avion

On a pu croire que…

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saint-exuperyOn a pu croire que l’avion rétrécissait le monde, on a pu croire avec Morand, que la planète parcourue à grandes enjambées ne constituait plus pour le voyageur qu’une prison mélancolique. Celui qui cherche à s’évader traîne, semble-t-il, son ennui de l’Occident à l’Orient « désert ». Il fait les cent pas dans sa cage.

L’avion qui vous enferme dans le ciel, hors de l’espace, pour une promenade sans durée, l’avion qui vous escamote à Marseille et vous ressuscite à Saïgon, l’avion qui vous dépose sans transition au cœur d’un continent qui a tourmenté toute votre enfance, lorsque vous vous penchiez sur les belles cartes en couleur, l’avion pourtant, loin de vous faire subir cette impression de hâte stérile, de halètement et d’usure, vous rend à la méditation et au loisir.

La voiture rapide abat à la minute des kilomètres de peupliers. Le chemin de fer gronde sur les ponts et s’engouffre dans les tunnels. Mais l’avion, doucement, avec mesure, vient à bout du lent voyage. Cette plaine dorée passera insensiblement, comme le clocher toujours en vue, à l’âge de la diligence. En fallait-il des coups de fouet, des cahots, des jurons, avant que l’horizon ne l’ait enseveli, ne l’ait de nouveau enfermé dans sa grande provision de paysages !…

L’avion va de pelouse en pelouse. A chaque escale on prend son temps, on s’étire, on flâne. Un voyage en avion ressemble à une partie de golf.

Ce voyage, il est vrai, n’a plus de durée, mais s’évade-t-on moins profondément s’il faut moins de temps pour s’expatrier ? Est-ce le temps perdu à besogner contre l’espace, qui favorise la délivrance que l’on poursuit dans le voyage ? Je ne le crois pas. Qu’il ait gaspillé une minute ou une année pour enfin se trouver mêlé, en Chine, à une foule inconnue, le voyageur n’y est pas moins saisi par des odeurs, des coloris et des coutumes qui le renouvellent lui-même.

Nous avons tous été bercés par des contes de fées. Le pauvre bûcheron retournait le chaton de sa bague, et, aussitôt, il se réveillait prince, dans un palais de marbre bleu.

N’avait-il pas fait, en une seconde, un grand voyage ?

Antoine de Saint-Exupéry.

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Les joies du retour 

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bloch-131.

Les histoires authentiques ne sont pas les meilleures. Celle-ci , pourtant, pour être vraie, n’en est pas moins savoureuse. Son seul défaut est de dater un peu, puisqu’elle remonte à l’avant guerre, celle de 1939. 

Un jour des Bloch 131, flambants neufs, furent remis à un groupe de reconnaissance basé à Bron. Le désir légitime de les étrenner décida les équipages à une sortie en vol de groupe sur Reims. Le voyage fut impeccable. A l’arrivée, le leader battit des ailes et ses ailiers se disloquèrent en renversement. L’atterrissage fut magnifique. Mais, sur le terrain, on renoua avec de vieilles connaissances, les chasseurs de la 5ème escadre. Et l’épanchement des sentiments les poussa tous vers le bar d’Escadrille.

Ce fut la tournée des grands ducs, tant et si bien qu’à l’heure du départ nos aviateurs étaient déjà un peu « partis », le leader en tête, c’est le cas de le dire. Celui-ci décolla à l’américaine et faillit se faire emboutir par son ailier gauche qui, plus raisonnable, préféra ensuite se tenir à respectable distance, au grand étonnement du chef de patrouille qui n’y comprenait goutte. 

A l’atterrissage à Bron, après un passage en rase-mottes à faire frémir toutes les branches des arbres, le leader prit sa piste et amorça sa descente. Mais le sol semblait se dérober étrangement aux roues de l’appareil. Le pilote, inquiet, rendit encore un peu la main…. Bruits de ferraille… de casserole… tintamarre du diable. Le train n’avait pas été sorti. Le chef de bord, qui était dans le « cigare » préposé à la garde de la « cave » ramenée de Reims, fit irruption dans le cockpit. Le pilote, l’air navré, complètement dessaoulé, ne cessait de répéter, les larmes aux yeux : 

— Plus d’alcool, plus d ‘alcool… De l’eau minérale… de l’eau minérale. 

Nous avions plus tard rencontré ce « casseur de bois »… Il n’a pas tenu sa promesse !

« Décollage. » Paris, 1946.

Bénédiction aérienne

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Déjà deux fiancés anglais avaient utilisé un avion pour aller à l’église et faire leur voyage de noces au-dessus de l’Ecosse, mais le lieutenant américain George Burgess est certainement le premier qui se soit marié en aéroplane. Les deux jeunes fiancés et un pilote montèrent en avion.

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Le chapelain Alexandre Wonter, qui les suivait dans un autre aéroplane muni d’un appareil de téléphonie sans fil, leur posa les questions d’usage, et la cérémonie religieuse, la première du genre, s’accomplit suivant les rites ordinaires.

« Le Miroir . » Paris, 1919.

Un voyage de noces en 19…

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dirigeable-enfants

Les progrès constants de l’aviation nous laissent espérer qu’il n’est pas loin le temps où nous verrons l’atmosphère sillonné d’appareils de toutes sortes, de toutes formes, ballons sphériques ou d’énormes cigares, hélicoptères, aéroplanes, oiseaux monstrueux.

Des gares aériennes serviront de point de départ ou d’arrivée. On circulera dans l’espace en aéro-omnibus, en aéro-cabs, et les mansardes deviendront désormais les boutiques et les magasins que visiteront nos élégantes. 

