Archevêque

Un enfant de huit ans

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Valréas est une petite ville du Comtat Venaissin, qui fait aujourd’hui partie du département de Vaucluse. Le lieutenant général, Louis d’Arut de Grandpré, étant un jour allé faire l’inspection du petit collège de cette ville, fut mécontent de voir que les enfants ne répondaient qu’en patois à ses questions.

Fi donc ! leur dit-il, je vous comprends à peine. Quoi! vous ne savez pas même le français ! Vous êtes une troupe de paresseux. Jamais vous ne ferez rien dans vos classes.

Monsieur, répliqua vivement l’un d’entre eux, nous ne pouvons savoir que ce qu’on nous enseigne. Un jour j’étudierai le français et je le parlerai; mais jamais je n’oublierai mon patois. Car l’esprit consiste à apprendre et non à oublier.

Cet enfant n’avait pas encore atteint sa huitième année, mais devait être un jour le cardinal Maury. Il tint parole, car il aimait, jusque dans ses dernières années, à parler le patois de son pays. Étant archevêque de Paris, quand ses compatriotes venaient lui apporter des nouvelles de Valréas, il s’entretenait familièrement avec eux, assistait à leur repas, remplissait leurs verres de son meilleur vin, causait avec eux des individus qu’il avait connus pendant son enfance, et il était enchanté quand ils lui demandaient dans leur patois naïf de boire à sa santé.

Il était parti d’une condition bien humble, mais il était le premier à rappeler son point de départ. Quand il fut fait cardinal, sa mère n’existait plus. Mais sa première pensée fut pour elle.

Oh ! dit-il les larmes aux yeux, que n’est-elle en ce moment auprès de moi, pour lui jeter la calotte de son Alfred dans son tablier ! 

« La Semaine des enfants. »  Paris, 1866.

L’opéra populaire à Venise

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Les théâtres d’opéra vénitiens furent les premiers théâtres d’opéra réguliers et publics. Tous les théâtres qui avaient été ouverts jusque-là étaient aristocratiques. Ainsi, le grand théâtre Barberini à Rome, qui, malgré ses 3.5oo places, était un théâtre d’invités.

Une anecdote nous montre, pendant une représentation, en 1639, le maître du logis, le cardinal Antonio Barberini, futur archevêque de Reims, chassant à coups de bâton un de ses invités, un jeune homme de bonne mine, pour faire de la place aux gens de marque.

Désormais, à Venise, c’est le peuple qui a son théâtre d’opéra. Il paye : il est maître chez lui. Monteverdi, établi à Venise depuis 1613, avait prévu cette transformation artistique et sociale, et il semblait l’appeler depuis longtemps; car il écrivait déjà en 1607 ces lignes si nouvelles pour son siècle :

« Les hommes de science protestent que le peuple se trompe, et ne saurait juger. Non, le peuple a raison; et s’il contredit l’élite, c’est à l’élite à se taire. »

Francesco Cavalli. « Le Mercure musical. »  Paris, 1906.
Illustration : « Orfeo. » Monteverdi. Capture YouTube.

Une distinction délicate

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Le pape Clément XIV, l’un des plus dignes successeurs du pieux et tolérant Benoît XIV, faisait un jour des observations tout apostoliques à l’archevêque-électeur de Cologne, sur le luxe effréné et l’appareil plus que mondain qu’il déployait dans son archevêché.

Ce prélat, en effet, ne sortait jamais de son palais sans être accompagné d’une suite nombreuse et bruyante de gentilshommes des plus élégants, et escorté d’une compagnie de soldats à cheval.

Très Saint-Père, répondit l’Archevêque, je supplie humblement Votre Sainteté de faire cette distinction : Je suis à la fois Prince de l’Empire et Dignitaire de l’Eglise. Quand je sors de ma résidence pour parcourir les rues de Cologne, c’est en ma qualité de prince que je développe la pompe militaire digne de mon rang. Mais, dans ma cathédrale, c’est le pontife qui officie, et là, je suis seulement entouré de mon chapitre et de mon seul clergé.

A merveille, reprit le pape, avec un doux et fin sourire, mais, dites-moi, mon bien aimé fils, quand le Prince ira au diable, que deviendra l’Archevêque ?

« L’Album photographique universel. »  Bordeaux, 1865.