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L’opéra populaire à Venise

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orfeo

Les théâtres d’opéra vénitiens furent les premiers théâtres d’opéra réguliers et publics. Tous les théâtres qui avaient été ouverts jusque-là étaient aristocratiques. Ainsi, le grand théâtre Barberini à Rome, qui, malgré ses 3.5oo places, était un théâtre d’invités.

Une anecdote nous montre, pendant une représentation, en 1639, le maître du logis, le cardinal Antonio Barberini, futur archevêque de Reims, chassant à coups de bâton un de ses invités, un jeune homme de bonne mine, pour faire de la place aux gens de marque.

Désormais, à Venise, c’est le peuple qui a son théâtre d’opéra. Il paye : il est maître chez lui. Monteverdi, établi à Venise depuis 1613, avait prévu cette transformation artistique et sociale, et il semblait l’appeler depuis longtemps; car il écrivait déjà en 1607 ces lignes si nouvelles pour son siècle :

« Les hommes de science protestent que le peuple se trompe, et ne saurait juger. Non, le peuple a raison; et s’il contredit l’élite, c’est à l’élite à se taire. »

Francesco Cavalli. « Le Mercure musical. »  Paris, 1906.
Illustration : « Orfeo. » Monteverdi. Capture YouTube.
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Le dîner

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dînerC’était à un dîner, dans une de nos plus aristocratiques familles, qui a fourni à la République des ministres, des académiciens, des savants. La maîtresse du logis, la duchesse douairière de L.., avait à sa droite Mgr P… l’un des plus illustres membres du clergé français.

Le dîner fut charmant. Mais pourquoi donc, au moment de passer au salon, vit-on la duchesse douairière et l’illustre ecclésiastique donner des signes d’inquiétude et, enfin levés, quitter la salle à manger l’un boitant, l’autre traînant la jambe ?

La chose fut si apparente que la duchesse, qui a son franc-parler, l’expliqua vertement. Elle porte gaillardement ses quatre-vingts ans, mais elle a la goutte au pied droit et, à table, elle a l’habitude de quitter discrètement son soulier et de le remettre prestement au moment de se lever.

Or, Monseigneur avait aussi la goutte, au pied gauche lui, et il avait la même habitude que la douairière. Alors un fâcheux hasard avait voulu que le soulier de la duchesse et celui de Monseigneur se fussent trouvés intervertis, et l’un et l’autre, après avoir vainement cherché leur bien, s’étaient résignés à garder, qui un soulier trop grand, qui une chaussure trop petite.

En achevant son histoire, la duchesse sortit brusquement de dessous son fauteuil ses deux pieds, dont l’un était finement chaussé et dont l’autre traînait un soulier noir, un vrai soulier d’ecclésiastique.

Monseigneur dut s’exécuter à son tour, et l’échange se fit coram populo.

« Lectures pour tous. »  Hachette, Paris, 1920.