ballet

Aviation lyrique

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danseuses

L’Opéra a repris La Damnation de Faust : il manquait quelque chose au ballet. Jadis, on voyait des sylphes voltiger dans l’atmosphère, figures lumineuses et fugitives…

Ces esprits de l’air étaient incarnés par les fillettes des classes de l’Opéra, mais le rôle n’avait rien de bien tentant, malgré l’empressement des gamines pour paraître dans ce ballet aérien. On les emprisonnait dans un corselet de fer muni d’un anneau auquel s’attachait un fil d’acier. Suspendues dans l’espace, les sylphes tenaient en main une vaste coquille Saint-Jacques contenant une lampe électrique qu’elles allumaient et éteignaient tour a tour, apparaissant ainsi et disparaissant brusquement au milieu des airs.

Mais, hélas ! le « fil » ne restait pas immobile et les sylphes voltigeaient de droite et de gauche, plongeaient brusquement pour remonter soudain vers les frises. Et il advenait régulièrement que la coquille Saint-Jacques, à la fin du ballet, contenait autre chose que la lampe électrique…

On a donc supprimé ces exercices indigestes. Il est vrai qu’on pourrait faire appel à des aviateurs entraînés à ce genre de sport. 

« Les Spectacles. »Lille, 1923.

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Familiarité intempestive

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le-Temple-de-la-Gloire

Voltaire, pour complaire à Madame de Pompadour, avait composé, en l’honneur des victoires de Louis XV, au retour de la guerre des Pays-Bas, un ballet intitulé le Temple de la Gloire.

Ce ballet héroïque où le roi était désigné sous le nom de Trajan fut exécuté par des seigneurs et dames de la cour. Les rangs étaient confondus, et dans ce jour l’on semblait avoir banni toute étiquette. Voltaire se trouvait placé dans la logo royale, derrière Sa Majesté. Sur la fin de la pièce, et dans un moment d’enthousiasme provoqué en lui par son propre ouvrage, l’auteur du ballet saisit dans ses bras celui qui on était le héros, en s’écriant :

« Eh bien ! Trajan, vous reconnaissez-vous là ? » 

A l’instant le spectacle est interrompu, des gardes s’emparent de l’irrévérent et le conduisent en lieu de sûreté. Mais le mouvement était trop flatteur pour que celui qui en avait été l’objet ne fit pas grâce à celui qui avait pu croire que la composition d’un ballet était un brevet de familiarité auprès d’un puissant roi.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Les ambassadeurs

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ambassadeurs-japon.

Les ambassadeurs japonais visitèrent Paris en 1863. Ils étaient pilotés par M. Aubaret, capitaine de frégate, que l’Empereur avait mis à leur disposition. Ces messieurs étaient sur le point de partir lorsqu’on se rappela qu’ils n’avaient pas encore vu l’Opéra.

On s’empressa de leur offrir une représentation charmante : le Comte Ory commençait la soirée, qui devait être terminée par le ravissant ballet Diavolina, que Mlle Mourawief dansait d’une si gracieuse manière. Les Japonais étaient ravis. Le prince qui se trouvait parmi eux et qui n’avait que dix-neuf ans, ne quitta pas des yeux la scène. Et comme à la fin du spectacle on lui demandait la chose qui l’avait le plus frappé, de la musique européenne ou des entrechats de la première danseuse du monde, il répondit d’un air rêveur (en japonais s’entend) :

Je n’ai pas fait attention !
— Comment ! mais vous regardiez cependant bien attentivement ?
— Oui… Dites-moi, je vous prie, comment s’y prend le musicien de l’orchestre, qui avale du cuivre pour le rejeter ensuite avec tant de facilité et sans que cela paraisse lui faire mal ? Il m’a fort intrigué. C’est lui que j’ai regardé tout le temps.

La chose qui avait le plus frappé, dans une représentation à l’Opéra, son altesse le prince Ti-ché-fa-yo-no-Kami (ils sont tous No-Kami dans ce pays-là) c’était le trombone.

« L’Album photographique universel : journal bijou : paraissant tous les dimanches. » Bordeaux, 1865.