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L’homme invisible

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tristan.bernard-jules.renardQuelle jolie histoire nous contait, à propos de l’auteur de M. Codomat, un de ses amis !

Tristan Bernard a pour le nouvel élu de l’académie Goncourt, M. Jules Renard, une admiration profonde. L’auteur de Poil de Carotte et des Philippe lui tient au cœur. Ce sont les frères siamois de l’humour. Dernièrement Tristan Bernard emmène Jules Renard dans sa famille en province. Il le présente à ses amis, à ses parents. Comme tout finissait autrefois par des chansons, tout finit aujourd’hui par un banquet. Les compatriotes de Tristan Bernard lui offrent donc un banquet. 

L’auteur de M. Codomat est là, assis à côté de son ami. On lui sourit, on le fête. Au dessert, on lui porte des toasts. Le pays est fier de lui, ses compatriotes sont heureux de le revoir parmi eux. On devine les phrases applaudies. Et Jules Renard, le profond philosophe, attendait de moment en moment un mot pour « le voisin », l’hôte de Tristan Bernard. Le mot ne venait pas. Tout était à Tristan Bernard et pour Tristan Bernard. 

Au total, en ce repas de compatriotes, cela était fort naturel. Mais tout de même, « le voisin » méritait bien quelque compliment. 

II allait l’avoir. 

On se lève de table. On passe au fumoir. On cause. Jules Renard refuse le cigare ou la cigarette qu’on lui offre. Il est là, debout, regardant, étudiant les gens, parmi la fumée du tabac. Enfin, un monsieur s’approche de lui, et le verbe éclatant :

Ah ! monsieur Renard, je vous admire ! 

Jules Renard esquisse un sourire de modestie. 

Le monsieur achève :

Au moins, vous, vous ne fumez pas !

Et on me dit que c’est Jules Renard lui-même qui se plaît à conter mieux que je ne l’ai fait l’anecdote. II est assez spirituel et assez célèbre pour se permettre cette ironique fantaisie. 

Jules Claretie. « Le Temps. » Paris, 1907.

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Le roi de Pologne invite

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danse-polonaise
Déjà nos émules sur le champ de bataille, les Polonais, surnommés, à juste titre, les Français du Nord, ne déploient pas moins d’entrainement et de grandeur que nous pour tout ce qui concerne la table. L’abondance des mets, la richesse du service, le nombre des domestiques, tout mérite des éloges, et, sous ce rapport encore, les bords de la Vistule ne le cèdent en rien aux rives de la Seine. 

A chaque fête religieuse, à chaque événement national, le pays entier témoigne sa joie par des démonstrations où l’immense le dispute à l’original. Une solennité gastronomique dont les annales polonaises ont gardé, entre autres, le souvenir, est celle qui vint couronner, en 1732, les exercices du camp formé sous Auguste II, entre Varsovie et Wilanów. 

Après quinze jours de marches, contre-marches, attaques et défenses simulées, le roi invita à un grand banquet les chefs des divers corps et donna des ordres afin que les soldats participassent au festin. En conséquence, on pétrit pour eux un gâteau que l’on peut bien appeler gâteau-monstre, vu l’énormité de ses proportions. Rien qu’en farine, soixante-quinze korzecs de Pologne, ou approchant cinq tonnes de France, furent employés à sa confection. Qu’on ajoute à cela quatre mille huit cents œufs, un tonneau de lait, un tonneau de beurre et un tonneau de levain, et on aura une idée de cette pièce de pâtisserie en forme d’architecture, de trente pieds de long sur quinze de large. Il fallut construire un four tout exprès pour sa cuisson. 

Une fois cuit et parsemé d’une innombrable quantité de fleurs, ce monument en pâte fut posé sur un char traîné par huit chevaux. Leurs harnais étaient garnis de craquelins (sorte de croquet ). Des grenadiers précédaient le char triomphal, dont la marche à travers le camp s’opéra aux sons de la musique royale. L’auteur du gâteau, le maître pâtissier, marchait le premier de tout en tête du cortège, portant avec orgueil un couteau de sept pieds de longueur. Seize aides-pâtissiers complétaient l’ensemble de cette scène comique, et agitaient dans l’air des banderoles aux couleurs diverses et éclatantes. 

