Arthur Conan Doyle

Fantôme sans domicile

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borley_rectoryFantôme désormais sans château hanté, la Dame Blanche, dont le manoir a brûlé, a-t-elle enfin trouvé la paix de la part de celui qui était, qui est, et qui sera ? 

Au feu ! Au feu !

C’est le gardien du parc qui aperçut le premier les flammes qui jaillissaient avec violence des fenêtres ouvertes de la bibliothèque du fameux château de Borley, (Suffolk). Les arbres séculaires du vieux parc paraissaient devenir rouges au reflet des flammes.

Affolé, le gardien s’empressa d’avertir les pompiers. Quand ceux-ci arrivèrent, le feu  avait déjà gagné la façade et fini par embraser l’édifice tout entier. Ce n’était plus qu’un fanal dont la sinistre silhouette se détachait sur le ciel nocturne. En deux heures, le fameux château fantôme, la maison la plus hantée du monde, a brûlé de fond en comble; il n’en reste plus que des ruines noircies.

Heureusement, on ne compte aucune victime; le maître du château maudit, le capitaine Gregson, qui en occupait seul le rez-de-chaussée, l’a échappé belle; les autres pièces étaient inhabitées, personne n’ayant, depuis de longues années, le courage de demeurer au château maudit.

La dame blanche, star-fantôme

La Dame Blanche, le fantôme le plus célèbre de tous les fantômes du monde, restera désormais sans asile. Elle qui, depuis quatre cents ans, hantait les sombres couloirs et les escaliers tournants du vieux château et apparaissait de temps à autre devant les fenêtres ovales. Insouciant des  générations qui venaient et s’en allaient à leur tour, ce fantôme assidu et persévérant ne semblait nullement tenir compte des changements que le temps avait apportés et que, depuis longtemps, on avait cessé de croire aux revenants.

Se moquant de l’ère de la T. S. F., des avions, la Dame Blanche continuait à se montrer dans le vieux château, apparaissant toujours à la veille de grands événements catastrophiques, tout comme jadis aux époques lointaines plus crédules que la nôtre. Depuis 1900, elle est évidemment devenue un fantôme tout moderne qui s’est même laissé photographier par des délégués de sociétés psychiques anglaises, et qui préoccupait vivement Conan Doyle, grand romancier et leader des spirites, et même l’Université londonienne.

Jadis, une belle nonne…

A en croire les légendes romanesques, le vieux château de Borley aurait été, au temps où Colomb venait de découvrir l’Amérique, le refuge d’un couple amoureux; lasse de la vie austère de son couvent, une religieuse s’y serait adonnée à une passion criminelle avec un amant. Celui-ci ayant été tué par un rival jaloux, la belle religieuse, inconsolable, se serait suicidée.

Relatant ce triste roman d’amour, l’auteur de la vieille chronique du château ne manque pas de verve poétique, et son imagination fertile lui fournit des détails galants et romanesques qui auraient fait envie à Paul de Kock et à Eugène Sue.

On devine la suite de l’histoire : la Dame Blanche serait le spectre de la galante religieuse, une âme sans repos, un revenant d’ailleurs fort inquiet qui, telle une ombre de mauvais augure, serait apparu à travers des siècles, toujours à la veille de sinistres événements. Les habitants du château l’auraient vu avant l’exécution de Thomas Cromwell, de Marie Stuart, d’Anne de Boleyn. Ce sont sans doute là des racontars incontrôlables, dont la responsabilité incombe à l’auteur de la veille chronique, d’ailleurs anonyme.

En effet, si les choses en étaient restées là, la Dame Blanche, pareille aux revenants familiers de nombreuses maisons hantées d’Ecosse, ne serait jamais devenue le fantôme le plus célèbre d’Angleterre. Ce ne sont que ses récentes apparitions, avant et après la guerre, et d’autres manifestations fort troublantes, qui devaient lui valoir une réputation mondiale.

