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Le ballet des abeilles

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Les journaux de Paris ont beaucoup parlé d’un bal donné dernièrement aux Tuileries pour lequel les dames de la cour avaient imaginé un ballet dansé par douze charmantes jeunes femmes, costumées en abeilles.

Quatre grandes ruches ont été apportées dans la salle des maréchaux par des jardiniers, et à un signal de l’orchestre,on a vu sortir de chacune d’elles trois jolies abeilles ailées, tenant à la main une guirlandes de violettes et formant ensemble des figures gracieuses. En souvenir de ce quadrille d’un nouveau genre, M. Hamet, professeur d’apiculture au Luxembourg, a adressé à chacune des personnes qui y ont pris part un joli pot-ruche plein d’excellent miel, accompagné de la lettre suivante :

« Madame,
Voué depuis très  longtemps aux soins des abeilles, il m’a été bien doux de voir mes chères travailleuses représentées d’une manière si brillante par les plus belles reine de la grâce et de la distinction. Puisque vous avez bien voulu vous transformer en abeille, permettez-moi de vous offrir un peu de miel au nom de celles dont vous avez été un instant la soeur. Les abeilles étant filles du ciel et figurant sur le manteau impérial ont des droits à votre indulgence, même à votre bonté.
Je suis, Madame, etc. »

Ces nobles dames ont répondu à M. Hamet :

« Les abeilles du quadrille des Tuileries ont été très sensibles à votre gracieuse attention : elles ont vivement apprécié les produits de leurs sieurs du Luxembourg, ainsi que la courtoisie de l’interprète, et se réunissent pour vous offrir leurs remerciements ainsi que l’expression de leur parfait considération. »

« Le conteur Vaudois. » 1863.

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Ceux qui ne comprennent pas

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Un curieux bal déguisé vient d’être donné dans un immeuble près du Bois. Les maîtres de maison étaient deux Russes. Le champagne fut généreusement servi et coula à flots. L’originalité de ce bal était l’invitation qui portait cette phrase :

« Pas de chiqué, pas d’enquiquineurs, on vient tous habillés comme pour le boulot ».

Et c’était signé : « Le Comité du Syndicat ouvrier des Bâtiments achevés ».

Cette mascarade grotesque eut donc lieu. On y put voir l’honorable Mrs Fellowes en femme des fortifs, Mme Vera Mazucchi en salopette, Mlle Ganderax et Mlle Arnaud en ramoneurs, Mme F. Hugo en ouvrier. Et d’autres.

Il y a, de par le monde, des millions de chômeurs qui ne mangent pas à leur faim. Faudra-t-il attendre le sursaut de colère trop légitime qui punira de telles inconvenances, pour que certains comprennent ? 

Si, à cette soirée, les mondains donnèrent libre cours à leur niaiserie, ils reçurent du moins une très bonne leçon. Parmi les invités figuraient plusieurs acteurs et actrices. Ceux-ci, tous, d’un commun accord, refusèrent de se déguiser en travailleurs et vinrent en tenue de soirée.

Mme Madeleine Renaud, Mmes Nadine et Gisèle Picard étaient de ces gens de théâtre qui eurent ce geste : on ne peut que les louer de leur tact et de leur cœur.

« Sept : l’hebdomadaire du temps présent. » Paris, 1934.
Illustration : Henri Gray.