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Ruses innocentes

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Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.
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La carte

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Deux Anglais étant descendus dans un des principaux hôtels de Cologne, marchandaient d’avance chaque bagatelle, même le prix du couvert à table d’hôte.

Un ami de l’aubergiste, indigné de ce procédé, aujourd’hui si fort en usage chez les voyageurs anglais, lui dit de lui laisser faire le rôle de premier garçon d’auberge; à quoi celui-ci consentit.

Après le repas, les Anglais, qui avaient mangé pour quatre, mais qui n’avaient bu que deux carafes d’eau, demandent leur compte; on le leur présente. En le parcourant, les Anglais voyant que les deux carafes d’eau y sont portées à raison de trente sous l’une, jettent les hauts cris:

Comment ! faut-il payer l’eau de ce pays-ci ?
Sans contredit, répond le prétendu garçon d’auberge, c’est de l’eau de Cologne.

Service compris

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Un seigneur russe dans un moment de vivacité tua un jour, dans une auberge française, le garçon qui le servait à table.

Grande rumeur.

L’aubergiste monte et parle de la justice.

« Eh ! voilà bien du bruit pour une misère ! s’écrie le boyard, mettez votre garçon sur la carte et laissez-moi tranquille. Je vous le payerai. »

 Hilaire Le Gai, Passard, Paris, 1849-1853.

L’auberge rouge de Peyrebeille

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Photo DL/Fabrice HÉBRARD

Dans tout l’imaginaire de l’horreur, l’auberge où l’on assassine tient une place d’honneur. C’est une auberge reculée, perdue, que l’on ne peut éviter si l’on ne veut pas coucher dehors dans la nuit glaciale, et dont les hôtes massacrent , pour les détrousser, les malheureux voyageurs isolés.

Elle a existé ici au début du XIXème siècle dans un sévère décor de montagnes désertiques. Le plus étrange est que ses propriétaires, les époux Martin, ont exercé à loisir pendant plus de vingt-cinq ans leur coupable industrie avant d’être découverts en 1831.

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Ils furent décapités en 1833 dans la cour même de leur auberge après un procès retentissant dont les détails firent frissonner la France entière grâce à une presse à sensation à ses débuts. On ignore le nombre exact de leurs victimes, mais une si longue impunité témoigne de leur ruse et du soin avec lequel ils choisissaient leurs proies.

Fait étrange, la fiction avait précédé la réalité: quelques années avant ce macabre procès, un mélo qui fit courir le Tout-Paris pour applaudir Frédérick Lemaître, l’Auberge des Adrets, développait un thème à peu près analogue !

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La visite des lieux est impressionnante: ses propriétaires actuels ont su restituer une atmosphère très suggestive et, quand les curieux grimpent le sombre escalier où la domestique Rochette, âme damnée des épous Martin, guettait les clients pour les assomer, ils s’y croiraient. On a dit que l’on n’hésitait pas ici à servir les victimes en pot-au-feu aux clients suivants.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest, 2001.