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Vindication

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j-whistlerMme J. Comyns Carr, dans son livre de Souvenirs, raconte cette anecdote sur le grand peintre James Mac Neil Whistler.

A un moment de sa vie, il vivait dans une pension de famille dont la propriétaire avait un caractère aussi versatile que le sien. Un jour, on l’entendit dire :

— J’en ai assez, assez, assez de faire cuire des poissons pour M. Whistler !

« Jimmy » fut furieux et il prit sa revanche de la façon suivante. Sous sa fenêtre, à l’étage inférieur, il y avait un balcon où souvent on mettait un bocal contenant un poisson rouge que la propriétaire aimait beaucoup. Whistler confectionna une canne à pêche et parvint à pêcher le poisson rouge. Il le fit frire sur le feu de sa chambre, puis l’envoya à la dame avec une note d’une grande politesse où il disait :

Madame, j’ai appris que vous en aviez assez de faire cuire des poissons pour moi; j’ai pris la liberté de faire cuire celui-ci à votre intention.

La dame au poison rouge entra dans une colère noire. Mais Whistler s’amusa au moins huit jours de cette farce de rapin.

« Comoedia. » Paris, 1926.
Illustration : James Mac Neil Whistler (autoportrait).

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Rencontre

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utrillo

Maurice Utrillo déambulait sur la Butte, il rencontre Alphonse Quizet occupé à peindre. 

— Que fais-tu là ? lui demande-t-il.
— Je fais une aquarelle.
— Qu’est-ce que c’est que cela ?
— Un peu d’eau sale que l’on étend sur un papier propre, en utilisant adroitement les blancs de la feuille.
— C’est très intéressant la peinture, dit Utrillo, sans omettre de demander quelques bons autres renseignements complémentaires 

Et le lendemain il vint travailler près de Quizet, et fit son premier tableau sur un almanach des postes.

L’illustre fan

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ingresVoici une anecdote de  « Monsieur Ingres» dont le génie et le caractère irritable furent une source inépuisable pour les chroniqueurs. Elle montre une fois de plus la sincère intégrité et la haute conscience de son enseignement.

Le maître, dont le geste symbolique était « d’atteindre les pieds de Raphaël et les baiser », ne devait pas supporter la moindre contradiction quand on touchait à son dieu. Ingres,  invité, un soir, à dîner chez son collègue de l’Institut, le père de son élève Amaury-Duval, s’y rencontra avec M. Thiers, alors critique d’art redouté.

M. Thiers parla des maîtres italiens avec légèreté. Sur Raphaël, il soutint cette thèse qu’il n’avait fait que des vierges, et que c’était son vrai titre de gloire.

« Que des vierges !… s’écria alors M. Ingres, qui ne put se contenir, que des vierges ! Certes, on sait le respect, le culte que j’ai voué à cet homme divin; on sait si j’admire tout ce qu’il a touché de son pinceau. Mais je donnerais toutes ses vierges, oui, monsieur, toutes, pour un morceau de La Dispute, de L’École d’Athènes, du Parnasse, et Les Loges, monsieur, et La Farnésine ! il faudrait tout citer… »

Le lendemain, Ingres exprima toute son indignation à son élève :

« Voilà les gens qui nous jugent et nous insultent. Sans avoir rien appris, rien vu, impudents et ignorants. S’il plaît un jour à ces messieurs de ramasser de la boue et de nous la jeter à la figure, que nous reste-t-il à faire, à nous qui avons travaillé trente ans, étudié, comparé, qui arrivons devant le public avec une œuvre…»

Alors Ingres, tirant son mouchoir de sa poche, et s’en frottant les deux joues :

« Voilà, mon cher ami, voilà tout ce que nous pouvons faire… nous essuyer ».

M. F. Félix Bouisset, conservateur du Musée Ingres,membre de l’Académie. »Recueil de l’Académie de Montauban. » 1930.
Peinture : Ingres, autoportrait.

Artiste

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modigliani

Dans l’Art Vivant, Maurice de Vlaminck parle de Modigliani, qui fut son ami. « Modigliani était un aristocrate. Son oeuvre entier en est le plus puissant témoignage. Ses toiles sont toutes empreintes d’une grande distinction. La grossièreté, la banalité, la vulgarité en sont exclues ». Et il trace, alors, ce portrait moral : 

J’ai bien connu Modigliani. Je l’ai vu ayant faim, je l’ai vu ivre, je l’ai vu riche de quelque argent, jamais je n’ai vu Modigliani manquer de grandeur ni de générosité. Jamais je n’ai surpris chez lui le moindre sentiment bas. Je l’ai vu irascible, irrité d’être obligé de constater que la puissance de l’argent, qu’il méprisait tant, dominait parfois sa volonté et sa fierté. 

A l’heure actuelle où tout est fardé, maquillé, à cette heure où l’on croit surpasser la vie, où tout est surtaxe, superculasse, surenchère et surréalisme, certains mots perdent leur vrai sens. Je ne sais plus employer les mots Art, Artiste. 