Le lendemain, le Titanic

Le 14 juillet 1912, le maître du château avait invité quelques convives, dont le maire de Borley, pour fêter son anniversaire; réunis dans le  grand salon après le dîner, on se mit à jouer aux carte; vers 11 heures,tout à coup, Mrs Richardson, la châtelaine, s’écria, toute blême : « Regardez ! C’est elle ! »

Le plat de fruits que Mrs Richardson allait offrir à ses hôtes tomba avec grand fracas à terre. En effet, près de la cheminée, on pouvait voir une figure blanche, le visage semblait voilé. Elle se tenait là, immobile. Pétrifiés d’horreur, les hôtes n’osèrent pas bouger. Mr Richardson, plus courageux, se leva et s’approcha de la figure mystérieuse. Celle-ci s’avança d’un pas, puis disparut.

Le lendemain, le Titanic, alors le navire le plus gigantesque du monde, fit naufrage. La catastrophe coûta la vie à 1.400 personnes, dont la plupart étaient de nationalité américaine ou anglaise. 

Deux jours après, à Sarajevo…

Cette curieuse coïncidence fit quelque bruit. Mr Richardson rédigea un rapport sur la mémorable rencontre nocturne et l’envoya aux sociétés psychiques d’Europe et d’Amérique. Puis des années passèrent, le spectre de Borley fut oublié.

La Dame Blanche resta longtemps invisible. Ce n’est que le 26 juin 1914 qu’elle se présenta de nouveau. C’était juste deux jours avant l’assassinat du prince héritier d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand. Cet attentat de Sarajevo devait devenir le premier signal de la guerre mondiale. Cette fois, ses apparitions devaient devenir fréquentes : en outre, la Dame Blanche, jusqu’alors douce et paisible, semblait prendre un caractère violent. Ce n’était plus une fée repentie, c’était une sorcière. Des miroirs furent cassés, de lourds mobiliers déplacés par des forces mystérieuses et, à chaque instant, des courts-circuits dans l’éclairage plongeaient le château dans une obscurité complète. C’en était trop. Mr. Richardson céda, il quitta avec sa femme son château maudit et partit pour Londres. Là, il alerta le célèbre romancier et leader des spirites, Conan Doyle, et deux professeurs de l’Université londonienne.

Deux coups de feu… contre rien

Dans le château, il ne restait que M. Stone, le jardinier; il s’installa dans le petit salon. C’était un ancien soldat; il mettait son revolver sur sa table de nuit avant de se coucher.

La première nuit passa sans incident; la deuxième nuit, un bruit tira soudain M. Stone de son sommeil. Comme s’il était attiré par un bras invisible, un fauteuil près de son lit se déplaça, se souleva, puis retomba lourdement. A la lumière livide de la lune, la figure de la Dame Blanche se dessina dans la niche de la fenêtre.

M. Stone saisit son revolver. A cinq pas de distance, le fantôme devant la fenêtre resta immobile. Un coup retentit. La fenêtre, derrière le fantôme, se brisa, mais la Dame  Blanche ne sembla même pas bouger. M. Stone tira de nouveau. Le fantôme disparut.

Quelques jours plus tard, une commission arriva de Londres. Quatre personnes, dont deux délégués de l’Institut psychique, puis Conan Doyle, accompagné d’un ami. Décidés à découvrir la supercherie, ces doctes messieurs dressèrent toute une batterie d’appareils cinématographiques au rez-de-chaussée du château; devant les portes et les fenêtres des deux salons, ils installèrent un système de sonnettes d’alarme qui devaient signaler infailliblement la présence de quiconque voudrait pénétrer, si clandestinement que ce fût, dans les deux pièces. 

Les professeurs passèrent quatre semaines à leur recherches. « Ayant exclu, assurèrent-ils dans leur rapport, la possibilité de toute supercherie et de toute auto-suggestion, nous fûmes à même d’enregistrer, deux fois, un phénomène étrange : ce fut l’apparition d’une silhouette apparemment humaine, de la taille d’une personne adulte, dont émanait une faible lumière, semblable, à celle d’un corps phosphorescent. Nous avons réussi à en prendre deux photographies. Mais cependant, chaque fois que nous avons essayé de nous approcher de cet être mystérieux, il disparut à l’instant même, comme s’il s’était dissous. Nous soulignons que ces faits extraordinaires, qui ne peuvent absolument pas s’expliquer, sont incontestables ».

