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Le clown Footit chez les aviateurs 

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George Footit, près de
sa loge, photographié par trois aviateurs

De tous les artistes qui se rendent sur le front pour les distraire, nos soldats préfèrent ceux qui les font rire. Personne peut- être ne sait les faire rire comme Footit, parce que sa fantaisie de clown, de personnage inhumain, s’étend sans limites, et personne ne les émeut peut-être davantage parce qu’il évoque leur enfance.

Tous ne sont pas des Parisiens, tous n’ont pas connu Footit, mais bien rares sont ceux qui n’ont pas admiré autrefois, dans le plus petit bourg de France, le pitre magnifique d’un cirque ambulant dont leur imagination d’enfant rendait la parade féerique. 

footitFootit obtient au front un succès considérable, et ce succès lui est cher, car il a deux fils soldats. Ces jours derniers, il alla rendre visite aux aviateurs. Les aviateurs, qui sont un peu des acrobates, le reçurent à bras ouverts et Footit se sentit comme en famille. Il s’amusa autant en voyant rire les spectateurs que les spectateurs se divertirent de ses pitreries. 

« Excelsior. » Paris, 1917.

L’avion fleuri 

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avion-gavrocheUn de nos aviateurs, étant parti en reconnaissance, rencontra dans les airs un aviateur allemand. A la guerre, on a des surprises comme celle-là. 

L’Allemand met sa mitrailleuse en action. Le Français lui tient tête, et le met en fuite.  Mais son stabilisateur est percé de mille trous. 

Il rentre donc au hangar pour, faire panser le stabilisateur malade. Rien n’est plus  simple. Il suffit de coller de la toile blanche sur les trous et on ne voit plus de trous, et le stabilisateur est guéri. 

Par malheur, ce jour-là, il ne restait plus de toile blanche. Il n’y avait que de la forte toile rouge. Le mécanicien remplaça donc les trous par de petites rondelles rouges. Et puis, il cligna de l’œil. Ce n’était pas laid, mais ça pourrait être encore plus joli. 

Autour des rondelles rouges il peignit un cercle bleu, et, autour du cercle bleu, de larges pétales blancs. Ainsi les blessures de l’avion furent remplacées par un semis de pâquerettes tricolores.

Souhaitons que ce bouquet porte bonheur à l’aviateur, un peu, beaucoup, passionnément. 

Paris, 1917.

Grève d’un nouveau genre

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C’est un signe des temps, un curieux « tournant » d’histoire moderne, qu’il faut enregistrer pour la postérité: les pilotes d’une Compagnie d’aviation hollandaise se sont mis en grève la semaine dernière à propos d’une question de salaires. Le fait est nouveau et sans précédent, mais vous le voyez il y a commencement à tout !

Après avoir ramené leurs « zincs » aux aéroports d’Amsterdam et de Rotterdam, les aviateurs-grévistes ont abandonné le travail, refusant de repartir tant, que leurs revendications ne seraient pas écoutées favorablement. Voici comment a éclaté ce singulier conflit :

L’aviateur Van Dyck a été chargé par sa Compagnie d’assurer le 25 septembre prochain le service aérien d’Amsterdam à Batavia, petite balade de 14.000 kilomètres qui fut réalisée pour la première fois par le lieutenant Koppen et le pilote Fryns, du 1er au 10 octobre 1927.

Or Van Dyck, estimant ses appointements insuffisants, a déclaré qu’il ne marchait pas, et au lieu de l’augmenter, on lui a résilié son contrat. Tous ses camarades, mécontents, se sont aussitôt solidarisés avec lui. C’est un rude métier que le leur : il veulent être payés davantage, et, pour l’obtenir, ils n’ont pas hésité a proclamer la grève au manche à balai.

Les patrons furent terriblement embêtés, car s’il est possible de trouver, en temps de grève, des maçons ou des plâtriers disposés à travailler, il est beaucoup plus difficile de se procurer à volonté des as capables de conduire un aérobus jusqu’à Batavia… Heureusement qu’a été inventé l’avion sans pilote, et il fut question d’utiliser quelques-uns de ces étonnants « gyropilotes automatiques ».

Ainsi l’automate substitué a l’homme, semble appelé à bouleverser, dans un avenir peu éloigné, toutes les vieilles conditions de la vie sociale.

« Hebdomadaire de Paris. » Paris, 1930.

Aventures de fauves

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Un avion américain appartenant à une firme cinématographique transportait un lion vivant quand survint la fâcheuse panne. L’aviateur, qui survolait une forêt, dut descendre avec son colis et se poser sur un arbre de dimensions heureusement (du moins, nos bons Américains le racontent ainsi !) respectables.

Il resta deux jours dans cette position critique avec la peur que le lion ne rompît les parois de sa cage. Il chantait pour essayer de le charmer, en se rappelant l’histoire d’Orphée. In petto il déchantait fort. Enfin, il fut sauvé. Mais l’alerte avait été chaude. Le lion n’avait eu aucun mal.

Mais voici mieux. Le Saint-Etienne, paquebot français, transportait en Angleterre un chargement de fauves destinés à des jardins zoologiques de Londres et de Manchester quand une chaudière éclata. Le navire commençait à sombrer et le capitaine avait ordonné de mettre les embarcations de sauvetage à la mer quand survinrent sur le pont des tigres et des gorilles, prétendant sans doute être aussi sauvés.

Du coup, les hommes de l’équipage, épouvantés, se réfugièrent dans la cale, déjà remplie d’eau. Les animaux les suivirent. Les matelots durent alors se défendre à coups de hache et de revolver.

Le navire Duke of Westminster passa alors.

Nous n’en savons pas davantage pour l’heure, la dépêche de Hambourg, relatant le fait, n’en disant pas plus.

Quel romancier d’aventure eût imaginé pareil drame ? Cela dépasse les concepts les plus fantastiques, les cauchemars les plus inouïs.

« Comoedia. » Paris, 1927.

Illustration : Deux petits lions arrivant à Croydon et destinés au Zoo de Londres : [photographie de presse] / Planet