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L’éducation d’un prince

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Prince-héritier-Alexandre-de-Serbie

Les princes savent tout et sont parfaits en tout, chacun sait çà. Le jeune roi Alexandre de Serbie, tout jeune qu’il est encore (il n’a  que 15 ans), est déjà arrivé à cet état de perfection idéale et royale. En effet le Journal officiel de Belgrade vient de publier la note ci-après, laquelle ne laisse aucun doute à ce sujet :

S. M. le roi Alexandre a été examiné le 20 juin sur les matières suivantes : religion, géométrie, algèbre, physique, chimie, science des armes, histoire serbe, tactique, histoire universelle, langue latine, langue allemande, langue française, langue anglaise. Sa Majesté a mérité dans toutes les questions la note parfaitement bien.

Étaient présents : MM. les régents du royaume, S. S. le métropolite, M. le président du Conseil, le ministre de la guerre, le président du Conseil d’État, le ministre de l’instruction publique et le gouverneur de Sa Majesté.

Cela ne rappelle-t-il pas le Pancrace du Mariage forcé de Molière, lequel Pancrace  possède « superlative » fables, mythologie et histoire; grammaire, poésie, rhétorique, dialectique et sophistique; mathématiques, arithmétique, optique, onirocritique, physique et métaphysique, etc. ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Duel

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duel.

Je ne connais guère d’anecdote plus crâne que celle qui arriva au père d’Emile de Girardin.

Il entre un jour dans un tir au pistolet. Un gentleman, qu’il ne connaissait pas, y faisait mouche à tout coup. Quelques spectateurs, admirant la précision de ce tir, ne tarissaient pas d’éloges sur l’adresse de ce gentleman.

En effet, dit assez haut M. de Girardin… monsieur tire parfaitement… mais cela ne prouve pas grand-chose ! Dans un duel, quand on a un homme devant soi au lieu d’un morceau de carton, toutes les conditions sont changées, et le plus habile tireur, qui trouerait une pièce de cent sous à vingt-cinq pas, peut très bien manquer un homme à la même distance.

Le tireur, qui avait entendu ces paroles, se retourne alors vers M. de Girardin :

J’estime que vous vous trompez, monsieur, et je crois pouvoir affirmer que si je vous avais devant moi, je ne vous manquerais pas.

Les assistants voulurent s’interposer devant cette provocation, mais M. de Girardin répondit froidement :

Quand vous voudrez !

Tout de suite ! alors !

Soit !

On choisit des témoins et on alla se battre, avec des pistolets de tir, dans les terrains vagues qui avoisinaient alors le Trocadéro.

On laissa le sort décider qui tirerait le premier. Le gentleman fut favorisé. Il tire sur M. de Girardin… et le manque.

Puis, comme M. de Girardin ne faisait pas mine de se servir de son arme, un témoin lui cria :

A vous, monsieur. Tirez donc !

Pourquoi cela ? dit froidement M. de Girardin… Je n’ai aucune raison pour tuer monsieur. J’ai prétendu que le meilleur tireur pouvait manquer un homme à vingt pas… Monsieur a soutenu le contraire… Il doit être convaincu maintenant qu’il avait tort… Je ne puis lui en vouloir pour cela.

Et, s’inclinant devant son adversaire :

— J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur.

Eugène Gugenheim, Paris, 1887.

Jouets ridicules et dangereux

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jeu-enfantsVous avez tous croisé de très jeunes gens et même de tout petits bonshommes qui, brusquement, braquent un browning-joujou dans votre direction, et font mine de vous trucider pour leur plus grande joie.

