avenue Henri-Martin

Une autre étoile

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victor_hugoVictor Hugo qui croyait au spiritisme croyait aussi à la migration des âmes. Le grand styliste Léon Cladel, le père du sculpteur renommé Marius Cladel a raconté cette anecdote. 

C’était en 1882, quelque temps après la mort de Madame Drouet, la favorite du poète pendant plus de 50 ans. 

Victor Hugo, après dîner se promenait dans son jardin de l’avenue Henri Martin (aujourd’hui, avenue Victor Hugo) et montrant à l’auteur de Le Bouscassié une étoile qui scintillait, lui dit :

— Quand je mourrai, mon âme ira rejoindre celle de Madame Drouet qui est là dans cette étoile. juliette_drouetLéon Cladel qui était un peu paysan du Danube lui dit :

 Et Mme Victor Hugo ? 

Le grand poète parut un peu embarrassé puis répondit :

 Oh, Madame Victor Hugo, je la retrouverai aussi, mais son âme est dans une autre étoile, dans celle là, tenez. 

« Le Madécasse. » Tananarive, 1934.

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Une statue en hiver

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statue-lamartine

Monsieur le rédacteur,

Je passais hier avenue Henri-Martin, dans ce quartier superbe, rempli de palais magnifiques, vaste temple élevé à l’opulence exotique, et j’ai été témoin d’un incident bien étrange. Le voici dans toute sa simplicité :

Comme chacun sait, on a élevé, il y a quelques années, une statue à Lamartine, dans un bout de jardin où les arbres semblent pousser comme à regret. Triste décor pour ce chétif hommage à ce qui fut l’honneur et la poésie mêmes !

Dans ce jardin, blanc de neige, des enfants jouaient et à quoi ?… Ils bombardaient, les petits, sans savoir, pour rire. « le bonhomme en bronze » qui semblait grelotter sous sa mince redingote, recevant sans sourciller ces boulettes de neige qui lui maculaient le visage, et gardant tout de même, sous l’outrage subi, ce grand air dédaigneux que lui a donné l’artiste !

Cependant est-ce un rêve ? un rayon de soleil passa, auréolant cette tête d’un nimbe doré, et tout aussitôt l’àme de bronze s’attendrit, et j’ai vu ! j’ai vu ! vous dis-je, de mes yeux vu ! de grosses larmes couler de ses yeux !

Et c’était, je vous assure, une immense pitié qui m’a étreint la poitrine ! Avoir été si grand ! Avoir été, ne fût-ce qu’un instant, l’âme même de la Patrie ! et servir de cible à ces enfants ! Mon Dieu ! que cette après-midi d’hiver était donc triste !

Gustave B…

Hélas oui, l’oubli vient vite à cette époque et « cet âge est sans pitié. »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.