Ce n’est pas une obscure chronique médiévale; c’est un rapport daté de juillet 1914, juste à la veille de la guerre mondiale, établi par des hommes de science. Avouez que c’est tout de même troublant !

Pax vobiscum…

Après la grande guerre, la Dame Blanche devint rare. Le château avait changé entre temps plusieurs fois de propriétaire. La paroisse de Borley finit par s’y installer pour quelques années. Enfin, le capitaine Gregson acheta le vieil édifice.

C’est à lui que la Dame Blanche apparut deux jours avant l’incendie qui devait détruire le fameux château. Les flammes dévastèrent la bibliothèque. Parmi les centaines de livres réduits en cendres, les pompiers retrouvèrent le lendemain un volume resté presque intact. C’était l’Apocalypse de saint Jean avec de copieux commentaires. La couverture et quelques pages avaient brûlé, la première page qui avait été épargnée par les flammes commençait par le verset : « Grâce et paix à vous de la part de Celui qui était, qui est et qui sera ».

Est-ce un jeu du hasard ou bien une promesse symbolique faite à la Dame Blanche ?

« Le Petit journal. » Paris, 1939.

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Le fantôme  de Conan Doyle à New York 

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conan-doyleLe fantôme de sir Arthur Conan Doyle a été invité par un juge américain à cesser de parader dans les rues où il gêne la circulation.

A la vérité, cette mise en demeure a été signifiée à Mme Elisabeth O’Hare, une vieille dame qui affirme être le représentant personnel de l’esprit de sir Arthur sur la terre.

Mrs O’Hare, très connue dans les milieux occultistes de New York sous le nom d’Elisabeth la transcriptrice, a dû comparaître devant les tribunaux pour avoir défilé le long de la Cinquième Avenue, porteuse d’une grande bannière par laquelle elle défiait M. Joseph Dunninger de venir discuter avec l’esprit de sir Arthur le problème de la survie.

M. Dunninger avait offert une somme équivalant à 2.000 livres à toute personne qui pourrait lui soumettre une phrase type de dix mots que sir Arthur Conan Doyle lui avait confiée avant de mourir.

Mrs O’Hare a décliné devant ses juges toute responsabilité en ce qui concerne la parade qu’on lui reprochait.

« C’était l’esprit de Conan Doyle,a-t-elle déclaré, je n’avais pas la possibilité d’agir autrement.« 

« L’Intransigeant. » Paris, 8 juin 1937.

Naissance de Sherlock Holmes

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Arthur-Conan-Doyle

Il y a bien longtemps, au printemps 1888, le médecin militaire anglais Arthur Conan Doyle, blessé à la jambe et dans l’obligation de prendre une retraite prématurée, s’installait à son compte.

Mais la clientèle n’affluant pas, il se mit à écrire des romans policiers pour augmenter ses maigres revenus. C’est ainsi que naquit le fameux détective Sherlock Holmes, dont les aventures ont été publiées dans toutes les langues. Conan Doyle n’était pas peu fier de sa réussite. Un jour, parlant à un haut fonctionnaire de Scotland Yard, il lui dit :

Sans ma blessure, je n’aurais jamais écrit et le plus grand détective du siècle n’aurait pas vu le jour. 
— Oh ! répondit l’autre, cela n’aurait pas fait baisser d’une unité la statistique de la  criminalité. Tandis que si moi, je m’étais improvisé médecin…
— Cela n’aurait pas diminué dans des proportions considérables la statistique de la mortalité, coupa Conan Doyle.

Et nos deux Anglais, comprenant l’humour, n’en restèrent pas moins bons amis.

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris/Clermond-Ferrant, 1938.
Illustration : Sir Arthur Conan-Doyle, with his pipe, in around 1912. Photograph: E.O. Hoppe/E.O. Hopp /Corbis.