On voyait venir ensuite des voitures remplies de pièces de viande et de boissons de toute espèce, ayant pour conducteur principal un homme couronné de pampres et représentant Bacchus. Le dieu de la vendange tenait à la main une vaste coupe dorée. Huit noirs l’entouraient et lui formaient une garde d’honneur. 

La promenade terminée, le cortège burlesque s’arrêta devant le monarque, et, a un signal d’Auguste, le maître pâtissier et ses adjoints grimpèrent, à l’aide d’une échelle,  au sommet du gâteau, qu’ils commencèrent à découper. La première part fut offerte, comme de juste, au roi. Les suivantes aux personnes de la cour. La cuisson en était à point et le goût délicieux. Bacchus présenta ensuite à Auguste une coupe remplie de vin, après quoi, l’armée livra un assaut général au gâteau-monstre, qui disparut bientôt sous les vives attaques dont il fut l’objet.

Sa défaite fut célébrée par de nombreuses et interminables rasades, qui donnèrent naissance, si l’on en croit la chronique, à la célèbre comparaison : « Etre… gai comme un Polonais !« 

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire. »  Paris, 1840.

Le banquet des chevaux

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acton

Ces jours-ci a eu lieu aux environs de Londres le banquet annuel des chevaux âgés ou infirmes de la maison de retraite édifiée pour eux, à Acton, par les soins du duc de Portland.

Ne riez pas, c’est absolument sérieux. Il y a près de huit ans que le « Home of Rest » existe, et chaque année, à pareille époque, les trente pensionnaires de l’établissement d’Acton, sont régalés d’un véritable banquet, où figurent, outre la meilleure avoine, des petits pains, des carottes, des pommes, des gâteaux et mille sucreries. Tout cela est servi sur une table où sont disposées le nombre voulu des mangeoires, et les invités de marque qui assistent à ce singulier repas ne manquent jamais de le corser par quelque gâterie supplémentaire. Cette année, une jeune femme, Mme Gore, n’avait-elle pas eu l’idée de distribuer aux vétérans d’Acton un plum-pudding monstre ! Le plus âgé des pensionnaires du Home of  Rest s’appelle Bones, et il vient des horse guards de la reine et a trente-sept ans.

L’entretien et la nourriture de chaque animal sont assurés par les organisateurs de cette institution, unique en son espèce.

« Arcachon-journal. » Arcachon, 1899.

L’addition

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Ce n’est pas pour rien que l’on meurt au restaurant au cours d’un banquet.

Si nous en croyons le Cri de Paris, la famille de l’un des directeurs du Bon Marché (et cela est d’une belle ironie !)  mort récemment inter pocula, a reçu du restaurateur une note qui s’élève à la bagatelle de onze cent soixante-quinze francs.

Sur cette « douloureuse » figurent 25 fr. d’éther, 50 fr. d’auto (pour avoir été chercher le docteur), 100 fr. d’honoraires pour ce morticole et… 1.000 Fr. d’indemnité pour le préjudice causé à la maison par l’interruption delà soirée !

« La Grimace. » Paris, 1921.
Peinture de Fred Zeller.

Le banquet des divorcés

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M. Birson, Américain, organisait, la semaine dernière, à l’occasion du dixième anniversaire de son divorce, un banquet auquel n’étaient conviés que des hommes ou des dames divorcés, ou qui étaient sur le point de l’être.

Le banquet fut présidé par un bon gros monsieur, de la plus charmante gaieté, bien que son ex-épouse l’ait fait saisir et vendre une dizaine de fois pour se payer de la pension qu’il est condamné à lui servir et qu’il s’entête à ne pas lui remettre à l’amiable. Cela n’a altéré en rien sa bonne humeur, et il n’a cessé de montrer l’esprit le plus extravagant
pendant tout le repas.

Comme surtouts, il n’y avait, sur la table, que des motifs décoratifs rappelant la fragilité de l’amour.

On a bu à la liberté, à la gaieté, et à tous les plaisirs de ce monde. Et quand on eut sablé beaucoup de champagne, on se mit à porter des toasts aux belles-mères. Mais comme on s’aperçut que douze convives avaient toasté ainsi, bien vite on s’empressa de porter un treizième toast, espérant évidemment qu’il leur porterait malheur !…

Pauvres belles-mères ! Il y en a pourtant de charmantes, je vous assure.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.