Aujourd’hui, Artiste remplace avantageusement le mot Bourgeois. Il va de la caserne des pompiers au marchand de cocaïne, passe chez la modiste, chez le coiffeur et le quincaillier, fait un tour dans les grands magasins : Art ménager, Art culinaire, Arts décoratifs, Art capillaire, etc., etc. 

Mais supposons un instant que ce mot ne soit plus inverti, reprenne sa couleur, son sens, son sexe… 

Modigliani était un grand artiste.

Concurrence déloyale

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moules-frites

L’art ne nourrit pas toujours son homme, il faut parfois que le commerce y aide un peu. C’est sans doute l’avis d’un brave marchand de tableaux de la place du Tertre.

Désirant profiter de l’affluence du peuple amené par la fête de Montmartre, le marchand de toiles avait eu l’idée de s’installer sur le trottoir et de vendre des sacs de frites.

Peinture à l’huile.

Frites à l’huile. Cornet, 1 franc.

Les deux annonces superposées se regardaient en chiens de faïence, mais les clients n’en avaient cure qui faisaient queue, en proie à une douce attirance. Or, chose curieuse, (trois fois hélas, pauvres rapins !), ce furent les pommes qui se vendirent, mais les navets restèrent pour compte.

En vérité, ne trouvez-vous pas qu’il y a des légumes pires que les gens et dont
les procédés ne devraient pas être tolérés par la nature, fût-elle morte ?

« Comoedia. »Paris, 31 juillet 1922.
Illustration : photo truquée (un chouïa).

 

Peintres modernes

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Auguste-Herbin

C’était en 1913, au vernissage du Salon des Indépendants qui avait lieu sous les baraquements du Cours-la-Reine. C’était la première grande manifestation de la peinture cubiste.

Verhaeren y était venu. Accompagné d’un critique d’art il regardait avec un peu d’effarement, mais aussi avec bienveillance, les œuvres des peintres modernes. Soudain quelqu’un signala la présence du poète Guillaume Apollinaire qui expliquait à une dame l’art orphique.

—  Je voudrais bien voir Apollinaire, sollicita Verhaeren.

La chose était aisée. On le lui montra. Verhaeren pendant un instant considéra le jeune poète, il était fort intéressé par sa vue. L’expression de son visage témoignait d’une réelle sympathie. A ce moment Guillaume Apollinaire déclarait à un groupe de visiteurs sceptiques :

Mais, si vous n’y comprenez rien, tant pis pour vous. Vous comprendrez plus tard. Le cubisme s’affirmera. Pourquoi voulez-vous que la peinture n’évolue pas comme le reste, comme la poésie même ? Tenez, voilà un poète qui passe et qui célèbre dans ses poèmes la beauté des cheminées des usines.

C’est curieux ce qu’il dit là, murmura Verhaeren.

« Comoedia. »  Paris, 1927.
Illustration: Auguste Herbin.

Engastrimysme

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amoureux

Le mot  engastrimysme (ou ventriloquie) exprime une manière de parler dans laquelle la voix paraît sortir de l’estomac ou du ventre, bien que réellement les sons soient articulés dans la bouche et dans le pharynx ou le gosier.

Tout le mécanisme de l’engastrimysme  « consiste, d’après Richerand, dans une expiration lente et graduée (filée en quelque sorte), expiration qui est toujours précédée d’une forte aspiration, au moyen de laquelle le ventriloque introduit dans ses poumons une grande masse d’air, dont il ménage ensuite la sortie. » L’abbé de la Chapelle, qui a composé un ouvrage ex professo sur cette matière, nous apprend qu’un nommé Saint-Gilles, marchand épicier à Saint-Germain-en-Laye, s’était, de son temps, rendu fort célèbre dans l’art engastrimytique. Voici une anecdote curieuse qu’il rapporte au sujet de ce ventriloque fameux :

Un jeune homme marié depuis trois ans vivait dans le meilleur accord avec sa femme, lorsqu’une étrangère vint lui inspirer une passion criminelle. On essaya vainement de ramener ce jeune homme à son devoir. Il s’abandonnait à tous les excès, outrageant à la fois et l’hymen et les bonnes mœurs dans sa nouvelle liaison.

Saint-Gilles se charge de le convertir. Il l’attire dans un lieu solitaire, et là il lui fait entendre ce discours solennel :

« Jeune homme, tu as mis hier une prostituée dans ses meubles. Tes parents sollicitent contre toi une lettre de cachet : si tu ne rentres promptement dans ton devoir, tu périras dans une prison, et après ta mort tu seras livré aux flammes éternelles. »

Le coupable, effrayé, chercha longtemps et inutilement d’où pouvait partir cette voix. Persuadé qu’elle tenait du prodige, il alla se jeter aux pieds de sa femme, et y abjura son erreur.

« Physiologie catholique et philosophique. » Pierre Jean Corneille Debreyne. Paris, 1872.