Quoi d’étonnant, dans ces conditions, que deux mariés songent à faire leur voyage de noces en ballon dirigeable ? Ils ont pris place dans la nacelle de leur aérostat et, sans secours, les voilà partis dans les airs… Que les parents se rassurent, la télégraphie sans fil les tiendra au courant des étapes de leurs enfants. De même que les chemins de fer, les lettres sont devenues vieux jeu, on ne correspond plus que par marconigrammes et par téléphonie sans fil.

Voilà ce que nous verrons bientôt sûrement. Quel est l’appareil qui arrivera bon premier ? Sera-ce le ballon dirigeable avec sa nacelle longue et compliquée, et son énorme enveloppe gonflée de gaz plus léger que l’air ? Sera-ce le plus lourd que l’air que M. Santos Dumont préconise et qu’il semble avoir réalisé ? Sera-ce l’hélicoptère ou l’aéroplane, ou encore l’oiseau gigantesque dont l’homme arrivera à reconstituer le vol ?

Peut-être tous les moyens seront-ils à ce point perfectionnés qu’ils seront tous réalisés.

« Le Grand journal hebdomadaire d’actualités. » Paris, 1907. 
Illustration : bidouillage maison.

Génie français

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 spirit-of-saint-louis-lindbergh

Lucien Chassaigne vient de rendre, dans le Journal, un juste hommage à M. Louis Dunoyer, le jeune savant, hier préparateur au Collège de France, aujourd’hui professeur à la Sorbonne et à l’Institut d’optique.

Sait-on que, de son propre aveu, c’est en partie grâce à Louis Dunoyer que Lindbergh put réussir la première traversée de l’Atlantique. C’est, en effet, le jeune savant français (encore !) qui inventa le compas électro-magnétique qui permit au jeune aviateur américain de suivre la bonne voie et de limiter à un millième de son tracé théorique son écart de route.

Louis Dunoyer eut l’idée de cet appareil à la sortie de l’Ecole normale afin qu’il servît à la marine. Il le perfectionna longuement et, faute de paiement par suite de la guerre, le brevet qu’il avait pris pour son compas directeur fut frappé de déchéance. 

Les ingénieurs américains s’en emparèrent, non toutefois sans en aviser Dunoyer qui leur donna toute licence d’utiliser une invention dont les brevets étaient tombés dans le domaine public. L’Amérique ne voulut pas, toutefois, être en reste de beau geste, et voulut quand même payer l’inventeur français. Elle le paya 8.000 francs.

Et M. Louis Dunoyer trouve que c’est beaucoup..

Son nom figure dans la marque du compas; Toute l’aviation américaine se sert de cet instrument. 

Quant à l’aviation française, elle attend probablement quelque autre invention étrangère. 

 » Comoedia. »  Paris, 1927.

Chacun ses goûts

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Lindbergh

La Ligue Antialcoolique a profité des élections pour faire son utile propagande. Elle avait notamment fait placarder des affiches où l’on voyait un avion rappelant un des plus formidables exploits accomplis par un homme, avec cette citation :

« Je ne bois jamais d’alcool. » Signé :  Lindbergh. »

Rue Olivier-de-Serres, dans le quinzième, un mauvais plaisant y répondit par cette déclaration du tac au tac :

Et moi, je ne monte jamais en avion.

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. »   Paris, 1929.
Illustration : Lindbergh pendant son vol New York – Paris. 20-21 mai 1927. Agence Rol.

Quelque chose dans le ciel

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ovni

Le 7 janvier 1948, à l’aérodrome militaire de Godman, près de Fort Knox dans le Kentucky, on reçut l’avis qu’à 150 kilomètres de là, à Madisonville, un immense objet étincelant avait été aperçu traversant le ciel à grande vitesse dans la direction de Godman. Aussitôt là base militaire fut mise en état d’alerte.

Du haut de la tour de contrôle, le colonel Hix et un groupe d’officiers explorèrent le ciel. A 14 h. 45, à travers une déchirure des nuages, l’objet fut aperçu, énorme et laissant derrière lui une traînée rougeâtre. Trois chasseurs P-51 s’envolèrent et lui donnèrent la chasse. Bientôt on entendit dans le haut-parleur de la tour de contrôle la voix du capitaine Thomas Mantell qui pilotait un des avions :

« J’ai vu l’objet. Cela paraît métallique, et ses dimensions sont colossales. »

Puis il reprit : « Il commence à monter, il va moins vite que moi, je vais essayer de le rejoindre. »

A 15 h. 15, Mantell parla encore : « Il est toujours au-dessus de moi, marchant aussi vite ou plus vite. Je monte jusqu’à 7.000 mètres et, si je ne puis me rapprocher, j’abandonnerai la poursuite. »

Ce furent ses dernières paroles. Inquiet de son silence, le colonel Hix donna l’ordre à un des deux autres pilotes, qui eux aussi avaient aperçu le mystérieux objet, de se mettre à la recherche de son chef. En vain ; le ciel, était vide et ce fut sur le sol qu’on retrouva les débris de l’appareil de Mantell.

On admit, dans la déclaration officielle de décès faite à sa famille, qu’étant monté trop haut et dépourvu d’oxygène, Mantell s’était évanoui et avait perdu le contrôle de son avion, lequel s’était abattu en causant la mort du pilote.

Le même jour, d’après une information contrôlée par une commission d’enquête, environ deux heures plus tard, un objet rond ou ovale fut aperçu à la base aérienne de Lockbourne, Columbus, Ohio. Il fut suivi pendant plus de vingt minutes à la tour de contrôle. Il naviguait horizontalement à une vitesse estimée supérieure à 800 kilomètres à l’heure et paraissait plus grand qu’un C-47.

 » Études. »  Paris, 1951.
Illustration : ufocasebook.conforums.com