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Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

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Voyage dans la lune

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Donc, c’est décidé, le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, va envoyer un obus dans la lune. Les résultats de cette entreprise hardie promettent d’être surprenants. Nous allons entrer en communication avec les habitants de la planète la plus voisine de la terre, et nul doute que ce soit à notre grand avantage, comme à celui de nos correspondants.

Ces braves gens, si nous en jugeons par tout ce qu’on nous a raconté à leur sujet, doivent être dans un état de civilisation tout à fait primitif et ils seront bien contents de recevoir nos enseignements. D’autant plus que le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, a l’intention de mettre dans son obus un certain nombre d’échantillons propres à donner aux gens de la lune la plus haute idée de notre avancement intellectuel et moral. A savoir : deux mitrailleuses, une dizaine de fusils, avec toutes les munitions nécessaires. Douze kilos de gaz asphyxiants. Un modèle réduit d’une guillotine, et d’un appareil à électrocuter, un collier de perles. Deux mercantis. Une demi-douzaine de bureaucrates. Un demi-litre d’eau-de-vie. Un exemplaire sur papier japon du traité de Versailles, avec la manière de s’en servir. Il n’y a aucun doute que la lune, au reçu de cet envoi, demande à cor et à cri à faire partie, dans le plus bref délai possible, de la Société des Nations.

La seule difficulté sera d’attacher le grelot, c’est-à-dire d’établir ces communications régulières entre la terre et la lune. Il faut espérer que ce ne sera qu’un jeu. Déjà des signes précurseurs nous indiquent le vif désir que la lune a de correspondre aux bonnes intentions de la terre. Un astronome de Calcutta aurait découvert, dit-on, il y a un mois ou deux, des signes nettement visibles sur la surface de la lune, et qui ne pouvaient s’adresser qu’à nous.

Il a pu déchiffrer trois ou quatre mots, écrits, dans une langue qui paraît se rapprocher de l’ancien araméen, et qui, traduits en français, semblent indiquer de façon précise les sentiments amicaux de la lune à l’égard de la terré, en même temps que l’idée générale qu’elle se fait de nous. Ces caractères, traduits le plus exactement possible, sont une sorte d’appel cordial de la lune à la terre, et l’interprétation la plus plausible en serait à peu près ces mots :

« Bien le bonjour, la grosse Bertha ! » 

Grabriel de Lautrec. « Le Journal amusant. » Paris, 1921.
Illustration : Le voyage dans la Lune © Georges Méliès

Un grand savant

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procureurUn astronome anglais, M. Clives, se battit en duel, et eut le malheur de tuer son adversaire. Il fut traduit devant les juges.

Son avocat, pour le sauver, prétendit qu’il n’avait pas l’usage de toute sa raison. La principale preuve qu’il en donna fut un manuscrit que son client destinait à l’Académie, dans lequel il prouvait l’obscurité du Soleil 

Il devait être fou et le jury acquitta le pauvre homme, qui, peu après, fut couronné comme savant… à cause du même manuscrit.