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Eclipses  de Soleil et d’argent

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Ces dernières années, les fantaisies de la Bourse, palais des voleurs et des banquiers, ont montré aux pauvres épargnants une magnifique éclipse de… leurs économies. 

En juin 1936, on a vu une éclipse de soleil. Phœbus le Soleil s’est caché derrière Phœbé la Lune. Cela se passait- de même » en 1858. Il y avait aussi en ce temps-là des éclipses d’économies.

Ce qui prouve que rien n’a changé sous le Soleil… ni sous la Lune. 

Journal de Limoges, 1937.

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Les incorruptibles

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Il y avait, dans une province russe, un gouverneur qui s’était acquis une redoutable réputation d’intégrité. Il faisait chasser impitoyablement quiconque osait lui offrir de l’argent.

Un jour, le directeur d’une puissante société vint le voir pour solliciter une concession. Malgré qu’on fût en été et qu’aucun nuage n’obscurcît l’horizon, il s’était muni d’un superbe parapluie. A la fin de l’entretien, le gouverneur remarqua le parapluie insolite. 

— Vous avez pris un parapluie par ce beau temps ?
— Excellence, répliqua l’autre, je suis sûr qu’il pleuvra avant ce soir. Voulez-vous parier 100.000 roubles avec moi ?

Le gouverneur tint le pari. Le ciel lui fut propice, il ne plut pas. Si, par la suite, la société obtint sa concession, ce fut bien parce quelle y avait droit.

En Turquie on ne s’embarrassait pas d’aussi futiles subterfuges. Quelqu’un ayant dit à un grand fonctionnaire, en conclusion d’une affaire : 

— Tenez, Excellence, voici 100.000 fr pour vous, et personne ne le saura.
— Doublez la somme et vous pourrez le raconter à tout le monde ! répondit tranquillement l’autre.

« L’Œil de Paris. » 1931.
Peinture de Elihu Vedder.

Pas fou !

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agostino-chigi

Les historiens racontent une assez curieuse anecdote pour donner une idée du faste d’Agostino Chigi.

Au baptême de l’un de ses enfants, il invita Léon X, douze cardinaux et les ambassadeurs étrangers à un splendide repas dans sa villa. On y servit les mets qui passaient alors pour les plus rares et les plus délicats, entre autres « quantité de langues de perroquet apprêtées en cent manières. » C’était sans doute les nids d’hirondelle de ce temps-là. Le service était fait en vaisselle d’or et d’argent magnifique, et d’autant plus précieuse que Raphaël et d’autres maîtres avaient donné les dessins des plats et des vases. 

Pour frapper l’imagination de ses convives, le riche amphitryon, à mesure qu’on desservait, faisait jeter les plats dans le Tibre, qui baignait la salle du festin. La multitude des curieux, qui de l’autre rive voyait tant de trésors lancés dans le fleuve, resta vivement saisie de cette prodigalité et conçut la plus haute idée des richesses du marchand siennois. 

La vérité est qu’Agostino qui connaissait trop bien le prix de l’argent pour le sacrifier ainsi, avait préalablement fait tendre avec beaucoup de précaution au fond de la rivière un filet solide qui recevait et conservait toute la précieuse vaisselle. 

« Figaro : journal non politique. » Paris, 1862.

Ruses innocentes

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Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.

Emprunt

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surprise.

Le marquis de Favières, grand emprunteur et très connu pour ne jamais rendre, alla un jour chez le financier Samuel Bernard et lui dit :

Monsieur, je vais bien vous étonner. Je suis le marquis de Favières, je ne vous connais point, et je viens vous emprunter cinq cents louis.

Monsieur, lui répondit Bernard, je vous étonnerai bien davantage; je vous connais et je vais vous les prêter.

Le « de cujus »

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corbillard

Un de mes amis vient d’hériter d’une façon assez bizarre : un inconnu lui a légué cinq mille francs. Ce n’est pas le Pérou, ce n’est même pas la Banque de France, mais ça lui est venu d’un si drôle d’accident qu’il peut s’estimer particulièrement « verni ».

Un jour qu’il pleuvait à seaux et qu’il avait affaire rue de la Roquette, ne trouvant pas de voiture et loin de tout taxi, il avisa un convoi funèbre en queue de quoi venait un omnibus funéraire. Il y monte, s’assied aux côtés de quatre autres personnes qui se mettent à lui parler du défunt.

D’une rue par l’autre, le voilà au Père-Lachaise. Là, arrêt. Le commissaire des morts vient demander le nom des personnes véhiculées. Il donne son nom, son adresse.

Trois mois après, un notaire lui écrivait de passer le voir. Il y va.

Et l’officier ministériel lui remet cinq mille francs : le de cujus laissait, par testament, pareille somme à toute personne ayant suivi son convoi jusqu’au cimetière.

Jean Bastia. « Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.

Sage précaution

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dentisteUn jour de marché, une brave paysanne arrive chez le dentiste pour se faire arracher une dent.

L’opérateur qui prévoit une extraction douloureuse annonce à sa cliente qu’il va l’endormir.

Celle-ci lui jette regard de méfiance mais répond résignée :

Soit, monsieur.

Puis, on s’asseyant dans le fauteuil de torture elle tire son porte-monnaie.

Le dentiste arrête aimablement le geste : 

Mais, madame, vous paierez après…

C’est pas ça, fait la villageoise. Seulement, avant de m’endormir, je tenions à compter not’argent…