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Les victimes de l’incident Brizon 

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assemblee_nationaleLes victimes de l’incident Brizon ce sont les huissiers. Ils exercent à la Chambre les tâches les plus ingrates et les plus dangereuses. 

Les dauphins avaient des pages qui étaient condamnés à recevoir les coups destinés aux fesses augustes de leurs petits maîtres. Au Palais-Bourbon, ce sont les huissiers qui jouent ce rôle. Quand un député (le cas est heureusement très rare) lance un verre d’eau sur ses collègues, ils ont mission de s’interposer pour recevoir sur leurs têtes le récipient et son contenu. Lorsque des parlementaires font mine de vouloir s’élancer à la tribune pour boxer l’orateur, les huissiers sont chargés d’une importante fonction stratégique, dont le vénérable M. Eugène Pierre, qui est un type dans le genre du général Joffre, a réglé les moindres détails. 

Ils défendent les abords de la tribune. Respectueusement, bien entendu. Avec toute la déférence qui s’impose à l’égard des membres du Parlement. Leur tâche consiste à former un bloc compact de leurs corps et d’opposer héroïquement le bouclier de leurs poitrines à la ruée des assaillants. S’ils ne réussissent pas à les contenir dans l’hémicycle, ils exécutent, selon les instructions de M. Eugène Pierre, une savante manœuvre de repli qui les amène, à la queue leu-leu sur les marches de la tribune qu’ils doivent de défendre « jusqu’au bout ». 

Mais, lundi, l’ennemi progressa, l’assaut fut irrésistible. Et, glorieuses victimes du devoir, les huissiers furent meurtris et étouffés, mais ne reculèrent pas d’un pouce. 

Il y eut des épées froissées, des chaînes arrachées et des habits effilochés. Les huissiers ont droit à une citation l’ordre du jour du Parlement. Stratège victorieux, M. Eugène Pierre se fera un devoir de la leur faire accorder sous forme de gratification. 

« La Grimace : satirique, politique, littéraire, théâtrale. » Paris, 1916.

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Le salaire à la tâche 

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palais bourbonLe Parlement de la Nouvelle-Galles du Sud vient de présenter un projet qui ne manque peut-être pas de logique et, d’après lequel, les députés seraient rémunérés selon leur travail.

Il y aurait d’abord des jetons de présence, de telle sorte que l’on ne verrait plus, comme dans certains parlements d’Europe, des députés toucher leurs émoluments pour ne même pas se donner la peine, bien souvent, de se rendre à leur poste. En second lieu, on recevrait tant pour un rapport, tant pour un projet de loi. Et, en revanche, il y aurait des amendes pour les manquements au règlement, pour les injures qui seraient tarifées, les coups qui coûteraient particulièrement cher.

N’y a-t-il pas là une excellente idée pour équilibrer le budget ? 

Maurice Gérard. Paris, 1904.

L’amnistie

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Au cours des orageux débats sur l’amnistie, les huissiers de la Chambre, empressés à séparer les députés qui se cognaient, reçurent force horions. Tout de même, le métier, dans ces conditions, leur semble impossible.

Lorsqu’une troisième fois, les députés s’élevèrent les uns contre les autres, les huissiers, comme s’ils s’étaient donné le mot, demeurèrent impassibles, refusant de se mêler à la bagarre.

Et il arriva ceci de stupéfiant. C’est que les députés, n’étant plus séparés par les huissiers, et se trouvant enfin face à face, sentirent leur colère s’apaiser, et desserrèrent leurs poings. Du moment qu’ils étaient obligés de se cogner les uns les autres, ils jugeaient inutile de se battre.

Et ainsi, l’abstention des huissiers mit fin à ce que l’on a appelé la semaine des Jeux Olympiques du Palais Bourbon.

« Cyrano. »  Paris, 1924.