archéologie

Querelle de savants

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Dans une localité de l’Allier, récemment, un cultivateur qui labourait son champ, mit à jour des poteries et des pierres écrites. Ce paysan fit savoir sa découverte. Un archéologue s’empressa de venir regarder les vieux débris, déchiffra les inscriptions et entreprit des fouilles.

Mais d’autres archéologues, jaloux peut-être de leur confrère, déclarèrent que celui-ci était un fumiste et l’un d’eux (membre de l’Institut, s’il vous plaît) s’est laissé aller jusqu’à écrire des attaque anonymes à l’instar de la fameuse Mlle Laval. Le Ministre est intervenu. Des savants de tous les pays offrent leur arbitrage, l’auteur des fouilles se défend comme un beau diable, bref, pour quelques pierres enfouies dans la terre bourbonnichonne depuis quelques milliers d’années, voilà tout un drame.

Dans son Lys Rouge, Anatole France a spirituellement blagué ces querelles entre savants. Il s’agit de deux membres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres qui s’en veulent à mort pour une histoire semblable à celle qui révolutionne aujourd’hui le Landerneau archéologique. Genus irritabile vatum, dit Horace. La vraie race irritable n’est pas celle des poètes, c’est celle des archéologues, et si la Vénus de Milo manque de bras, c’est peut-être que ceux qui l’ont découverte se sont battus en la sortant de terre.

Or, quand on voit des hommes blanchis par l’âge, couverts de décorations et qui devraient, de par leur expérience scientifique, connaître la futilité des choses de ce monde, se quereller comme des gosses pour de vieux pots cassés, on conçoit qu’il soit si difficile de faire régner la paix chez le commun des mortels.

André Négis. »La Revue limousine. »  Limoges, 1928.

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L’homme qui savait tout

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II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.