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Victor Hugo et son barbier

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victor-hugoQuelques journaux nous ont, en décembre dernier, offert des prévisions variées pour l’année 1918. C’est une très vieille tradition. Illusion singulière, où il reste quelque trace des superstitions du moyen âge: nous croyons tous peu ou prou qu’au changement de millésime doit correspondre fatalement quelque modification dans notre destinée.

Le barbier de Victor Hugo, vers la fin de 1839, annonça au grand poète la fin du monde pour les premiers jours de l’année suivante :

Le 2 janvier, les bêtes mourront. Le 4 janvier, ce sera le tour des hommes.

Le « lion romantique » comme on appelait Victor Hugo, ne fronça même pas le sourcil. Il se contenta de murmurer d’un air légèrement inquiet :

Mais alors, le 3 janvier, qui me fera la barbe ?

Paris, 1918.

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Manière de faire un ténor

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tenorAu mois de juillet, un garçon coiffeur de Trieste éprouva des chagrins d’amour, Il voulut offrir sa vie en holocauste à l’infidèle, et il se coupa bravement la gorge avec un rasoir, ou, pour mieux dire, il se la coupa aux trois quarts.

On le transporta à temps à l’hôpital. Il reçut les soins les plus empressés des meilleurs praticiens, et on le sauva. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire,on voit de ces choses-là, tous les jours. Mais le roman commence justement après les deux mois de convalescence du trop amoureux barbier.

Savez-vous avec quel capital il est sorti de l’hôpital ? Il en est sorti avec une voix de ténor dramatique d’une puissance et d’un timbre extraordinaires. Il se trouve à présent à Vienne, où il fait son éducation musicale sous la direction d’un des plus habiles professeurs.

Ceux qui l’ont entendu en ont été émerveillés.

« Journal du Loiret. »  Paris, 1868.

La liberté de la saignée

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saignée

Entre beaucoup de libertés qui se trouvaient gênées au moyen âge, il faut compter assurément la liberté de la saignée, une de celles dont on a peut-être le plus abusé en France à d’autres époques.

Les ordonnances royales prescrivaient aux barbiers de ne saigner qu’en bonne lune. Trois mois étaient exclus : avril, mai et septembre. Défense à celui qui faisait métier de saigner de tenir devant sa maison ou aux environs, les jours de mauvaise lune, des écuelles ou autres ustensiles pour l’usage de sa profession, à peine de dix sols d’amende. La saignée était de plus proscrite les dimanches, aux cinq fêtes de Notre-Dame, les jours de l’An, de Noël, des Rois, de la Toussaint, de l’Ascension, du Saint-Sacrement et de Saint-Jean-Baptiste.

Le barbier ne pouvait non plus mettre bassins pendant les jours de Noël, Pâques, Pentecôte, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Pierre et des Morts, ni mettre sang en écuelle hors de la salle de son hôtel, ni le garder au delà de l’heure de None. S’il avait opéré le matin, il devait jeter le sang à une heure après midi. S’il saignait après midi, il était tenu aussi de le jeter deux heures après, sous peine d’une amende de cinq sols par contravention.

A Reims il existait un puits destiné à recevoir le sang des saignées, où il devait toujours y avoir un vase avec de l’eau claire pour laver avec soin le bassin dont on s’était servi. Il y a même encore aujourd’hui dans cette ville une rue qui porte le nom de Puits au Sang, parce qu’elle conduisait à cette espèce de trou perdu.

« Almanach de France et du Musée des familles. »Paris, 1865.

Jeu à deux

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barbier

Un Anglais débarque à Calais, va à l’hôtel et demande un barbier. Celui-ci ne tarde pas à arriver.

Vous allez me raser, dit l’Anglais; si vous me rasez sans me couper, voici une livre sterling pour vous. Si vous me coupez, je vous brûle la cervelle avec ce revolver que je tiens.
— Ne craignez rien, mylord.

Le barbier le rase avec la plus grande légèreté et sans la moindre égratignure.

Comment, reprend l’Anglais enchanté, ce revolver ne vous a pas fait peur ?
Non, mylord; parce que si je vous avais entamé, j’aurais achevé de vous couper le cou.