Athénodore

Maison à vendre

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Athenodorus_-_The_Greek_Stoic_Philosopher_Athenodorus_Rents_a_Haunted_HouseIl y avait à Athènes une fort belle maison, mais abandonnée, parce que personne n’osait y demeurer, à cause d’un spectre qui la nuit y apparaissait. Le philosophe Athénodore étant arrivé dans cette ville, et ayant vu un écriteau, qui marquait que cette maison était à vendre et à vil prix, il l’acheta, et y alla coucher avec ses gens.

Comme il était occupé à lire et à écrire pendant la nuit, il entendit tout d’un coup un bruit épouvantable et formé de chaînes qu’on traînait. Il aperçut en même temps un vieillard hideux, chargé de fer, qui s’approchait de lui. Il continua d’écrire. Le spectre lui fait signe de le suivre; le philosophe sans lui répondre lui dit d’attendre, et se remet à son travail. Le spectre s’approche et fait retentir ses chaînes à ses oreilles. Alors le philosophe, fatigué de son importunité, prend la lumière et le suit. Ils arrivent ensemble dans la cour de la maison, et aussitôt le fantôme disparaît et rentre sous la terre. Athénodore, sans s’effrayer, arrache sur le lieu des feuilles et de l’herbe, pour marquer la place, et retourne se reposer dans la maison.

Le lendemain il fait part de ce qui lui était arrivé. Les magistrats accourent, et font faire une fouille à l’endroit indiqué. On y trouve les os d’un cadavre chargé de chaînes; on les lui enlève, et l’on rend publiquement à ses os les honneurs de la sépulture. Depuis ce temps, la maison retrouva sa  tranquillité, et le philosophe profita du bon marché.

« Spectriana. » 1817.

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Athénodore et le spectre

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On croit assez communément que les histoires de maisons hantées de revenants, qui avaient si largement cours chez nos pères et qui résultaient de la triste condition des âmes dites en peine, ou en état de péché ont leur principe dans les idées religieuses du moyen âge.

*Mais en cela, comme en beaucoup d’autres cas, le moyen âge n’a fait que transformer des idées antiques. L’âme en peine qui, sous l’empire des nouvelles croyances, est censée revenir sur terre pour demander aux vivants les prières qui doivent racheter ses fautes, était chez les anciens l’âme d’une personne dont le corps avait été privé des honneurs funèbres. C’est ce que nous apprend l’aventure suivante, très sérieusement rapportée par Pline le Jeune, dans une de ses lettres.

Il y avait à Athènes une maison fort grande, fort logeable, mais décriée et déserte. Chaque nuit, au milieu du profond silence, s’élevait tout à coup un bruit de chaînes, qui semblait venir de loin et s’approcher. On voyait, disait-on, un spectre, fait comme un vieillard, très maigre, aux cheveux hérissés, portant aux pieds et aux mains des fers, qu’il secouait avec un bruit horrible. De la, des nuits affreuses pour ceux qui habitaient la maison.

Le philosophe Athénodore était venu à Athènes, et, ayant appris tout ce qu’on racontait de la maison abandonnée, il la loua et résolut d’y loger dès le jour même. Le soir venu, il ordonne qu’on lui dresse un lit dans une des salles de la maison, qu’on lui apporte ses tablettes, de la lumière, et qu’on le laisse seul. Craignant que son imagination ne lui créât des fantômes, il applique son esprit, ses yeux et sa main à l’écriture.

Au commencement de la nuit, un profond silence règne dans la maison, comme partout ailleurs; mais bientôt il entend des fers s’entrechoquer; il ne lève pas les yeux et, continuant à écrire, s’efforce de ne pas croire ses oreilles. Mais le bruit augmente, approche à ce point qu’il semble être dans la chambre même. Il regarde, il aperçoit le spectre tel qu’on le lui avait décrit. Ce spectre est debout et l’appelle du doigt. Athénodore lui fait signe d’attendre et se remet au travail. Mais le spectre secoue plus fortement ses chaînes et fait encore signe du doigt. Alors le philosophe se lève, prend la lumière et va vers le spectre. Celui-ci, qui marche comme accablé sous le poids de ses chaînes, emmène le philosophe dans la cour de la maison et tout à coup disparaît. Athénodore ramasse des herbes, des feuilles, pour marquer la place où le spectre a paru s’engloutir.

