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Un couple ordinaire

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Un journal américain a rappelé  la domination que Mary Ann Todd Lincoln exerçait sur son mari Abraham, et il a livré une charmante anecdote.

L’excellent homme d’Etat qui devait périr par la main d’un fanatique exerçait au début de sa carrière, à Springfield, la profession d’avocat. Disert et spirituel, il était adoré par la population. Quand il venait au café, (il y allait volontiers) il était aussitôt entouré d’auditeurs attentifs qui ne se lassaient pas de l’écouter et le retenaient jusqu’à une heure fort avancée. 

Ce manège déplaisait fort à Mme Lincoln qui, d’ailleurs, ne croyait pas à la vocation politique de son mari. Elle finit par le menacer de fermer la porte de la maison à minuit, dû-t-elle le forcer à découcher. 

Le soir de l’élection présidentielle, comme minuit et demi sonnait et comme son mari n’était pas rentré, Mme Lincoln poussa le verrou et se coucha. Réveillée peu après par les appels du nouveau président, elle se pencha à la fenêtre et se mit à invectiver furieusement le premier magistrat de l’Etat. 

 Mais je n’ai pas pu rentrer plus tôt, gémissait celui ci, j’attendais le résultat du scrutin. Je suis nommé président !
— Président ! fit Mme Lincoln indignée. Mais tu es gris, mon ami. Joli président que le pays aurait là ! Va coucher ou tu veux, je ne te connais plus… 

Il fallut à Abraham Lincoln un quart d’heure de pourparlers pour décider sa femme à lui ouvrir la porte.

Admission

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Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

Le bâtonnier

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Henri-Robert

Sur le bâtonnier Henri-Robert les anecdotes sont innombrables. Il y en a de peu connues.

Sait-on par exemple que cet illustre avocat, dont une des qualités essentielles est la parfaite maîtrise de soi, débuta aux assises ayant appris sa plaidoirie par cœur, tel Gambetta plaidant pour Buet ? Le président n’avait pas plutôt fini l’interrogatoire des témoins, que le jeune débutant se levait et, sans perdre haleine, commençait sa plaidoirie. Le président l’arrête :

Maître, lui dit-il sans bienveillance, quand vous aurez l’habitude des assises, vous saurez peut-être qu’avant la plaidoirie il y a le réquisitoire… 

Me Henri-Robert, qui conte lui-même l’anecdote, ajoute en riant :

Ce qui m’embêtait le plus c’est que ma phrase de début était très bien et naturellement je n’ai pas pu la replacer.

Depuis, M. le bâtonnier Henri-Robert a acquis quelque « habitude des assises »et c’est lui qui malmène parfois les magistrats. Un jour il faillit tuer un avocat général. C’était dans une affaire d’assassinat par coups de marteau. Le jeune avocat s’était approché du banc des jurés et, tout à son affaire, voulait démontrer que le coup avait été porté de telle et telle façon. Mais le geste fut si vif que le manche lui resta dans la main et que la masse métallique partit derrière lui, frôlant à un millimètre près la placide figure du brave  avocat général. 

Au cours de sa carrière. Me Henri-Robert a quelquefois occis des avocats-généraux, mais il a simplifié sa méthode : un simple mot lui suffit. Dans une affaire passionnelle qu’il plaidait en 1890, il termina sa plaidoirie par cette phrase éloquente :  

Mon client adorait sa maîtresse, Messieurs, et il n’a qu’un regret : c’est de lui avoir survécu. Il voulait se tuer d’abord et la tuer ensuite.

Cela fit un effet énorme et l’accusé fut acquitté. Mais en sortant, son ami Willard, le  distingué avoué à la Cour, le « général Willard » comme l’appellent ses intimes, lui fit remarquer ce que sa péroraison avait de hardi.

 — Bah ! lui répondit le maître, déjà partisan d’une méthode qui lui a si bien réussi, aux assises le tout est d’être acquitté.

« Le Cri de Paris. »Paris, 1919.

Barreau et moustaches

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Les journaux de ce matin racontent que M. le président Delangle n’a pas permis à un licencié en droit de prêter serment, comme avocat… parce qu’il avait des moustaches.

J’aimerais mieux qu’on sacrifiât le serment que les moustaches. Le premier expose à des parjures, le second expose tout au plus l’harmonie du visage, et encore ! Combien de gens n’auraient pas véritablement de figure, s’ils n’avaient pas de moustaches ?

Je sais bien que les habitudes de la magistrature excluent formellement les moustaches. Il me semble que si j’étais maître de trancher la question, j’ordonnerais, au contraire, par pudeur, que les moustaches fussent maintenues très longues et très épaisses, de manière à bien cacher la bouche.

La bouche de certains avocats, n’est-ce pas là l’indécence à dissimuler ?

