Bâle

Autodafé suisse

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Au dix-huitième siècle, un décret fut promulgué en Suisse, proscrivant la Pucelle, de Voltaire, et le livre de l’Esprit, d’Helvétius, et enjoignant à tous les magistrats d’en rechercher et d’en détruire les exemplaires.

Le juge du canton de Bâle répondit :

On n’a trouvé dans mon canton ni pucelle ni esprit.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.

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Un épisode de l’histoire de Strasbourg

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 L'entrée des Zurichois à Strasbourg

L’entrée des Zurichois à Strasbourg

Quarante-huit bourgeois de Zurich, sous la présidence de l’obman Casper Thomas, jurèrent qu’ils s’embarqueraient sur un bateau emportant de leur ville un plat de millet bouillant et qu’ils le serviraient encore chaud aux Strasbourgeois. A cette époque, il fallait quatre jours pour exécuter un pareil voyage par la Limatt, l’Aar et le Rhin; les Zurichois firent le serment d’arriver dans la même journée chez leurs amis.

Ils équipèrent une grande barque, s’assurèrent des relais de bateliers à Lauffenbourg, à Bâle et à Brisach, se donnèrent un costume uniforme: velours noir, chausses rouges et chapeau à plumes. Ils partirent de Zurich le 20 juin 1576, à deux heures du matin, ayant embarqué avec eux une musique composée de trois trompettes, deux tambours et un fifre. La marmite de millet avait été posée dans un tonneau rempli de sable chauffé toute la nuit dans un four.

Au premier coup d’aviron, toute la population zurichoise poussa comme un seul homme un hurrah ! en l’honneur de Strasbourg, touchant salut de la petite République à sa soeur alsacienne. Les hardis rameurs étaient déjà loin. Les rives de la Limatt et de l’Aar fuyaient de chaque côté du bateau avec une rapidité vertigineuse. Au lever du soleil, ils entraient dans le Rhin. A Lauffenbourg, pour couper les méandres du fleuve, ils déchargent leurs bateaux et s’embarquent dans un autre qu’on leur tient préparé plus bas.

Au premier coup de dix heures, une décharge d’artillerie leur fait lever la tête; ils passent sous le pont de Bâle: c’est le canon de la ville qui les salue, pendant que le peuple, rassemblé pour les voir passer, pousse des hurrahs en l’honneur de Zurich et de Strasbourg. Vers le milieu du jour, écrasés sous un soleil ardent, harassés de fatigue, ils mangent à la hâte, en vue de Brisach, un morceau, avalent une lampée de vin et reprennent les avirons. Les châteaux de Sponeck et de Limbourg fuient derrière eux; les berges s’aplanissent, et ils aperçoivent la cathédrale. A sept heures, ils entrent dans le petit bras qui conduit à l‘Ill, arborent à leur poupe le drapeau blanc et bleu de Zurich, donnent un coup d’oeil à leur toilette et font un signe à la musique.

Porte Neuve en 1576

C’est aux accents d’une marche guerrière que, glissant sur la rivière, ils entrent dans la ville, dont les quais sont encombrés d’une population enthousiaste. Un poète de l’époque, Fischart, a chanté le fait:

« Puisqu’on savait, dit-il, que la société devait arriver en ce jour et que beaucoup de paris étaient ouverts sur la possibilité de ce voyage dans un si court délai, la foule se pressait sur les quais, depuis le canal jusqu’à la douane, si compacte qu’elle semblait de loin une forêt d’hommes, de vieux et de jeunes. Quand on vit la barque avec ses nombreux visiteurs et qu’on entendit le son des trompettes et des tambours, on s’écria : « Les voilà, ceux qui nous  viennent de si loin, sachant mettre en pratique le  proverbe: Vouloir c’est pouvoir ! »

Le Sénat les attendait pour les féliciter, et le chef de la troupe, Casper Thomas; répondit:

« Nous avons mis dix-sept heures pour venir à l’appel de la fête: le millet que nous apportons à Strasbourg est encore chaud ! Nous avons voulu prouver à nos bons alliés que nous ne mettrions pas plus de temps à leur appel devant le danger et que nos coeurs ne se refroidiraient pas en chemin ! »

Touchantes et naïves paroles, dit l’auteur de Strasbourg illustré, qui contrastent avec le langage ambigu de la diplomatie officielle !

Edouard Siebecker. Extrait de l’Alsace, « récits historiques d’un patriote. »

« Musée universel. »  A. Ballue, Paris, 1873.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5775531f/f370.image.r=Musée%20universel.langFR