut à ses yeux, armé de sa pince au bout de laquelle s’agitait désespérément une malheureuse mouche, elle lui manifesta sa rancune et son mépris en ne bougeant point, quelques agaceries que lui fit le coupable, et en s’enfonçant délibérément, de guerre lasse, dans les sombres profondeurs de sa retraite pour échapper à ses provocations hypocrites. Le surlendemain, la toile était complètement déserte, et ce fut en vain que le Dr Moschken se livra aux perquisitions les plus minutieuses: l’orgueilleuse arachnide, blessée dans son amour-propre, avait déménagé à la cloche de bois.

Sans parler de l’industrie dont elle fait preuve dans la confection de sa toile, la célèbre filandière ne montre-t-elle pas, dans des faits comme ce dernier surtout, une véritable intelligence ? Je ne crois pas qu’on puisse le contester.

  « La Science illustrée. »  Justin d’Hennezis, Paris, 1887.