« Le Chroniqueur de la semaine : critique, salons, théâtres, coulisses… »   Paris, 1856.

Ps :Particulièrement  ravi d’être de retour parmi vous. Bonne journée à toutes et à tous !   3

Un comble

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Grande réception chez Me Campinchi. Au fumoir, repris par la déformation professionnelle, nos bons Maîtres parlent Palais. Les anecdotes succèdent aux anecdotes, émouvantes, égrillardes, bouffonnes.

Le regretté bâtonnier Chenu conte qu’il lui arriva, en sa jeunesse, de plaider, dans la même semaine, deux procès contradictoires intentés contre un peintre qui devait, depuis, faire une brillante carrière.

Un de ces procès demandait l’annulation du mariage contracté par l’artiste trois ans plus tôt. Motif allégué : impuissance physique du mari à donner des enfants à sa femme. L’autre procès était, au contraire, un procès en reconnaissance de paternité intentée par une servante du jeune peintre.

Lequel avez-vous gagné ? questionna Me Campinchi.

Le bâtonnier Chenu eut un petit rire :  

Je les ai gagnés tous les deux.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933. 

Confraternité

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Nous avons assisté à un débat entre deux avocats, qui, nous devons le dire, semblerait démentir les craintes que nous avons souvent manifestées sur l’affaiblissement et sur la mort prochaine de la politesse en France.

Il s’agissait d’un procès qui dure depuis plusieurs années, et qui tient deux familles dans une cruelle anxiété. Des deux familles, quand la question en litige sera décidée, l’une sera très riche, et l’autre sera complètement ruinée. Après de longues remises, des délais interminables, l’affaire allait être appelée.

Maître trois étoiles s’approcha de maître quatre étoiles, son confrère, et lui demanda :

Est-ce que vous êtes prêt à plaider ?
— Oui, et vous ?
— Moi ! pas le moins du monde. Je n’ai pas encore lu les pièces.
— Diable !
— Voulez-vous m’accorder une remise ?
— Comment donc ! avec grand plaisir. C’est un devoir entre confrères qui s’estiment comme vous et moi.
— Eh bien, à quinzaine.
— A quinzaine, soit… Ah ! mais… attendez un peu.

Et maître quatre étoiles feuillette et consulte son carnet…

A quinzaine, je ne pourrai pas. je plaide en appel. Remettons à trois semaines.
— A trois semaines… impossible, j’ai un parricide à Bourges, je dois aller plaider des circonstances atténuantes. A un mois ?

Non, je vais à la campagne, la noce d’un de mes cousins. Mais à six semaines, si vous voulez.
— Eh bien, va pour six semaines.

On appelle l’affaire : maître trois étoiles demande une remise à six semaines. maître quatre étoiles répond qu’il ne s’y oppose pas, et tous deux quittent le tribunal, en se demandant pourquoi tout le monde ne suit-il pas ces exemples de bonne confraternité.

« Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles. » Léo Lespès. Paris, 1857.
Illustration : Daumier.

Justice picturale

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Charles-François-Daubigny

Je ne sais pas ce que l’avocat de Jean-Charles Millet a l’intention de raconter aux juges le jour de l’audience pour la défense de son client, mais il semble que, si j’étais à sa place, je n’hésiterais pas.

Messieurs, dirais-je, l’homme que vous avez devant vous n’est pas l’escroc vulgaire que l’on a tenté de représenter, c’est un justicier ! En contrefaisant les toiles de son illustre grand-père, il cherche non pas à réaliser un profit pécuniaire, mais à satisfaire un besoin autrement noble, autrement élevé. Il a voulu venger le grand peintre que l’ignorance des amateurs, la cupidité des marchands condamnèrent jadis à la misère !…

Savez-vous, Messieurs, combien Jean-François Millet vendit l’Angélus, cette toile célèbre dans le monde entier et qui, aujourd’hui, se vendrait au moins une dizaine de millions ?… Huit cents francs, Messieurs, huit cents francs, en tout et pour tout ! Aussi mourut-il dans un état voisin du dénuement, après avoir peint pendant plus de quarante ans des centaines, des milliers de toiles dont la moindre vaut à présent une fortune…

Mon client, Messieurs, a compris la leçon que comportait une telle aventure. Artiste de valeur, lui aussi, il aurait pu sans doute peindre des tableaux, des vrais, qui eussent fait, dans quelques années, la fortune des marchands. Il a préféré en vendre de faux, et récupérer de la sorte l’héritage de son aïeul.

Voilà ce que je dirais, étant avocat, pour défendre le faussaire J.-C. Millet. Mais peut-être serait-il condamné tout de même. Pour peu que. le Président du tribunal soit amateur de peinture et ait, dans sa collection, quelques Millet fabriqués par Paul Cazot…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. » Paris, 1930.
Illustration : Charles-François Daubigny.