Le lendemain, il va trouver les magistrats et les prie d’ordonner que l’on fouille a cet endroit. On le fait, et on y trouve des os enlacés dans des chaînes; le temps avait rongé les chairs. Après qu’on eut soigneusement rassemblé ces restes, on les ensevelit publiquement, et depuis que l’on eut rendu au mort les derniers devoirs, il ne troubla plus le repos de cette maison.

« Curiosités historiques et littéraires. » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris,1897.

Le spectre en haillons

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Athénodore-spectreIl existait à Athènes une maison spacieuse et commode, mais de mauvaise réputation et maudite. Dans le silence de la nuit, on entendait un son métallique et, si on tendait l’oreille, on percevait un bruit de chaînes, d’assez loin d’abord, puis de très près.

Bientôt apparaissait un spectre, un vieillard épuisé par la maigreur, en haillons, la barbe longue et les cheveux hérissés; il portait, aux pieds, des entraves et, aux mains, des chaînes qu’il agitait. Aussi les habitants passaient-ils, dans la crainte, des nuits blanches, sinistres et effrayantes. L’insomnie les rendait malades, puis venait la mort, car la crainte allait croissant : en effet, même en plein jour, malgré la disparition du fantôme, les yeux gardaient son souvenir et la peur persistait plus longtemps que les motifs d’avoir peur. La maison fut donc délaissée, condamnée à la solitude, tout entière livrée à ce prodige. On y mit cependant une affiche, au cas où quelqu’un, dans l’ignorance d’un défaut si grave, eût voulu l’acheter ou la louer.

Le philosophe Athénodore vint à Athènes, lut l’annonce et entendit le prix que sa modicité rendait suspect. Il s’informe, apprend toute l’affaire et malgré cela, ou plutôt pour cette raison, loue la maison. A la tombée du jour, il se fait placer un lit dans l’entrée, réclame des tablettes, un stylet, de la lumière; il renvoie tous ses gens à l’intérieur et lui-même concentre son attention, ses yeux, sa main, sur sa rédaction, de crainte que son esprit, livré à lui-même, n’entende des bruits imaginaires et ne se crée d’inutiles frayeurs.

D’abord, comme partout ailleurs, le silence de la nuit; puis des bruits de fer et des mouvements de chaînes. Lui, ne lève pas les yeux, ne dépose pas son stylet, mais renforce sa concentration et en fait un écran contre ce qu’il entend. Alors le bruit s’intensifie, se rapproche : On l’entend déjà sur le seuil, pour ainsi dire, et déjà à l’intérieur. Le philosophe se retourne, regarde et reconnaît l’apparition dont on lui avait parlé. Elle se tenait debout et faisait signe du doigt, comme pour l’appeler; mais Athénodore, de la main, lui signifie d’attendre un peu et se penche à nouveau sur ses tablettes et son stylet. Elle, elle lui faisait résonner ses fers au-dessus de la tête pendant qu’il écrivait. Le philosophe se retourne, voit qu’elle lui fait le même signe qu’auparavant et, sans attendre, il prend la lumière et la suit. Elle marchait d’un pas lent, comme alourdie par les chaînes. Après avoir obliqué vers la cour, tout à coup, elle disparut, abandonnant son compagnon. Laissé seul, celui-ci marque la place d’un tas d’herbes et de feuilles.

Le lendemain, il va trouver les magistrats et leur conseille de faire creuser l’endroit. On découvre, au milieu des chaînes, des os emmêlés que le corps en décomposition par l’action du temps et du sol, avait laissés décharnés et rongés par les liens. Rassemblés, ils sont enterrés aux frais de l’Etat. Après cela, la maison fut débarrassée des Mânes qui avaient reçu une sépulture selon les rites.

Pline le Jeune, Lettres, VII,27.