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Les petites farces  de l’Assistance Publique 

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bonneLa femme enceinte a droit à une indemnité journalière de 1 fr. 75 (qui n’a pas été augmentée du fait de la vie chère) et ce pendant les quatre semaines qui précèdent et suivent l’accouchement (Loi du 17 juin 1913). Mais dans cette indemnité on ne tarife qu’à 0 fr. 75 les 11 jours d’hôpital que nécessite la période d’accouchement, ce qui ramène, tout compte fait, l’indemnité à 80 francs environ. 

Pour donner un enfant à son pays ce n’est vraiment pas trop payer. C’est de la maternité au rabais. 

Il y a mieux. Il advint qu’une fille-mère, pour ne pas être renvoyée de la maison où elle travaillait, obtint sous un tout autre motif un congé de six mois, pendant lequel elle vécut à la grâce d’un Dieu dont l’inhospitalité fait parfois concurrence à celle de l’Assistance Publique. 

Délivrée, la jeune maman demande à l’A.P. son indemnité priant l’Administration de ne pas faire d’enquête chez son patron auprès de qui elle avait si difficilement ménagé son retour. L’A.P. accède à son désir, mais, en revanche, lui adresse le « poulet » suivant : 

« Prière d’apporter un certificat de la maison qui vous occupe, prouvant que votre période de repos n’a pas été payée par cette maison« . 

Le bureaucrate humoriste, qui a fait cette petite farce à la pauvre fille doit, en ce moment, se frotter les mains. Nous, nous trouvons cette véridique anecdote infiniment triste. 

Et voilà comment l’Assistance Publique encourage la repopulation en France !

« La Pomme cuite. » Paris, 1919.
Peinture de Léon Delachaux.

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Les « tours » des hospices

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tour-abandon-enfants

La police vient d’arrêter, à Lille, une jeune fille qui, rendue mère par un Allemand, au cours des dures années d’occupation, accoucha clandestinement puis étouffant son enfant, l’enterra dans un jardin.

Ces cas lamentables ont été malheureusement assez fréquents, les femmes victimes de la sauvagerie teutonne ne pouvant se résoudre à garder des enfants d’origine ennemie.  La mère peut, il est vrai, abandonner son nouveau-né à l’Assistance publique, mais la crainte de la publicité empêche souvent la victime d’employer ce moyen légal.

Rien ne paraît, en effet, plus affreux que l’abandon d’un enfant par sa mère et pourtant cet acte, si criminel semble-t-il au prime abord, est souvent excusable. Dans la majorité des abandons, la misère, l’absolue impossibilité d’élever son enfant, pousse la mère à accomplir ce geste lamentable, geste qui, en France et dans presque tous les pays civilisés, est entouré de formalités obligatoires quoique anonymes.

La Havane, à Cuba, a conservé une vieille coutume : celle des « tours » des hospices. Le tour est un cylindre en bois convexe d’un côté et concave de l’autre, tournant sur lui-même avec une grande facilité. La partie convexe du tour fait face à la rue, tandis que l’autre s’ouvre à l’intérieur de l’hospice. La femme qui désire abandonner son enfant, agite une sonnette, sans pour cela être vue de la religieuse, qui, à l’intérieur, reçoit le petit être. Souvent même le poids seul du bébé fait sonner la cloche.

Dr-valdès

Contrairement à tous les anciens usages, la mère cubaine peut venir réclamer son enfant. L’hospice de Cuba fut fondé en 1792 par le gouverneur espagnol Luis de las Casas et reconstruit en 1900 par Léonard Wood, gouverneur général de l’île. Le docteur J.-V. Valdès, directeur actuel de cette maison « au bénéfice des mères » fut lui-même abandonné dans cet asile. C’est donc avec tout son cœur qu’il s’occupe des malheureux petits abandonnés.

La France a possédé des tours. Ce fut Napoléon Ier qui légalisa cette mesure par décret en 1811. Quatre départements, ceux du Doubs, de la Meurthe, de Seine-et-Oise, du Haut et du Bas-Rhin refusèrent d’instituer ce système. Les quatre-vingt un autres départements en possédaient deux cent cinquante neuf. Les abandons se multiplièrent,
des enquêtes apprirent même que certaines mères déposaient leurs enfants dans l’espoir, généralement réalisé, de se les faire remettre ensuite avec le salaire payé aux nourrices.

De 1830 à 1841, deux cent treize tours furent fermés et malgré l’opposition de Chateaubriand qui prétendait que la suppression des tours conduisait aux multiples infanticides, ces derniers tombèrent peu à peu en désuétude pour disparaître complètement. Pourtant, à l’instar de la Havane, l’Irlande possède encore des tours pour l’abandon des enfants.

« Le Miroir. »Paris, 1920.