Auguste

Clowns

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Entre deux entrées, au moment où l’on roule les tapis, où l’on ratisse la sciure de la piste, arrive, pour occuper le public, la bande grouillante des Augustes. On les voit venir avec joie et quand ils entrent en trombe, criant, se bousculant, c’est une large bouffée de rire qui nous arrive. 

Mais voici que s’avance vers nous un être étrange, au pantalon trop large, à la veste trop courte et dont le nez proéminent vise le haut des cheveux. Il a une cravate qui ressemble à un papillon phénomène et ses yeux sont remplacés par deux points d’exclamation : c’est l’Auguste de la troupe, l’homme maladroit par excellence, celui qui renverse la corbeille d’œufs frais sur la tête blonde de l’écuyère, tombe malencontreusement dans le bassin des phoques et sort de piste, traîné à vive allure par un cheval, à la queue duquel  il se cramponne désespérément ! 

Quelle impression bizarre, on ressent à s’entretenir sérieusement avec ces personnages aux visages enluminés, déformés par le maquillage. Leur accoutrement est drôle quand on les voit au cours de leur numéro, avec leur visage animé, leurs gestes désordonnés, mais là parlant tranquillement du temps qu’il fait, des petites préoccupations de chaque jour, c’est assez déconcertant. 

— Mon meilleur public ? Celui du jeudi en matinée : les enfants. Chacun de leur éclat de rire, spontané, sincère est, pour moi, une récompense, un encouragement. Car, le croiriez-vous ? la maladresse est un art véritable : vous ne pouvez vous faire une idée de  ce qu’un mouvement, une chute, un faux pas sont difficiles à rendre comiques et  naturels à la fois. 

— Peut-être, profitez-vous de vos heures de loisir pour apprendre à jouer d’un instrument de musique. 

— Oh ! j’ai bien assez de mon métier, me rétorque-t-il, cela me suffit grandement. J’ai d’ailleurs trop peu de temps pour cela : à part, quelques après-midi par semaine, pour souffler un peu et, l’été, aller à la campagne. 

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Le roi de Pologne invite

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Déjà nos émules sur le champ de bataille, les Polonais, surnommés, à juste titre, les Français du Nord, ne déploient pas moins d’entrainement et de grandeur que nous pour tout ce qui concerne la table. L’abondance des mets, la richesse du service, le nombre des domestiques, tout mérite des éloges, et, sous ce rapport encore, les bords de la Vistule ne le cèdent en rien aux rives de la Seine. 

A chaque fête religieuse, à chaque événement national, le pays entier témoigne sa joie par des démonstrations où l’immense le dispute à l’original. Une solennité gastronomique dont les annales polonaises ont gardé, entre autres, le souvenir, est celle qui vint couronner, en 1732, les exercices du camp formé sous Auguste II, entre Varsovie et Wilanów. 

Après quinze jours de marches, contre-marches, attaques et défenses simulées, le roi invita à un grand banquet les chefs des divers corps et donna des ordres afin que les soldats participassent au festin. En conséquence, on pétrit pour eux un gâteau que l’on peut bien appeler gâteau-monstre, vu l’énormité de ses proportions. Rien qu’en farine, soixante-quinze korzecs de Pologne, ou approchant cinq tonnes de France, furent employés à sa confection. Qu’on ajoute à cela quatre mille huit cents œufs, un tonneau de lait, un tonneau de beurre et un tonneau de levain, et on aura une idée de cette pièce de pâtisserie en forme d’architecture, de trente pieds de long sur quinze de large. Il fallut construire un four tout exprès pour sa cuisson. 

Une fois cuit et parsemé d’une innombrable quantité de fleurs, ce monument en pâte fut posé sur un char traîné par huit chevaux. Leurs harnais étaient garnis de craquelins (sorte de croquet ). Des grenadiers précédaient le char triomphal, dont la marche à travers le camp s’opéra aux sons de la musique royale. L’auteur du gâteau, le maître pâtissier, marchait le premier de tout en tête du cortège, portant avec orgueil un couteau de sept pieds de longueur. Seize aides-pâtissiers complétaient l’ensemble de cette scène comique, et agitaient dans l’air des banderoles aux couleurs diverses et éclatantes. 

On voyait venir ensuite des voitures remplies de pièces de viande et de boissons de toute espèce, ayant pour conducteur principal un homme couronné de pampres et représentant Bacchus. Le dieu de la vendange tenait à la main une vaste coupe dorée. Huit noirs l’entouraient et lui formaient une garde d’honneur. 

La promenade terminée, le cortège burlesque s’arrêta devant le monarque, et, a un signal d’Auguste, le maître pâtissier et ses adjoints grimpèrent, à l’aide d’une échelle,  au sommet du gâteau, qu’ils commencèrent à découper. La première part fut offerte, comme de juste, au roi. Les suivantes aux personnes de la cour. La cuisson en était à point et le goût délicieux. Bacchus présenta ensuite à Auguste une coupe remplie de vin, après quoi, l’armée livra un assaut général au gâteau-monstre, qui disparut bientôt sous les vives attaques dont il fut l’objet.

Sa défaite fut célébrée par de nombreuses et interminables rasades, qui donnèrent naissance, si l’on en croit la chronique, à la célèbre comparaison : « Etre… gai comme un Polonais !« 

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire. »  Paris, 1840.

L’impôt sur les célibataires

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Gustave Caillebotte
Gustave Caillebotte

On reparle de l’impôt sur le célibat.

Nous pouvons espérer que la République actuelle n’entendra pas ce problème de sociologie aussi cruellement que les Républiques de l’antiquité.

A Sparte, disait dernièrement la France, les femmes pouvaient se saisir des célibataires, les traîner nus dans le temple d’Hercule et leur infliger une correction sévère. Platon les condamnait à une amende.

A Rome, les lois leur imposaient le paiement d’une certaine somme. Quelquefois on faisait mieux : après le siège de Véies, Camille forçait les célibataires à épouser les veuves des citoyens morts en défendant la patrie.

Auguste, sans aller jusque-là, promulgua des lois ordonnant de préférer, pour tous les emplois, les gens mariés à ceux qui ne l’étaient pas. Le citoyen romain qui avait trois enfants était exempt de toute charge personnelle. Les célibataires payaient pour eux. Les gens non mariés ne pouvaient pas hériter des étrangers.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.