aveugle

Colin-Maillard

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Colin-Maillard-jeu

Les Normands introduisirent ce jeu en France; il remonte donc à une certaine antiquité. Le nom de Colin Maillard est celui d’un brave guerrier de Liège, dont les exploits sont célèbres dans les chroniques du Moyen Âge.

Ce guerrier s’appelait véritablement Jean Colin, et il reçut le surnom de Maillard, à cause de la massue dont il se servait dans la bataille. Dans une rencontre avec le comte de Louvain, Colin Maillard, au premier choc, perdit les deux yeux. Cependant, en dépit de sa blessure, il se fit conduire par son écuyer au plus fort de la bataille, et il joua tant et si bien de sa terrible massue, que la victoire resta à son parti.

Lorsque le fait fut connu du roi Robert, Colin Maillard fut comblé d’honneurs et on le représenta sur tous les théâtres de l’époque. De la scène, Colin Maillard est descendu dans la légende, et nos enfants jouent en souvenir du héros aveugle.

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927.
Illustration : Fernand  Fernel, 1913.

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La beauté de Marie

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devot.

Du livre intitulé Miraculis Mariae, soixante-dix-huitième exemple :

Un clerc très dévot à la Sainte Vierge sollicita ardemment la grâce de voir un moment sa beauté. Un ange, envoyé par la Vierge, vint lui annoncer que la maîtresse des anges et des hommes est prête à exaucer ses souhaits.

« Mais, sache, ajoute-t-il, que tu ne verras plus rien après l’avoir contemplée, tu seras aveugle. »

Après avoir entendu l’ange, le clerc inquiet se dit :

« Que feras-tu après avoir perdu tes yeux ? Tu ne pourras plus gagner ton pain en écrivant, et tu seras réduit à la misère, a la mendicité ! »

Puis, ayant réfléchi un moment, il reprit :

« Quand la bienheureuse Vierge viendra, j’ouvrirai un seul oeil pour la voir, et je fermerai l’autre, afin de n’en perdre qu’un, car un seul me suffira. »

Le rusé clerc fit comme il l’avait résolu. Il tint fortement sa main sur l’oeil qu’il voulait garder ; mais il trouva la Vierge si belle, qu’il regretta amèrement plus tard de ne pas l’avoir regardée de ses deux yeux. 

Si le coeur vous en dit, mes chers frères, vous pouvez en risquer un aussi ; pour moi, je préfère me rincer l’oeil d’une autre façon !…

« Almanach de La Calotte. »  Paris, 1912.

L’aveugle et le paralytique

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Aidons-nous mutuellement,

La charge des malheurs en sera plus légère :

Le bien que l’on fait à son frère

Pour le mal que l’on souffre est un soulagement.

Confucius l’a dit ; suivons tous sa doctrine :

Pour la persuader aux peuples de la Chine,

Il leur contait le trait suivant :

aveugle-paralytique*Dans une ville de l’Asie

Il existait deux malheureux,

L’un perclus, l’autre aveugle, et pauvres tous les deux.

Ils demandaient au Ciel de terminer leur vie ;

Mais leurs cris étaient superflus,

Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,

Couché sur un grabat dans la place publique,

Souffrait sans être plaint ; il en souffrait bien plus.

L’aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Était sans guide, sans soutien,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l’aimer et pour le conduire.

Un certain jour il arriva

Que l’aveugle à tâtons, au détour d’une rue,

Près du malade se trouva ;

Il entendit ses cris, son âme en fut émue.

Il n’est tels que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

J’ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :

Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.

Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas,

Vous-même vous n’y voyez pas :

A quoi nous servirait d’unir notre misère ?

A quoi ! répond l’aveugle, écoutez : à nous deux

Nous possédons le bien à chacun nécessaire ;

J’ai des jambes, et vous des yeux.

Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide ;

Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ;

Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.

Ainsi, sans que jamais notre amitié décide

Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.

*

Les fables de Jean-Pierre Claris de Florian. 1899.
Illustration: A. Vimar.

Finesse des sens

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Rémi Dutel
Rémi Dutel

Dans ses Souvenirs d’une aveugle-née, M. Dufau cite des faits nombreux qui montrent à quel degré de finesse l’éducation peut porter les sens. Voici à cet égard quelques détails racontés par la malade elle-même:

« Pour éviter, autant que possible, de porter les mains en avant, je calculais, par la résistance de l’air compris entre un objet quelconque et moi, l’intervalle qui m’en séparait. Je passais près d’un arbre négligemment sans le toucher. L’air en effleurant mon visage, et surtout mon front, le bruit le plus léger, en frappant mon oreille, m’apportaient des révélations certaines. Ce qu’on disait des prodiges de l’ouïe chez les peuples sauvages, excitait mon émulation.

Souvent par une belle soirée d’été, dans un silence qui semblait général et profond, assise avec quelques personnes du château sur une terrasse d’où l’on découvrait, disait-on, les Pyrénées à vingt lieues de distance, j’étudiais de vagues impressions qui n’étaient que pour moi seule. Bientôt, devenue plus attentive au bruissement confus de mille mouvements divers, j’y démêlais des sons distincts, que ne pouvaient saisir ceux qui m’entouraient: tantôt c’était un sourd grondement que j’entendais retentir à une distance infinie dans les montagnes et que vérifiait un orage éclatant dans la nuit avec fracas dans la vallée; tantôt m’arrivait tout à coup le pas cadencé d’un cheval frappant au loin, bien loin, le sol; je le disais et l’on souriait; mais quelques heures après, un cavalier, en réclamant l’hospitalité du château, justifiait la fidélité d’un sens exercé. » 

« L’Ami des sciences. »  Victor Meunier, Paris, 1855.