bal

Un gentleman

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couple-mondain.

Une dame galante de la rue Marboeuf, Lucienne G…, rencontrait au dernier bal de l’Opéra un gentleman des plus aimables, âgé de plus de quarante ans, mais très correct, très galant.

Il offrit à Lucienne G… un souper des plus délicats, et la jeune femme qui aime le vin de Champagne en vida de si nombreuses coupes qu’elle s’endormit presque. Le gentleman, qui avait déclaré s’appeler Octave de P…, reconduisit la jeune femme à son domicile.

Quand celle-ci se réveilla dimanche soir vers cinq heures, sa domestique lui remit une lettre ainsi conçue :

Chère belle,

En moins de six mois vous avez ruiné mon ami Raoul V… Le pauvre garçon a accepté une place en Cochinchine. Sa femme et ses deux enfants vivent à Paris, dans la plus  profonde misère. Les quelques objets dont vous constaterez la disparilion serviront à procurer du pain à cette famille. 

Lucienne s’aperçut bientôt qu’on lui ayant en effet dérobé un bracelet, une broche et des brillants d’oreilles valant environ trente mille francs. Le soi-disant Octave de P…, avait laissé une barbe postiche sur la table de toilette.

Lucienne G… a fait immédiatement prévenir  le commissaire de police du quartier. On apprit quelque temps après que Mme V… (la femme de Raoul) avait reçu un billet de cent francs et ces lignes : 

« Vous recevrez chaque semaine un pareil envoi. » 

Il est vrai que Lucienne G… a ruiné M. V…

On recherche le compagnon momentané de la demi-mondaine.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.
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Le domino jaune

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table

Dans un bal magnifique qui se donnait à Versailles, et où les rafraichissements de toute espèce ne manquaient point, on vit un masque en domino de taffetas jaune, qui vint à un buffet, y demanda une langue fourrée et une bouteille de vin de Champagne, qu’il expédia fort lestement.

Au bout d’un quart d’heure, ce masque revient ; une langue et une bouteille du même vin sont redemandées par lui, et disparaissent avec une égale promptitude.

Quelque temps après, le même domino montra encore le même appétit : cette cérémonie se répéta jusqu’à neuf fois, et il parut si étrange qu’un seul homme pût avoir cette soif et cette faim dévorantes, qu’on le remarqua et qu’on le suivit.

L’énigme fut bientôt expliquée ; on découvrit que ce domino était les hommes d’une compagnie de gardes suisses, qui se relevaient l’un après l’autre, à la faveur du costume qu’ils avalent en commun, pour aller au buffet.

On s’amusa beaucoup du domino jaune et de son bon appétit.

« Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades… »  Paris, 1854.

Le bal de l’ours

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ours

Depuis quelque temps, un forain, propriétaire d’une ménagerie qui doit s’installer prochainement à la fête de Neuilly, avait remisé ses voitures dans un terrain vague, à Puteaux. Or, un de ces derniers soirs, l’un des animaux, un ours magnifique, s’ennuyant sans doute dans sa cage, parvint à quitter son domicile à l’insu des gardiens, et se mit en promenade dans le voisinage.

Le plantigrade, attiré sans doute par de la musique qui se faisait entendre dans un vaste hangar, se dirigea de ce côté, et, comme une porte était ouverte, il en profita pour s’y introduire. Qu’on Juge de la panique que causa ce singulier noctambule en songeant qu’il venait d’entrer dans un bal de société où, s’évertuaient, polkant avec entrain, de nombreux couples de jeunes gens.

Quelques-uns de ces derniers crurent tout d’abord que l’ours cachait un joyeux fumiste, mais il était « trop bien imité » pour que l’erreur subsistât longtemps. Aussi ce fut soudain une débandade générale parmi les cris d’effroi. L’ours, indifférent au tumulte, magnanime, se contenta, fort heureusement, de se rouler au milieu de la salle. Son maître, prévenu en toute hâte, vint le quérir, et docilement, il se laissa reconduire au campement.

Après quoi, les violons se réinstallèrent, et le bal reprit plus endiablé qu’avant.

« Le Petit Journal illustré. » Paris, juin 1914