Cette manie tend à se généraliser, et l’on se demande, non sans inquiétude, comment ces enfants, habitués de bonne heure à ces jeux imbéciles, se comporteront plus tard. Aussi, avons-nous lu avec un certain plaisir le fait divers suivant:

Un adolescent, croyant faire une excellente farce, menaça, l’autre soir, un passant avec son revolver-postiche. Le passant, nullement intimidé et ne voyant pas là une plaisanterie, saisit son pseudo-agresseur par les épaules et vous l’envoya proprement dans le canal Saint-Martin. Il l’en tira, d’ailleurs, quelques instants plus tard. Mais vous pouvez être persuadés que le jeune garçon ne recommencera pas de si tôt.

Et serait-il impossible, en attendant, d’interdire la vente de ces jouets ridicules, plus dangereux qu’ils n’en ont l’air ?

Les Annales politiques et littéraires.  Adolphe Brisson, Paris, 1927.

Les combats singuliers

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chevaliersLa France fut le dernier pays où l’on admit l’usage de l’arbalète. « Avant cela, dit Mézeray, les gens de guerre étaient si francs et si braves qu’ils ne voulaient devoir la victoire qu’à leur lance et à leur épée. Ils abhorraient ces armes traîtresses, avec quoi un coquin se tenant à couvert, peut tuer un vaillant homme de loin et par un trou. »

Cette phrase de l’historien peint fidèlement le caractère chevaleresque de nos ancêtres. Toujours armés, toujours prêts à entrer en lice, les preux d’alors ne comprenaient qu’un genre de combat,le duel corps à corps. Ils y trouvaient une certaine poésie sauvage, un charme barbare qui les passionnait. Que l’on relise, dans La Légende des siècles, cette magnifique épopée du mariage de Roland avec la sœur d’Olivier. On verra les deux paladins aux prises, Durandal contre Closamont. Sous les coups répétés des adversaires, les hauberts se brisent, les casques volent en éclats. L’acier mord le fer. Des filets de sang coulent sur les brassards. Mais l’enivrement de la lutte est tel que les combattants ne s’arrêtent pas.

Le combat les enivre; il leur revient au cœur
Ce je ne sais quel dieu qui veut qu’on soit vainqueur,
Et qui, s’exaspérant aux armures frappées,
Mêle l’éclair des yeux aux lueurs des épées.

Toute l’histoire du moyen âge est pleine d’aventures semblables. Deux troupes ennemies se rencontrent-elles en rase campagne, les chefs, désireux de montrer leur valeur personnelle, se défient seul à seul et se somment d’assurer le camp. Le cartel est toujours accepté. Les hommes d’armes se rangent pour faire place aux champions qui s’élancent l’un sur l’autreBattle of Agincourt au grand galop des coursiers. Une rencontre formidable a lieu. Les combattants disparaissent dans un tourbillon de poussière, et l’on n’entend plus que le cliquetis strident du fer contre le fer. Les secondes semblent des heures, tant l’impatience est grande. Enfin l’un des chevaliers reparaît avec un tronçon de lance. La pointe s’est brisée sur le bouclier de son adversaire.

Vite, il prend la hache suspendue à son côté et le combat recommence plus acharné que jamais. Le coup décisif va être frappé. Les chevaux hennissent et se cabrent. Le second choc est plus terrible encore que le premier. Quel sera le vainqueur ? Qui l’emportera de la hache ou de la lance ? C’est la hache, qui siffle dans l’air, qui brise l’acier du casque et qui s’enfonce dans le crâne de l’ennemi, comme la cognée du bûcheron dans le coeur d’un chêne.

On peut trouver aujourd’hui ces duels barbares et féroces. Le sont-ils moins que nos grandes batailles où l’on se massacre à quatre kilomètres de distance, sans se voir, au jugé ? Plutôt que ces froides opérations stratégiques, qui ressemblent à de sanglantes parties d’échec, nous préférons ces défis insensés, ces cartels chimériques que le roi Edouard d’Angleterre adressait à Philippe de Valois, et François Ier à Charles-Quint. Ces combats primitifs coûtaient la vie à moins de monde et ils avaient pour excuse la passion et l’enivrement du sang qui coule.

Musée universel.  A. Ballue, Paris, 1873.